Merci infiniment, Hélène, d'avoir accepté de répondre à nos questions !
Qu'est-ce qui vous a donné l'idée de réunir l'apprentissage de la lecture et l'humour dans un même livre ?
Je suis maman avant d'être auteure, et c'est finalement mon fils Anton qui est à l'origine du projet, au moins en partie.
Nous vivons en Allemagne et il grandit bilingue, avec aujourd'hui une langue dominante qui est plutôt l'allemand. Il est arrivé à cet âge merveilleux où les enfants commencent à collectionner les blagues, à en inventer, à les raconter à tout le monde à table... mais toujours en allemand !
J'ai alors voulu lui transmettre aussi ce petit patrimoine humoristique français : les blagues Carambar, les blagues de Toto, toutes ces petites bêtises qui traversent les générations et font rire les enfants depuis des décennies.
J'ai commencé à faire des recherches, à me replonger dans les blagues de mon enfance. Et puis je me suis dit : si les enfants aiment rire, pourquoi ne pas utiliser ce plaisir comme moteur pour apprendre à lire ?
L'idée du livre est née de là. Après tout, quand un enfant rit, il oublie souvent qu'il est en train de faire un effort.
Concevoir un ouvrage destiné aux lecteurs débutants exige un équilibre délicat. Comment avez-vous adapté votre écriture pour qu’elle soit accessible aux jeunes tout en étant drôle ?
Mon travail n'était pas d'inventer les blagues, mais plutôt de mener un véritable travail de recherche, de sélection et de mise en forme pédagogique.
J'ai passé beaucoup de temps à chercher des blagues qui cochaient plusieurs critères à la fois : être amusantes pour des enfants de 6 ou 7 ans, utiliser un vocabulaire accessible et rester relativement courtes.
Certaines blagues très connues et rigolotes reposent sur des références culturelles ou des jeux de mots trop complexes pour cet âge. D'autres sont excellentes, mais beaucoup trop longues pour un jeune lecteur.
L'enjeu était donc de trouver ce fameux équilibre entre humour, simplicité et plaisir de lecture.
J'ai également choisi d'utiliser une présentation syllabique avec des couleurs alternées. Cette idée vient directement de l'Allemagne, où je vis depuis bientôt 6 ans, où cette approche est beaucoup plus répandue et utilisée par tous les enfants, et pas uniquement par ceux qui rencontrent des difficultés de lecture ou présentent des troubles dys par exemple.
J'aime beaucoup cette approche parce qu'elle favorise les petites réussites, la confiance en soi et le plaisir de lire. Quand un enfant se dit : « J'ai réussi ! », il a immédiatement envie de tourner la page pour découvrir la blague suivante.
Parmi les 101 blagues, en avez-vous une préférée ou une qui provoque particulièrement les réactions des jeunes lecteurs ?
Oui, absolument !
Ma préférée est la toute dernière du livre, la numéro 101. Je lui ai d'ailleurs réservé une petite place d'honneur.
Elle est un peu particulière, car elle nécessite une petite mise en scène : il faut lever son doigt devant son visage et demander : « Qu'est-ce que tu vois là ? »
La réponse est presque toujours : « Un doigt ! »
Et là, il faut répondre très sérieusement : « C'est que je dois être bien cachée derrière alors ! »
J'avoue avoir un faible pour cette blague un peu absurde qui permet de faire le clown et de se mettre en scène. D'ailleurs, elle est complètement tombée à plat auprès de mon fils ! Mais je crois en son potentiel malgré tout !
Les enfants aiment souvent raconter les blagues qu'ils viennent de lire. Était-il important pour vous que ce livre favorise aussi le partage en famille et en classe ?
Oui, énormément.
Pour moi, une blague est un petit cadeau que l'on transmet. Elle circule de la cour de récréation à la table du dîner, puis chez les grands-parents le week-end suivant.
J'aimais beaucoup l'idée qu'un enfant puisse lire sa première blague tout seul puis courir la raconter à quelqu'un d'autre.
C'est un moment très fort : pendant quelques secondes, l'enfant n'est plus celui qui apprend, il devient celui qui fait rire les autres.
Et je crois que cette fierté-là est un formidable moteur pour continuer à lire.
Quels retours de parents, d'enseignants et d'enfants vous ont le plus touchée depuis la parution de l'ouvrage ?
Un commentaire laissé sur Amazon m'a particulièrement touchée :
« Quand ton fils n'aime pas lire, il faut bien trouver des solutions ;) Ce livre de blagues a été parfait pour motiver mon fils à quitter les écrans et feuilleter un bouquin. Nous nous sommes même retrouvés à redire certaines blagues du livre en famille ! »
Je trouve que cette phrase résume exactement ce que j'espérais en imaginant ce livre.
Bien sûr, apprendre à lire est important. Mais si, en plus, un livre réussit à créer des moments de complicité familiale et quelques fous rires autour de la table, alors il a rempli sa mission bien au-delà de la lecture.
Selon vous, quelles sont les principales difficultés rencontrées aujourd'hui par les enfants qui débutent la lecture, et comment votre livre cherche-t-il à y répondre ?
