Description de l'éditeur
Domestique au service des bourgeois, elle est travailleuse, courageuse, dévouée. Mais, ce week-end-là, elle redoute de se rendre chez les Daniel. Exceptionnellement, Madame a accepté d’aller prendre l’air à la campagne. Alors la petite bonne devra rester seule avec Monsieur, un ancien pianiste accablé d’amertume, gueule cassée de la bataille de la Somme. Il faudra cohabiter, le laver, le nourrir. Mais Monsieur a un autre projet en tête. Un plan irrévocable, sidérant. Et si elle acceptait ? Et si elle le défiait ? Et s’ils se surprenaient ?
La Petite Bonne avance en rythme, sans en avoir l’air, vers le huis clos psychologique, jusqu’à surprendre tout le monde.
Libération.
Libération.
La poignante histoire de deux vies abîmées par un monde auquel les personnages n’avaient rien demandé.
Elle.
Elle.
Un vrai tour de force pour une histoire prenante avec des scènes qu’on n’oubliera pas.
Psychologies magazine.
Psychologies magazine.
Prix des Librairies indépendantes de Belgique 2025 / Prix des Libraires 2025 (roman français) / Prix Libraires en Seine Corinne-Kim 2025.
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Comment est née l’idée de ce huis clos entre une domestique et un ancien soldat mutilé de la Grande Guerre ?
J’ai vécu dans la Somme, visité de nombreux sites qui racontent la Première Guerre, et suis passionnée par les conséquences de ce long conflit total. Pour ce texte, je suis partie de la forme pour créer mes personnages : ils me sont apparus de façon très spontanée quand je me suis mise à écrire en vers libres pour la Petite Bonne, qui a calqué son rythme sur celui des vers. Blaise est arrivé en contrepoint de cette jeune femme. J’ai construit ensuite mon scénario par étapes, selon ce que me dictaient mes personnages. Ils étaient là, dans ma tête ! Peu à peu, je les ai élaborés, peaufinés, ils sont devenus complexes, presque réels dans mon esprit ; quand j’écris, je ressens leurs réactions face aux événements que je vais leur proposer de vivre, vois les choses par leurs yeux, entends comment chacun d’eux appréhende les bouleversements, et c’est ça qui fait avancer mon intrigue. C’est presque cinématographique, avec beaucoup d’images. Je les aime, et parfois aussi je les déteste pour leurs choix ou leurs réactions, mais ils ont leur personnalité propre et je dois faire avec. Et puis, surtout, ils subissent en permanence la marche de l’Histoire (dont moi, je connais la fin.) J’aime les voir se débattre dans ce temps long qu’eux ne maîtrisent pas. Le huis clos participe à l’effet de suspense et de tragique. La petite bonne est une jeune femme simple, mais courageuse. Quelle que soit la situation, elle s’applique à se rendre utile, à donner le meilleur d’elle-même. On a l’impression qu’elle doit toujours justifier sa présence, la racheter — elle est en oscillation permanente entre son devoir et des aspirations si inaccessibles qu’elle s’efforce de les tenir à distance. On découvrira qu’elle agit ainsi pour contrebalancer une faute qui est son secret ; pour elle, sa culpabilité ne fait aucun doute... Il n’y a pas chez elle ce côté sordide ou crapuleux des bonnes de Mirbeau ou de Genet… Mais sa rencontre avec Blaise va modifier les équilibres précaires qu’elle a édifiés. Jusqu’où sera-t-elle foncièrement « bonne », à tous les sens du terme ? J’ai tout de suite eu envie de mettre face à face ces deux êtres écrasés sous le poids de leur histoire et de leur condition, et de les faire dialoguer, à ma façon.
Pourquoi avoir choisi d’alterner prose et vers libres dans la construction du roman ?
