Présentation de l'éditeur
Depuis de longues semaines, Lucas a cessé de parler. Plus un mot ! D’où vient ce mal étrange ?
Est-ce par ce qu’il est, au quotidien, harcelé dans son collège par une brute épaisse ?
L’adolescent trouve refuge sur une planète lointaine. Là, dans ce monde désertique, il est l’Élu, le Sauveur. Celui dont on boit les paroles. Il est le « Maître Môh »
Mais peut-on ainsi fuir les réalités de la vie quotidienne et se réfugier très longtemps dans l’imaginaire ?
Notre chronique
Dans Maître Môh, Marc Gérard aborde plusieurs thématiques essentielles de l’adolescence dans ce roman jeunesse : le harcèlement scolaire, le repli sur soi, la difficulté de parler, mais aussi le pouvoir du langage et de l’imaginaire. Lucas, treize ans, a cessé de parler. Sur Terre, il est muet comme une carpe ; sur la planète Afasi, en revanche, il devient celui dont on boit les paroles, le mystérieux Maître Môh, attendu depuis si longtemps par les Mutiks. Ils attendent en effet le sauveur qui leur redonnera le langage et transformera leur planète désertique (je n’en dis pas plus pour ne pas déflorer l’ouvrage)...
« À force de raccourcir les mots, les Mutiks ont perdu le beau langage. Ainsi, chez eux, un caméléon polisson est devenu un camélisson, un hérisson de passage un hérissage. »
Le roman joue habilement sur cette tension entre deux mondes. D’un côté, le réel, marqué par la violence ordinaire du collège et l’incompréhension des adultes. De l’autre, l’univers des Mutiks, peuple qui, à force de raccourcir les mots, a perdu la capacité de communiquer correctement. Cette idée d’un appauvrissement du langage comme symptôme d’une crise plus profonde est particulièrement intéressante et nous rappelle Mutiks (un premier roman de l’auteur). Marc Gérard interroge ce que parler veut dire, mais aussi ce que le silence révèle.
Tout est l’occasion de réfléchir sur nos paroles :
« — Entrez ! N’ayez pas peur. Ça démarre mal. En général, quand quelqu’un commence son propos par “N’ayez pas peur !” ou “Ne craignez rien !”, cela n’augure rien de bon. C’est même très mauvais signe. »
J’ai particulièrement apprécié les passages consacrés au langage. « La parole est un don du ciel », affirme Lucas, avant de rappeler qu’elle peut aussi « blesser comme une lame aiguisée ». Derrière la dimension fantastique et souvent humoristique du récit se dessine une réflexion plus grave sur l’incommunicabilité contemporaine. Certains passages évoquent d’ailleurs les univers de la science-fiction jeunesse classique, où l’étrangeté sert avant tout à éclairer notre propre monde.
« Comment expliquer à cette femme que j’appartiens à deux mondes ? Que j’existe à la fois dans le sien, un lieu où je suis incapable de parler, et un autre où rien n’est plus facile pour moi que de communiquer. Que je navigue à mon gré entre ces deux univers. Lorsque l’un s’ouvre, l’autre se ferme. Et vice-versa. Que, dans le second, j’ai été chargé d’une mission. J’y ai la lourde tâche d’aider ses habitants à retrouver le langage. Comble de l’ironie ! Puisqu’aussi bien, ici, dans cette pièce, je suis muet comme une carpe. Et c’est exactement le même objectif qu’elle poursuit : réussir à me faire parler. Je peux peut-être l’aiguiller… »
Marc Gérard aborde des questions importantes : la confiance en soi, le refuge dans l’imaginaire, l’écriture comme espace de reconstruction. Lucas est un personnage touchant, coincé entre deux univers qui ne cessent de se répondre.
« — La parole, commencé-je, est un don du ciel. Un cadeau des dieux. Une bénédiction. Ce n’est pas le silence qui est d’or, croyez-moi. C’est également une force. Et c’est cette force qui permet à celui qui l’emploie de créer l’environnement qu’il souhaite. Un peu comme un magicien a le pouvoir de faire apparaître un lapin ou une colombe d’un chapeau, quand il le désire, les mots ont le pouvoir magique de faire apparaître la pensée…— Mais cette magie peut être dangereuse. La parole, mal employée, peut blesser comme une lame aiguisée. Tout ce que l’on dit peut se retourner contre soi ou contre les autres. Elle est capable de créer les rêves les plus merveilleux, mais également d’abîmer le réel et ce qui nous entoure…— La parole est d’une puissance telle qu’elle peut changer la vie de millions de personnes…— Il ne faut jamais non plus oublier qu’on est responsable de ce que l’on profère. Les paroles en l’air sont à éliminer. Même en plaisantant, la parole peut blesser profondément. »
Un roman bref et extrêmement touchant, qui rappelle combien les mots peuvent à la fois enfermer, protéger ou sauver.
Pour aller plus loin
Interview de l'auteur (au sujet de Mutiks)
Interview (au sujet de Maître Môh à venir)


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Gabriel et Marie-Hélène.