Les enfants grandissent aujourd'hui dans un univers où tout va très vite : les vidéos durent quelques secondes, les images défilent en permanence et les sollicitations sont nombreuses.
Face à cela, la lecture peut sembler plus exigeante, plus lente, plus laborieuse.
Je crois pourtant que les enfants aiment toujours autant les histoires. Ils ont simplement besoin de ressentir rapidement le plaisir et la réussite. Je crois beaucoup à l'importance des petites victoires : lire une phrase, comprendre la chute d'une blague.
Ce n'est d'ailleurs pas un hasard si j'ai choisi les blagues : elles offrent une récompense immédiate. L'enfant fait l'effort de lire... puis reçoit immédiatement sa "gratification" sous la forme d'un sourire ou d'un éclat de rire.
La confiance se construit souvent comme cela : une petite réussite après l'autre.
La segmentation syllabique avait pour moi toute son importance, et est un pilier de la Collection Rigolus. En France, les syllabes colorées sont encore souvent associées à la dyslexie ou au soutien spécialisé. C'est évidemment un formidable outil pour ces enfants, mais je suis convaincue qu'elles peuvent être utiles à beaucoup d'autres également. Je ne les vois pas comme un outil de compensation, mais comme un outil de facilitation.
Après tout, nous utilisons des roulettes pour apprendre à faire du vélo, des brassards pour apprendre à nager, et personne n'y voit un problème. Pour moi, les couleurs peuvent parfois jouer un rôle similaire dans l'apprentissage de la lecture : elles rassurent, soutiennent, puis deviennent progressivement inutiles lorsque la confiance s'installe.
Mon petit rêve, avec Maître Rigolus, est de contribuer modestement à ouvrir davantage l'usage de cette méthode à tous les jeunes lecteurs, et pas seulement à ceux qui rencontrent déjà des difficultés.
Envisagez-vous de développer d'autres ouvrages mêlant humour, lecture et apprentissage pour les jeunes lecteurs ?
Oui, très clairement !
Cette première expérience m'a confortée dans mon envie de créer des livres qui rendent l'apprentissage joyeux et accessible.
Je suis convaincue qu'il existe un formidable levier pour accompagner les jeunes lecteurs : partir de leurs passions.
Certains enfants vivent football du matin au soir. D'autres ne parlent que de chevaux, de dinosaures, de licornes ou de pompiers.
Alors, pourquoi ne pas utiliser cet enthousiasme naturel pour les aider à franchir les premières étapes de la lecture ?
C'est ainsi qu'est né Je lis tout seul avec les stars du foot, puis plus récemment 101 secrets sur les chevaux pour apprendre à lire (à paraître bientôt).
Mon objectif est toujours le même : faire en sorte que l'enfant ait envie de lire encore une phrase, puis encore une autre, puis encore une autre... Parce qu'il veut découvrir la prochaine anecdote sur son joueur préféré. Parce qu'il veut savoir comment les chevaux communiquent entre eux ou reconnaître leurs émotions grâce à leurs oreilles. Parce qu'il est curieux... Et lorsque la curiosité prend le dessus, l'effort de lecture devient soudain beaucoup plus léger.
Je crois profondément qu'un enfant qui lit sur un sujet qu'il adore est souvent capable de dépasser des difficultés qu'il n'aurait peut-être pas acceptées sur un texte plus scolaire.
Si vous pouviez transmettre un seul message aux parents et aux enseignants qui accompagnent les enfants dans leurs premiers pas de lecteurs, quel serait-il ?
Je leur dirais de ne jamais sous-estimer le pouvoir du plaisir.
On apprend à lire avec son cerveau, évidemment, mais aussi énormément avec ses émotions.
Un enfant n'a pas besoin de devenir un grand lecteur en quelques semaines. Il a surtout besoin d'associer les livres à quelque chose de positif, de rassurant et de joyeux.
Quelques minutes de lecture partagée chaque jour, beaucoup d'encouragements et le droit d'avancer à son rythme font souvent des merveilles.
La confiance en soi est probablement l'un des plus beaux cadeaux que l'on puisse offrir à un jeune lecteur.
Le mot de la fin ?
Si un enfant refuse de refermer 101 blagues pour apprendre à lire et se dit : « On en lit encore une ! », alors j'ai déjà gagné. Et si, entre deux éclats de rire, il a progressé en lecture sans même s'en rendre compte... Alors là, le pari est doublement réussi.
Au fond, toute l'ambition de Maître Rigolus tient peut-être dans cette idée toute simple : rendre les premiers pas en lecture un peu plus facile, un peu plus joyeux et un peu plus confiants.
Et si quelques couleurs, quelques blagues et quelques sujets qui font briller les yeux des enfants peuvent aider à ouvrir les portes de la lecture au plus grand nombre, alors le renard Rigolus sera probablement très fier de sa mission.
Et qui sait ? Peut-être qu'un jour les syllabes colorées seront perçues simplement comme un outil parmi d'autres pour aider tous les enfants à prendre leur envol de lecteurs, un peu comme les roulettes d'un vélo avant les premières grandes aventures en autonomie.
Pour aller plus loin
Notre chronique.
Devinette (page 35)
"Que raconte une maman dinosaure à son bébé ?"
--> Une préhistoire.


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