Résumé de l’éditeur
Celle qui raconte cette histoire, c'est sa fille, Constance. Le père, c'est Jacques, jeune professeur d'italien passionné, qui aime l'opéra, la littérature et les antiquaires. Ce qu'il trouve en fuyant Nice en 1968 pour se mêler à l'effervescence parisienne, c'est la force d'être enfin lui-même, de se laisser aller à son désir pour les hommes. Il est parmi les premiers à mourir du sida au début des années 1990, elle est l'une des premières enfants à vivre en partie avec un couple d'hommes.
Over the Rainbow est le roman d'un amour lointain mais toujours fiévreux, l'amour d'une fille grandie qui saisit de quel bois elle est faite : du bois de la liberté, celui d'être soi contre vents et marées.
Notre chronique
Over the Rainbow de Constance Joly est un coup de cœur. L’écriture tient à la fois de la restitution et de la réparation. Le récit, adressé au père disparu de l’autrice, oscille entre ce qui peut être dit et ce qui échappe : « j’ai l’impression de tricoter à grosses mailles », écrit-elle, comme pour reconnaître d’emblée les lacunes de la mémoire et du langage.
« J’ai l’impression de tricoter à grosses mailles en écrivant pour te sortir de l’ombre. Entre les points de cette laine de mots passe tout ce que je ne sais pas dire, tout ce que je suis impuissante à inventer, et ce qui, je le sais, fait la vie même : le poing serré des émotions complexes, des ambivalences que la multitude des faits dérobe, si bien que je me sens découragée, souvent. »
Le livre retrace le parcours de Jacques, professeur d’italien, emporté par le sida au début des années 1990, après avoir trouvé tardivement la possibilité de « se laisser aller à son désir pour les hommes ». À travers lui, c’est toute une époque qui affleure : celle du silence contraint, d’une marginalisation redoutée, puis d’une maladie « que l’on tait » parce qu’elle expose à « l’exclusion, l’isolement, la haine ou la pitié ».
La forme fragmentaire, des chapitres brefs, restitue une mémoire discontinue, proche de l’album familial. La poésie permet de dire ce qu’il est difficile de dire autrement.
Le choix du « tu » instaure une proximité sans pathos.
« Tu vis avec le secret d’une maladie que tu n’as encore dite à personne. Une maladie que l’on tait, car elle fait si peur qu’elle promet l’exclusion, l’isolement, la haine ou la pitié. Une maladie qui ronge si sûrement qu’elle finira par parler pour toi. »
L’émotion naît d’une retenue constante. L’écriture cherche moins à expliquer qu’à maintenir un lien. L’équilibre est fragile entre hommage et lucidité, entre admiration et regret.
Ce que j’ai le plus apprécié est la façon dont le récit fait émerger l’image d’un père complexe, inscrite dans des contradictions sociales, affectives, historiques. Ce faisant, ce superbe texte, fait de retenue et d’amour, dépasse le cadre intime pour nous interroger sur la transmission et la mémoire. À découvrir sans hésiter !
Pour aller plus loin

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Gabriel et Marie-Hélène.