27 août 2026

Chronique littéraire : Maya-fantôme de Caroline Dorka-Fenech (éditions de la Martinière).


Résumé de l'éditeur
« Depuis combien de temps était-elle devenue fantôme ? Elle ne comptait plus les jours désincarnés, à avoir cette impression de flotter au-dessus de son existence, à observer le monde en oblique comme à travers un épais drap de cendres. »
Maya Marta a quarante-neuf ans et une peur viscérale : mourir sans avoir jamais connu la jouissance. Entre les devoirs maternels et la dégradation de son mariage, elle se sent étrangère à son propre corps, qu’elle juge monstrueux. Chaque nuit, elle erre sur un site de rencontre à la recherche d’une étincelle.
Jusqu’au soir où apparaît l’Amiral. Un pseudonyme. Une photo.
Entre la chambre conjugale où elle s’efface et l’écran où elle s’invente, Maya s’engage dans une danse risquée. Les mots deviennent caresses. La complicité, une dépendance. Mais quand le fantasme menace de franchir les cent cinquante kilomètres qui les séparent, Maya doit décider jusqu’où elle est prête à aller ― et ce qu’elle est prête à sacrifier.

Caroline Dorka-Fenech a fait des études lettres et de cinéma. Elle est aujourd’hui responsable de la Mission cinéma du ministère de la Justice, où elle accompagne des projets de films de fiction tournés dans les tribunaux et les prisons. Après Rosa dolorosa et Tempêtes et brouillards, tous deux salués par la presse et les libraires, Maya-fantôme est son troisième roman.

Notre chronique
Maya-fantôme est le 3e roman que je dévore de Caroline Dorka-Fenech. Ce que j’apprécie en particulier est que cette autrice sait se renouveler de façon magistrale. 
Même si je peux entrevoir une cohérence d’ensemble entre Rosa dolorosa, Tempêtes et brouillards et Maya-fantôme, les intrigues sont très différentes.
Dans ces trois ouvrages, en effet, je retrouve des personnages féminins en situation de bascule, une analyse très intime des liens familiaux et affectifs, le thème de l’identité, le corps comme lieu de bouleversement intérieur.
Maya-fantôme est l’histoire d’une femme qui, à quarante-neuf ans, ne se reconnaît plus ni dans son corps, ni dans son couple, ni dans la vie qu’elle mène en général. Maya Marta a peur de mourir sans avoir connu la jouissance ; chaque nuit, elle se réfugie sur un site de rencontres où apparaît un homme qui se fait appeler l’Amiral.
De cet Amiral on ne voyait que le corps émacié dans ses habits noirs, un corps gravé d’une telle sensualité qu’il était certain que cette photo avait été prise juste avant son étreinte...
Le choix des noms mérite toute notre attention. Maya Marta semble porter en elle deux identités : celle d’une femme réelle, enfermée dans un quotidien qui ne lui convient plus, et celle qui peut encore se réinventer derrière un écran. Quant à l’Amiral, son pseudonyme suggère la maîtrise, le commandement, celui qui sait donner une direction. Maya, au contraire, est à la dérive. Le vocabulaire maritime qui accompagne le désir, « de mer en mer, de courant en courant », prolonge cette image. Mais cet homme n’est d’abord qu’une photographie (sans tête) et des mots.
L’Amiral est donc autant un personnage qu’une construction fantasmatique.
Le fantôme constitue le véritable centre symbolique du roman. Maya n’est pas morte, mais elle vit comme si elle avait disparu d’elle-même. Le désir fait alors ressurgir ce qui semblait enfoui, notamment son rapport à son propre corps, un corps qui ne lui plaît pas, trop rond selon elle. 
L’autre n’avait pas encore de voix, n’avait pas encore de visage, pourtant la texture de ses écrits avait pénétré Maya Marta à la façon d’un blizzard brûlant.
La thématique de l’acceptation de soi, de l’apparence et de ce que notre société dicte, est particulièrement touchante.
Que peux-tu entreprendre pour que ça change pour toi, dis, Fantôme, que faire pour te délester de ce drap de cendres qui rédige ta vie fausse depuis tant de siècles, pour accepter, enfin, ton corps — ton seul corps ?
J’ai été également sensible à la tension entre absence et présence, réel et fantasme, corps vécu et corps imaginé. L’écriture, précise et retenue, fait du désir une interrogation sur ce qui permet encore de se sentir vivant. Un court roman magnifique dans lequel les noms, les images et les silences disent autant que les personnages eux-mêmes. Un livre que je recommande vivement (comme tous les ouvrages de Caroline) !

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Gabriel et Marie-Hélène.