lundi 1 octobre 2018

Chronique : Six degrés de liberté de Nicolas Dickner (Editions Seuil et Points)

Nous venons de dévorer Six degrés de liberté offert par Mes échappées livresques sur Instagram. Un grand merci Céline ! 
Résumé de l’éditeur
Six degrés de liberté c’est l’histoire d’une jeune fille qui désire repousser les limites de l’expérience humaine, d’un hacker qui veut optimiser la circulation mondiale des bananes et des coussins, d’une employée de la gendarmerie qui rêve d’en finir une bonne fois pour toutes avec la géographie, d’un conteneur fantôme qui sillonne les mers et les écrans d’ordinateurs, d’un septuagénaire qui perd un boulon, d’une acheteuse compulsive bipolaire, de six perruches et d’un chat intermittent, tous unis dans un jeu de société à l’échelle planétaire dont personne ne connaît les règles. En somme l’histoire d’un voyage qui échappe aux lois de la gravité, au-delà, bien au-delà de ces six degrés de liberté.

L’auteur
Nicolas Dickner est un écrivain québécois.
Il a étudié en arts plastiques et en littérature avant de s'inscrire en création littéraire à l’Université Laval de Québec. Parallèlement, il voyage en Amérique Latine et en Europe et vit au Pérou et en Allemagne avant de s’installer à Montréal.
Il termine sa maîtrise en création littéraire à l'Université Laval en 1997. Il publie pour la première fois une nouvelle, "Le cirque de nuit", dans la revue Moebius en 1993, mais c’est en 2000 que paraît son premier recueil, "L’encyclopédie du petit cercle". Le livre reçoit un excellent accueil critique, notamment en recevant les prix Jovette-Bernier et Adrienne Choquette. Toutefois, il n'attire pas outre mesure l’attention du public québécois. Ce premier pas lui permet cependant d’obtenir une résidence d’écriture en Allemagne de la part du Conseil des Arts et des Lettres afin de se consacrer à l’écriture de son premier roman.
Après quatre ans de travail et huit versions, "Nikolski" paraît chez Alto en 2005. Ce livre lui vaudra non seulement les applaudissements de la critique (Prix des libraires du Québec, le Prix littéraire des collégiens et le prix Anne-Hébert), mais il lui permettra également de s’inscrire au tableau des meilleurs vendeurs. Désormais considéré comme un incontournable des lettres québécoises, "Nikolski" a été traduit en dix langues. 

"Tarmac", son second roman paru en 2009, est également traduit dans plusieurs pays. En 2011 paraît "Le romancier portatif", une sélection de ses chroniques publiées dans le journal Voir dont les profits de la vente sont versés à la Fondation pour l'alphabétisation.
Son troisième roman, "Six degrés de liberté", a remporté le prix littéraire du Gouverneur général en 2015 dans la catégorie romans et nouvelles.
Il obtient en 2017 une maîtrise de l'École de bibliothéconomie et des sciences de l'information de l'Université de Montréal.


Notre chronique 

Un récit très original, une écriture fluide et incisive, une thématique essentielle dans notre monde de plus en plus contrôlé : la liberté. La liberté sous toutes ses formes puisque chaque personnage, à sa façon, selon ses besoins et ses possibilités, essaie de gagner quelques degrés de liberté ! Les personnages principaux bien sûr : en particulier Lisa qui prend son « envol » et défie toutes les lois possibles afin d’atteindre une sorte de liberté (ironiquement, mais je n’en dis pas plus… Spoiler alert !), son ami Eric, qui n’hésite pas à vivre ses passions librement (encore une autre liberté : celle de ne pas avoir à rencontrer les autres puisqu’il est agoraphobe), celle que Jay tente aussi de conquérir de diverses façons, etc. Ces deux récits parallèles qui finissent par se croiser à travers justement cette notion de liberté (puisque Jay donne un coup de pouce à Lisa et Eric) est un vrai bijou ! Il fait d’ailleurs partir de la sélection 2018 du Prix du Meilleur Roman des lecteurs de POINTS.
***

Ce livre nous a donné envie de relire le merveilleux poème de Paul Eluard écrit pendant la guerre.
Nous ne résistons pas à l'envie de le partager avec vous ici : 
Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom
Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom
Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom
Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom
Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom
Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom
Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom
Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom
Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom
Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom
Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom
Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.
Paul Eluard
Poésie et vérité 1942 (recueil clandestin)

Au rendez-vous allemand (1945, Les Editions de Minuit)