Se concentrer sur trois personnages durant un week-end permet de les connaître en profondeur, et la forme, avec ses traitements narratifs différents, deux voix en vers libres alternant avec une narration classique en prose, fait autant partie d’eux que le fond. Chacun a sa manière de penser le monde et de le décrire, avec ses sens et son rythme propre. Les vers libres se sont imposés les premiers, et c’est de cette forme-là qu’est né le personnage de la bonne : le côté haché, répétitif et apparemment simple de sa pensée a accompagné la création de cette jeune femme mieux que toute description. Alors que Joseph Ponthus met ses vers libres au service de la description de la vie à l’usine dans À la ligne, je les utilise pour créer une sorte de « tic-tac » qui entraîne les personnages (et le lecteur) vers une fin inexorable, une spirale infernale qui emporte tout. On pressent qu’ils ne s’en sortiront pas, mais on ignore quand et comment leur fin arrivera. Pour le savoir, il faut lire, et jusqu’au bout !
La Petite Bonne n’a pas de prénom. Que permettait selon vous cet effacement identitaire ?
Aucun prénom ne s’est imposé à moi durant l’écriture, et quand je me suis posé la question, je me suis dit que cette jeune femme parlait dans ce texte au nom de tous les invisibles qui lui ressemblent : ne pas la nommer lui donne finalement une portée universelle.
La question du corps (blessé, épuisé, humilié ou soigné) traverse le récit. Était-ce le point de départ de votre récit ?
Comment transformer le corps mutilé et la douleur en objet de littérature ? Comment le décrire, le regarder, le toucher ? Comment le supporter, l’aimer, l’imposer aux regards des autres, à son propre regard dans le miroir ? Autant de questions fascinantes auxquelles la création offre des amorces de réponse. La lecture du Lambeau de Philippe Lançon a à ce titre été pour moi déterminante. Le fait que le corps souffrant soit ici celui d’un ancien Poilu a convoqué beaucoup d’autres images. Celles de Johnny got his gun, par exemple : j’ai été fortement marquée par le point de vue de ce héros emmuré vivant qui voit le monde à travers la fine gaze qui recouvre son corps détruit et ne communique que pour demander à mourir. Blaise lui doit beaucoup. J’ai pensé aussi à La chambre des officiers de Marc Dugain – ses infirmières, ses médecins, ses patients reclus –, et à Au revoir là-haut de Pierre Lemaître… Le corps abîmé est au cœur de ces scénarios, partie visible de l’esprit brisé des protagonistes. J’ai voulu approfondir comment ces images, parfois à peine décrites, mais tour à tour insoutenables, effrayantes, pathétiques, impactent la victime, son entourage... et le lecteur. À chaque fois, le héros diminué se remet totalement en question. Il ne se demande pas seulement s’il est encore un homme (au sens mâle), mais Homme (au sens d’humain). Comment justifier son existence et s’y accrocher encore ? A-t-on encore sa place dans la société quand on se sent tellement inutile ? A-t-on le droit de disposer de son corps, et jusqu’où ? À qui appartient-on vraiment ?
Le corps féminin me fascine également, mais il n’est pas ici perçu comme un objet de désir : la question qui accompagne ma bonne est aussi celle de la propriété de ce corps. Elle le met au service des autres, il est malmené par la vie, par son compagnon. L’enjeu de la maternité, volontaire ou pas, et de l’avortement (clandestin, donc coupable) est au cœur du sujet, comme dans les romans d’Annie Ernaux, une autre grande figure littéraire importante pour moi.
Comment avez-vous travaillé la voix de chacun des personnages pour leur donner une présence aussi distincte ?
Je suis fascinée par les taiseux : l’idée qu’on puisse ressentir des tas de choses sans jamais en parler m’obsède. Je pense qu’on est le plus souvent seul avec soi-même. Alors, quand deux solitudes se rencontrent sans témoin, cela crée des situations qui ébranlent les certitudes et remettent en question des décisions que chacun pensait fermes. Dans un espace-temps limité, la pression fait que tout est concentré, bien plus fort que dans la réalité, donnant l’impression que tout devient possible. Le huis clos exacerbe tout, un peu comme dans l’économie d’une pièce de théâtre, et la situation initiale bascule brusquement en emportant le spectateur avec elle. J’avais très envie d’expérimenter cette tension dans l’écriture, de raccourcir le temps comme les phrases, de ressentir plutôt que dire. Les silences en sont d’autant plus intenses... et laissent toute leur place aux regards, aux gestes, à la musique.
Le roman évoque avec beaucoup de justesse la condition des femmes pauvres dans les années 1930. Quelles recherches avez-vous menées sur cette période ?
