mercredi 31 janvier 2018

Le livre du thé d'Okakura Kahuzô - Chronique


Certains pays n’ont pas d’hiver, ce qui les prive de ce délicieux moment où les promeneurs transis s’assoient dans le salon pour goûter la perle de rosée, la déesse de fer de la miséricorde, ou la cime duveteuse des montagnes jaunes, autant de thés raffinés dont les noms portent au rêve, mais parmi lesquels il faut choisir, car il n’y a le plus souvent qu’une seule théière dans la maison. S’entendre, partager, être unis autour d’une simple chose, c’est déjà faire un premier pas vers la philosophie que nous dépeint avec élégance Okakura Kakuzo dans son célèbre livre. Il faut prendre le temps et savoir écouter la bouilloire qui chante comme
les échos d’une cascade étouffés par la brume…une averse balayant une forêt de bambous…, car il n’existe aucune distinction entre le petit et le grand, un atome étant doué de possibilités égales à celles de l’univers tout entier.
Cette citation révèle de manière frappante la parenté évidente entre la voie du Thé et le taoïsme, mais également avec l’alchimie (qu’évoque d’ailleurs brièvement Kakuzo), et on peut la mettre en exergue avec la célèbre phrase d’Hermes Trismegiste (un philosophe grec de l’antiquité) :
Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas.
Les Chinois ont d’ailleurs pratiqué l’alchimie depuis la dynastie Han, c’est-à-dire vers l’an 200 avant notre ère, véritable cosmogonie, qui, comme dans le taoïsme se traduit par des exercices de méditation en trois figures : souffle, essence, esprit. On pourrait citer de nombreux extraits du texte de Kakuzo qui vont dans ce sens. La voie du thé relève d’un ascétisme assumé, elle est celle de la modestie, de la simplicité, du vide, de la fugacité. C’est un art qui, comme tout art véritable, porte en lui- même les émotions que nous ressentons. Un très grand livre, magnifiquement illustré par le fou de peinture Katsushika Hokusai, et ce qui demeure extraordinaire en achevant cette passionnante lecture, c’est lorsque l’on s’aperçoit qu’à aucun moment Kakuso ne nous décrit la cérémonie du thé !
A ce moment, on doit se souvenir, que, comme en alchimie, nous avons affaire à un art profondément mystique, pour lequel c’est le mouvement d’accomplissement qui importe, et non l’accomplissement lui-même.

Un sujet qui nous parle particulièrement puisque nous sommes en train de travailler Le Feu secret, roman sur l'alchimie à paraître fin 2018 chez Nats Editions.

Thierry Erhart et Marie-Hélène Fasquel.

Okakura Kakuzô
né le 14 février 1862 et mort le 2 septembre 1913, également connu sous le nom Okakura Tenshin, est un érudit japonais ayant contribué au développement des arts japonais.


Aurélien Clause, traduction

Interview d'Aurélien.

Merci infiniment à Synchronique Editions pour ce SP passionnant et pour l'offre que vous trouverez ici :




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