vendredi 19 janvier 2018

Guest writer -- Correspondance de Cicéron - par Thierry Erhart.

Mon coup de cœur du mois, un livre épatant, idéal pour la plage : CICERON, correspondance, 11 volumes, 65 € pièce !
Cher lecteur, quand vous commencerez votre lecture, c’est bien simple, vous ne pourrez plus vous arrêter, si vous êtes dans le bus, par exemple, vous lirez, lirez, lirez, gesticulerez, parlerez à voix haute et vous ne pourrez pas vous empêcher d’hurler des passages entiers à votre voisin. Dites-vous bien que c’est normal et même que ce n’est pas grave, du moment que votre voisin a un stylo pour noter le titre de la correspondance de CICERON, sinon attendez-vous à un éventuel vol à l’arraché de l’ouvrage. En revanche si, dans votre enthousiasme, vous allez hurler des extraits au chauffeur du bus que se passera-t-il ? Hein ?
Vous ne le devinez pas ? Quand même : réfléchissez bien ! Vous avez surement remarqué qu’un chauffeur de bus a quelque chose entre les mains, hé oui, un volant, et dans ces conditions comment pourrait-il noter - à moins qu’il écrive avec les pieds, mais en l’occurrence ce serait risqué ! - le titre de la correspondance de CICERON ?
En conséquence, vous feriez donc bien de vous munir d’un stylo et d’un bloc-notes pour les demandes qui ne manqueront pas d’affluer. Maintenant, une angoisse vous étreint, et vous vous dites : Je n’aurai pas fini ma lecture au terminus. Vous avez raison - j’en profite pour conseiller aux dames d’échanger leur sac à mains contre un caddy, l’ouvrage pesant tout de même sept kilos - mais j’ai la solution : repartez dans l’autre sens. D’après mes calculs en quatre-vingt-deux terminus vous parviendrez au bout du onzième tome !...
Ça ne vous aura pas échappé… L’œuvre de notre auteur est faite de lettres. J’en vois qui rient !
Calmez-vous tout de suite ! Quand je dis lettres, il s’agit bien de a de b, c, d, etc… Certaines lettres sont peu nombreuses comme le z, mais cela est commun à bien des langues, je parle au pluriel intentionnellement car, comme vous l’aurez sans doute noté le livre est bilingue, latin à gauche, français à droite. S’il y a peu de z dans ces textes, il y a par contre beaucoup de m, quoi que cette lettre ne soit pas placée au même endroit en général dans ces langues. Le m vient souvent à la fin des mots en latin, comme dans atrium, et au début, en français, comme dans mobilier. Je précise que mobilier n’est pas la traduction d’atrium, bien qu’il y ait quelquefois du mobilier dans un atrium, mais je m’égare ! Prenons le mot memento, en l’occurrence, le m est situé au début et au milieu ! Incroyable ! D’autant plus que memento est un mot latin et français : vous le trouverez donc des deux côtés de la page. Fabuleux car si vous êtes, comme moi, allergique aux mots fléchés, entourez les mots communs aux deux pages, ça vous occupera pendant une bonne dizaine de terminus supplémentaires !...
Vous allez donc rêver, planer, être transporté dans une époque merveilleuse, la douce époque des combats de gladiateurs et des écorchés-vifs ; et à un moment donné vous imaginerez ce brave MARCUS CICERON rédigeant ses précieuses missives sur la table en acajou de sa villa de Pompéi ! Eh bien, vous aurez tout faux, car CICERON dictait toujours ses lettres du haut de son cheval à un esclave qui courait derrière lui en tenant encrier, plume et parchemin. Vous imaginez les difficultés de notation ! Et je ne parle même pas de la poussière et des coups de sabots que pouvait endurer ce pauvre gars ! Dure époque tout de même !
Cette situation eut pour conséquence que bien des lettres furent altérées dans leur contenu, euphémisme qui signifie que le copiste notait n’importe quoi. Et puis ces lettres furent recopiées au fil des siècles, cumulant les erreurs, si bien qu’au dix-septième siècle on en publia un certain nombre en les intitulant : Les Fables de La Fontaine, je ne m’étendrai pas sur l’Appel du 18 juin, vous en devinez la provenance, pas plus que sur la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis, ou le code du travail !
Mais tout cela n’est que du détail. Bonne lecture, et si vous êtes à Palavas-les-Flots, n’oubliez pas la crème solaire !


...J'adore cette correspondance et dès que je l'aurai terminée (il ne me reste que 7 volumes !) je ferai une vraie chronique :)

L'auteur de ce billet :
Thierry Erhart est né le 9 avril 1954 à Paris et a commencé à écrire à l'âge de 17 ans.
Il a collaboré à l'écriture de L'élève au cœur de sa réussite paru aux Éditions François Bourin, avec son épouse.
Ils ont également publié leur premier recueil de nouvelles, La musique adoucit les moeurs et écrivent en ce moment même un roman qui sortira chez Nats Éditions fin 2018, Le Feu secret.
Par ailleurs, professeur de jazz en conservatoire, saxophoniste et flûtiste. Licencié en histoire. Bibliophile et compositeur. Il s’est produit tout au long de sa carrière dans différents festivals: Tendances, festival de jazz de Tourcoing, de Thiers, dans des clubs, à la Malterie de Lille, au Petit faucheux,… ainsi qu’au Caire et à Alexandrie pour des ciné-concerts.
Il partage la passion de la voile avec son épouse.