J’ai fait beaucoup de recherches sur l’arrière, les familles, les femmes, les progrès technologiques et sociétaux, les survivants de la guerre et leurs traumatismes… Je m’intéresse avant tout aux parcours individuels : on ne touche du doigt le passé qu’à travers les destins particuliers, inspirés de photos, de témoignages, mais aussi de lectures naturalistes (Zola, Flaubert et Maupassant ne sont jamais très loin !)... J’aime imaginer la vie des gens ordinaires pris dans ce tourbillon dont, eux, ne connaissent pas l’issue.
La musique occupe une place discrète, mais essentielle dans le texte, notamment à travers le personnage de Blaise. Quelle importance lui accordiez-vous dans l’atmosphère du roman ?
Je ne suis pas musicienne, mais je sais le bouleversement que l’écoute de certains morceaux me procure. C’était ça que j’avais envie de raconter à travers le regard neuf de la Petite Bonne sur ce monde culturel, auparavant réservé à une élite bourgeoise. La musique est le privilège de Blaise, mais il ne peut plus en jouir. Le fait de le partager avec une autre, de pouvoir l’initier, de voir son bonheur, rend son approche d’autant plus rare et belle : la musique réunit et répare… mais ce n’est pas nouveau ! Certains lecteurs sont venus me dire qu’ils avaient lu ce texte comme une partition, avec envolées, silences et changements de rythme... Tant mieux si la musique a transcendé les mots !
Vos personnages semblent enfermés autant par les conventions sociales que par leurs propres blessures. Souhaitiez-vous montrer une forme d’impossibilité du lien social ?
Je me suis rendu compte que notre époque avait pas mal de points communs avec cet après-guerre, dans les tensions sociales, dans la montée des extrêmes, dans les discours sur la place des femmes, mais aussi sur le progrès galopant — tous ces changements, comme les inquiétudes qu’ils provoquent, créent des rapports contrastés entre les gens. Pour moi, le roman historique est intéressant s’il peut être relié à notre époque. Déplacer le point de vue permet de mieux parler de nous. Ces histoires de « petites gens », ces relations aidant-aidés, toute cette violence non dite, sont terriblement actuelles. En les mettant à distance, on est plus à même de les observer, d’éclairer notre temps. Avec ces personnages qui ne sont pas des héros, mais des êtres emplis de doutes et de défauts, j’espère me rapprocher d’une certaine réalité de notre société, en tout cas de celle qui me touche et me questionne.
Quel ressenti de lecteur ou lectrice vous a le plus émue ?
La Petite Bonne m’a emmenée dans toutes sortes de lieux, de médiathèques, de festivals, de librairies, et chacun d’entre eux a été l’occasion de rencontres humaines merveilleuses. Des quantités folles ! Comment ne pas être fière et émue de m’apercevoir que ce livre a touché autant de gens différents, aux quatre coins de la France ? Depuis sa sortie, ce texte ne m’appartient plus, il est celui que les lecteurs font vivre, et cela n’a pas de prix.
Le mot de la fin ?
Le regard de l’autre révèle nos complexités. La bonne fait entrer la lumière, elle permet à Blaise de voir les choses sous un autre jour. Ces personnages se redécouvrent dans l’œil de l’autre, leur part d’ombre, mais aussi leur part lumineuse. L’espoir est latent – peut-être faible face au poids du destin – mais c’est lui qui justifie qu’on vive. J’ai cherché à expérimenter par l’écriture cette possibilité de l’altérité quand tout semble désespéré. Je crois en l’autre, très fort. Cela pose des questions très actuelles sur notre société individualiste, sur le couple aussi, et cela questionne la définition même de l’humanité : c’est quoi être fort, être un Homme, c’est quoi la faiblesse, le besoin, la dépendance ? À l’argent ? Aux autres ? Au regard des autres ? À la loi ? Au fond, il s’agit de la grande question de la liberté qui sous-tend tous les rapports humains. Comment le regard de l’autre libère ou enferme. Le twist final laisse planer l’idée d’une possibilité de s’en sortir, quelles que soient les raisons d’agir (bonnes ou mauvaises). Au lecteur de choisir.
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