13 juillet 2026

Chronique littéraire : Le Banc de Géraldine Smith, lu par Bernard Gabay (Audiolib).

Résumé de l'éditeur
Chaque jour, à la résidence des Merles bleus, Georges, 95 ans, Marcel, de six ans son cadet, et Jean-Marc, fraîchement retraité, se retrouvent sur leur banc. Ensemble, ils devisent sur le monde qui passe... et celui qui s’efface.
Un matin, Georges est retrouvé mort au fond de son lit, dans des circonstances suspectes. Qui aurait pu vouloir la peau du nonagénaire ? Isabelle et Paul, ses enfants ? Mariola, son auxiliaire de vie ? Chantal, qui lui faisait la lecture... et les poches ? Alain, le « shérif » de l’immeuble ? Ou Abdel, le gérant de la baraque à frites ?
Avec une immense tendresse pour ses personnages, Géraldine Smith signe un roman policier aussi léger que subtil. Car sous les pas de l’inspecteur Moussa Mballo, une vérité se dessine : le très grand âge cache parfois une jeunesse intacte, simplement rangée dans la cave des souvenirs.

Notre chronique 
J’ai adoré écouter Le Banc de Géraldine Smith, un roman très juste sur le grand âge, la dépendance et la mémoire. La mort de Georges, quatre-vingt-quinze ans, retrouvé dans des circonstances suspectes, donne au récit une légère trame policière, mais l’essentiel est ailleurs : dans les vies de Georges, de sa famille, de ses amis…, dans les habitudes, les conversations et ce que le vieillissement fait aux corps autant qu’aux liens familiaux.
J’ai été particulièrement touchée par la manière dont le roman aborde la fin de vie sans pathos. Géraldine Smith montre la fatigue, l’attente, l’humiliation parfois, mais aussi l’humour, les élans d’amitié et les formes de solidarité qui subsistent quand le reste se rétrécit.
« Vieillir c’est pas marrant, mais vieillir seul… »
Toute la tonalité du livre est là, dans cette phrase suspendue. Certaines pages disent très bien l’étrangeté du très grand âge, cette coexistence du présent et du passé :
« Si le monde que l’on a connu disparaît, on disparaît avec lui. »
J’ai également apprécié le regard porté sur notre époque : les relations familiales fragilisées, la place des écrans, le rapport à la vitesse et à la performance. « Dans un univers obsédé par la vitesse et envahi de sons, le silence n’est plus qu’un vide à combler dans l’instant. » Cette remarque pourrait sembler appuyée, mais elle prend ici une résonance particulière parce qu’elle émane de personnages relégués à la marge du monde contemporain. Le livre rappelle aussi que « vieux » n’est pas une catégorie homogène, et que le grand âge demeure largement invisibilisé.
« - Toute ma vie, j’ai veillé à ne pas être à la merci d’autrui. Voilà que j’échoue sur la ligne d’arrivée.
- Papa...
Mon copain Marcel se plante devant la télé pour faire semblant d’être occupé, mais il ne sait même pas ce qu’il regarde. Moi, je préfère encore m’allonger dans le silence. Je m’ennuie prodigieusement ! Le mystère, le grand mystère, c’est pourquoi on s’accroche, pourquoi on prend ses médicaments. Peut-être que l’on a peur. Quand ta mère me manque trop, je me dis que je vais aller la rejoindre et je balance toutes les pilules du semainier dans la poubelle. Mais, le lendemain, je reprends mes comprimés. Pourquoi ? » 
Le Banc évoque aussi bien sûr la dépendance, l’usure physique ainsi que le désir contradictoire de continuer malgré tout. Sous ses allures de chronique douce-amère, le roman pose finalement une question très simple : qu’est-ce qui nous rattache encore à la vie lorsque le monde se retire peu à peu autour de nous ?
Un roman subtil et fin sur la fin de vie, qui nous concerne ou nous concernera tous et toutes !

Pour aller plus loin
Interview (à venir)

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Bonjour !
Votre commentaire sera bientôt en ligne.
Merci d'échanger avec nous !
Gabriel et Marie-Hélène.