Résumé de l'éditeur
Persécutés par les soldats du roi Louis XIV, les protestants doivent disparaître. Solie n’est encore qu’une enfant quand elle doit fuir avec sa mère pour s’exiler en Angleterre. Un voyage semé de dangers. Une aventure humaine. Un projet de vie.
Sally Bun est un court roman de 90 pages, auquel l'autrice a ajouté quelques notes historiques sur la période vécue par la jeune héroïne durant le règne de Louis XIV. C'est aussi une référence à la mystérieuse histoire (ou à la légende?) qui raconte en Angleterre l'histoire d'une jeune réfugiée française qui aurait inventé le célèbre pain brioché qui est toujours la spécialité de la ville de Bath.
Interview
Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter l’histoire de Solange Luyon et de l’inscrire dans le contexte des persécutions contre les protestants ?
Je visitais Bath régulièrement lorsque je résidais au pays de Galles, c’est une ville où j’aurais pu habiter. Je connaissais donc la légende d’une petite huguenote française qui serait arrivée là autour de 1680, relayée par le tea-room – supposé être la boutique originale de Sally Lunn avec son four à fagots au sous-sol – où j’allais chaque fois déjeuner. Ce personnage m’était resté en mémoire depuis. J’ai décalé à 1685 le début de mon récit pour intégrer les événements historiques majeurs (Édit de Nantes et révocation). Le règne de Louis XIV est une période historique dont on parle à l’école, bien sûr, mais où le roi est présenté sous son aspect glorieux de Roi Soleil, alors que sa « mission » d’éradication des protestants dans son royaume est mal connue, voire ignorée, du public (comme pour Napoléon Bonaparte, on ne voit que les conquêtes). Alors, même si c’est un « sujet trop pointu » pour certains éditeurs jeunesse, j’avais envie de raconter à des enfants l’histoire de cette jeune résistante exilée, en centrant le récit sur la dizaine d’années de son évolution, de la fin de l’enfance à jeune adulte.
Comment avez-vous construit le personnage de Solange, notamment son évolution entre la jeune fille qui quitte La Rochelle et la femme qu’elle devient en Angleterre ?
Je voulais montrer Solange comme une petite fille obéissante, travailleuse et solitaire, qui vit cet exil comme un drame absolu : elle perd son cocon, ses repères et tous ses proches, à part sa mère à laquelle elle reste très attachée. Mais elle a un espoir et un but : retrouver son père, exilé deux ans plus tôt, dont la famille est sans nouvelles. C’est mon fil rouge. En attendant, elle retourne à l’école, car l’enseignement et l’éducation sont très importants pour les Huguenots. Elle doit vivre sa vie d’enfant et d’adolescente, et s’adapter à son nouvel environnement. Adulte, je la voulais énergique, indépendante, courageuse et entreprenante. J’ai choisi de ne pas la marier, peut-être une influence de Rosa Bonheur, sur laquelle j’ai travaillé pour l’album Au Bonheur des Bêtes (éditions Léon art & stories).
La mer et la traversée de la Manche occupent une place importante dans le récit. Comment avez-vous travaillé ces passages pour que le lecteur soit conscient de ce qu’implique, ce que signifie vraiment l’exil ?
Solange vit à La Rochelle, la mer fait partie de son quotidien. Mais au fil des jours de la traversée et de sa nouvelle installation en Cornouaille anglaise, elle observe et apprend les différences entre l’océan Atlantique, qu’elle croit connaître, et la mer qu’elle découvre sous le nom de Channel. Elle prend conscience des distances, de l’éloignement, des dangers et de la difficulté à se déplacer et à communiquer. Je me suis beaucoup documentée (merci internet !) et j’ai lu énormément de romans/nouvelles/articles sur la mer et la navigation, pour tenter d’en comprendre le vocabulaire, la géographie (qui n’était pas mon fort à l’école) et le ressenti des gens de mer. Ça m’a pris du temps et de l’énergie, car je n’ai qu’une très brève expérience de la voile (qui aurait pu tourner au drame), plus mes nombreuses traversées de la Manche en ferry, pour aller en vacances chez ma tante – j’y ai passé tous mes étés de l’âge de 11 ans à la fin de mes études universitaires – et jusqu’à mon retour en France. Je me suis imaginée moi-même dans sa situation : que se passerait-il si le ferry faisait naufrage, ou si le rafiot avait coulé (trop de passagers, le vent a tourné) ? Quant à la notion d’exil, j’avais vécu la solitude (toute relative) et la nostalgie lors de mes premières vacances en GB, j’avais 11 ans et je quittais pour la première fois mes parents et ma petite sœur pour trois mois, je ne parlais pas encore l’anglais et tout me paraissait étrange (les gens, les modes de vie, la nourriture...). J’avais moi-même envisagé sérieusement de prendre la nationalité anglaise et de rester vivre là-bas, et j’ai plus tard enseigné le français-langue-étrangère à un grand nombre d’expatriés anglophones en Bretagne, avant le Brexit. Je suppose que tout ça ressort dans cette histoire.
Solange devient Sally : comment avez-vous pensé cette transformation du prénom et, plus largement, la question de l’identité dans le parcours de votre héroïne ?
La transposition du nom de Solange Luyon en Sally Lunn est suggérée dans la légende, je l’ai reprise, avec une pirouette à la fin lorsque Sally Lunn est baptisée Sally Bun par ses employées de la boulangerie. C’était aussi un aspect intéressant de son évolution, qui me permettait de jouer sur sa grande capacité d’adaptation et d’autodérision.
Votre roman mêle aventure, histoire et récit d’apprentissage. Comment avez-vous maintenu l’équilibre entre la dimension documentaire et la dynamique romanesque ?
Je savais où je voulais emmener Solange. Dès le début, j’avais posé un plan, qui a évolué au fil de l’écriture. J’avais le début et la fin, il fallait trouver la manière de lier les deux, de lui faire vivre des situations délicates pour étudier son caractère et ses réactions, et pour maintenir la tension et l’intérêt. J’ai ensuite dû réécrire surtout le début une bonne dizaine de fois, pour tenter de trouver l’entrée la plus intéressante possible, qui donne envie de lire la suite. Je gardais en tête un conseil de pros sur la nécessité d’accrocher l’intérêt d’un jeune lecteur dès le premier chapitre. Le plus difficile a été de digérer toutes les informations historiques et techniques, pour n’en garder que quelques éléments incontournables à la compréhension du récit, et pour ne pas ennuyer à la lecture. Mais il me fallait une synthèse à la fin, pour ceux-celles qui voudraient aller plus loin.
Quel regard portez-vous aujourd’hui sur la réception de Sally Bun ? Y a-t-il une réaction de lecteur, jeune ou adulte, qui vous a particulièrement surprise ou touchée ?
À l’heure actuelle, le roman ne sera officiellement publié que dans quelques jours. Mais je l’ai fait lire à des ami(e)s et connaissances, qui m’ont fait des retours positifs et encourageants. Entre autres, Hélène mon éditrice de Léon art & stories qui est aussi auteure jeunesse, m’a fait une analyse très élogieuse de la construction du récit et du graphisme. Les adultes ont apprécié les notes documentaires en fin de volume « qui donnent du poids au récit ». Mes jeunes bétalecteurs-trices ont aussi bien réagi à l’histoire « qui se lit facilement ». What else? Que demander de plus ? Je ne peux qu’espérer que ma Sally Bun trouvera son public.
Le mot de la fin ?
Fingers crossed!
Fingers crossed!

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