Résumé de l’éditeur
Milieu des années 60, en Toscane.
Un été caniculaire.
Une famille française en villégiature.
Un événement inattendu.
Des vies qui basculent irrémédiablement.
Un secret qui s’impose aussitôt.
Un écrivain, héritier de cette histoire, en quête de la vérité.
Mêlant suspense et sensualité, Une pension en Italie est un roman solaire sur le prix à payer pour être soi, en écho à Chambre avec vue et Sur la route de Madison.
Notre chronique
Une pension en Italie est un roman très personnel d’un auteur que j’affectionne particulièrement.
Tout débute en Toscane l’été 1964, un été écrasant de chaleur. Paul et Gaby, les grands-parents de Philippe, leurs filles, Suzanne et Colette, sont en villégiature. Dans ce contexte où tout semble voué à la douceur se passe l’inimaginable…
Le roman repose sur une double temporalité. D’un côté, l’été 1964, ce voyage en Italie qui devait être un moment de bonheur familial ; de l’autre, le temps de l’enquête intime menée par le narrateur, héritier d’un secret trop longtemps tu. Juste avant de mourir, la maman de Philippe, Suzanne, rompt la tension entre le silence transmis et le besoin de comprendre de son fils.
Professeur d’italien, mari et père attentionné, il semble avoir trouvé sa place, jusqu’au jour où un regard, celui de Sandro, le cuisinier de la pension, fissure l’édifice.
« La jeunesse, elle s’affirme aussi, bien sûr, dans la sensualité qui se dégage de lui, le désir qu’il doit susciter chez les filles alentour, un désir qu’il n’a pas besoin d’attiser, qui “est déjà là, dès le premier regard” pour reprendre les mots de Duras. En fait, je m’efforce de visualiser l’apparition de Sandro comme l’annonce, inintelligible, d’un cataclysme. »
Philippe Besson excelle lorsqu’il s’agit de décrire ces moments de bascule. Le désir surgit, impossible à étouffer plus longtemps. La peur, la honte, le poids du regard social inondent le récit, avec une justesse qui évite tout pathos.
Ce qui m’a particulièrement touchée est la pudeur de l’écriture. Philippe Besson ne force jamais l’émotion ; il la laisse affleurer, à travers des phrases sobres. Certaines résonnent longtemps après la lecture, notamment celles qui interrogent la fidélité à soi-même, le prix du renoncement et l’illusion d’une vie vécue « pour les autres ».
« S’accepter enfin, avoir une vie à soi. Comment se débrouille-t-on pour éliminer pareille perspective ? Pour affirmer : tout bien réfléchi, je ne veux pas de cette plénitude possible, de cette ferveur ? Comment retourner à la résignation quand on a goûté à la liberté ? Comment continuer de mentir quand on a rencontré sa vérité ? »
À mes yeux, ce roman dit très bien cela : le mensonge à soi est une forme de violence lente et dévastatrice.
Il ne s’agit pas seulement d’un amour impossible, mais d’une vie empêchée par une époque et des normes.
Les personnages secondaires, en particulier Gaby, Suzanne, Colette, ne sont pas relégués à l’arrière-plan. Chacune porte sa part de douleur, de renoncement et d’incompréhension.
L’auteur évoque, à travers elles, les dommages collatéraux de ce secret : ceux qui restent, ceux qui subissent sans savoir, ceux qui héritent du non-dit. À ce titre, ce roman est aussi, et peut-être avant tout, une réflexion sur la transmission, sur ce que les familles taisent et sur ce que ces silences impliquent, entraînent.
« Je songe à la persistance des hostilités. Je songe au poids de l’hérédité. »
Une pension en Italie est l’un des romans les plus délicats que j’ai lus de Philippe Besson.
Pour aller plus loin

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Gabriel et Marie-Hélène.