Résumé de l’éditeur
Un écrivain harcelé par l'étudiante qui lui consacre une thèse, un peintre qui s'accuse de tuer les femmes à distance avec ses pinceaux, une maison qui envoûte jusqu'à la folie ceux qui s'y attachent... Faut-il résister à l'attirance ? Et si l'on y cède, est-ce pour se fuir ou pour se retrouver ?
Liées par un même secret, l'histoire de trois passions vénéneuses où culmine le talent d'un des plus grands auteurs français d'aujourd'hui.
Notre chronique
Attirances de Didier Van Cauwelaert est un livre à la frontière du recueil de nouvelles et du roman choral. Trois récits, trois obsessions, trois formes de fascination qui finissent par se rejoindre autour d’un même secret familial et d’une même interrogation : que révèle réellement l’attirance : un manque, une faille ou une vérité enfouie ?
« Une part de moi aurait voulu prendre le train, pour garder intacts le désir inspiré par la maison, l’image de cette femme qui dans la réalité risquait probablement d’être inférieure à mon fantasme. Je savais résister à la routine, pas à la déception. »
Le texte s’ouvre sur une relation presque anodine entre un écrivain et une étudiante préparant une thèse, avant de glisser vers quelque chose de plus inquiétant. Ensuite, un peintre persuadé de tuer ses modèles avec ses pinceaux entraîne une juge dans une enquête qui frôle l’irrationnel. Enfin, une maison isolée est le centre d’une étrange emprise affective et mémorielle. Le fantastique affleure. Est-il simplement lié à l’imagination de protagonistes souffrant de blessures psychologiques ?
J’ai apprécié la façon de faire surgir l’inquiétude au cœur du quotidien. Les personnages de chaque nouvelle semblent être prisonniers d’un désir devenu obsession. « Les vraies hantises sont les pulsions humaines que vous projetez », affirme un prêtre au protagoniste de la troisième nouvelle. Cette phrase pourrait résumer l’ensemble du texte.
« Ce qui se passe là-bas n’a rien à voir avec le diable. Ce n’est pas une force du mal qui s’empare des gens, c’est une force d’amour. Confiance, trahison, désespoir... Ce que vous en faites ne dépend que de vous. C’est trop facile d’accuser l’invisible (…) Les vraies hantises sont les pulsions humaines que vous projetez. Ce sont les vivants qui hantent les maisons, (…) qui réveillent leur passé et perturbent les morts. »
Le livre contient aussi de très belles réflexions sur la création et l’écriture.
« Quinze heures par jour, quatre-vingt-douze pages. J’avais oublié l’ivresse d’écrire dans le silence, d’emplir de mes phrases un appartement vide, de laisser le passé reprendre le pas sur le présent en défaisant la trame du réel, pour retisser les événements dans mon sens, à ma mesure. Rien sur terre ne m’aura donné autant d’émotion, autant de puissance que ces heures en marge de la vie, où je refais le monde par dépit, par défi, par vengeance. »
Cette vision de l’écriture comme reprise de pouvoir sur le réel traverse discrètement les trois récits. Elle m’a rappelé, par moments, l’atmosphère trouble des films de Claude Chabrol : des êtres ordinaires, des fêlures intimes et une menace diffuse qui finit par contaminer chaque relation.
La construction du « roman » est particulièrement réussie. Ce qui semblait fragmentaire ne l’était finalement pas. Didier Van Cauwelaert privilégie la fluidité, l’efficacité narrative, mais aussi une forme de mélancolie discrète. Derrière les éléments fantastiques, Attirances parle surtout de solitude, de désillusion et du besoin d’être regardé et aimé, quitte à se perdre dans cette attente.
À découvrir !
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Gabriel et Marie-Hélène.