Résumé de l'éditeur
Dans un monde où les Œils épient le moindre de vos gestes, que peuvent bien avoir en commun : Linzmann, le chef de la Sûreté du dictateur Brumaire, Asilia, jeune femme rebelle au manteau de fourrure blanche, Zeph, un prof retraité vivant près d'une décharge ou encore Bouille, une gamine esclave d'un tortionnaire ?
Deux siècles après Les Misérables, Jean Valjean, Javert et Cosette n'ont pas pris une ride. La violence et l'injustice demeurent toujours d'actualité.
Notre chronique
Brasier : La part du feu de Marc Gérard est une dystopie qui assume clairement sa filiation avec 1984, avec toutefois un univers très développé qui lui est propre.
« Les valeurs mises en avant n’avaient pas pour objectif d’ouvrir l’esprit, mais bien de refermer la cage. Il voulait de bons citoyens éduqués, obéissants, aux devoirs faits, ayant des références communes, des modèles conformes. »
Les « Œils » surveillent chaque individu et les implants-capteurs connaissent les habitants jusque dans leurs habitudes, leurs goûts et leurs relations.
« Leurs lucarnes ne les avaient pas dénoncés. Les deux hommes contrôlaient pleinement leurs émotions. Le minuscule capteur-espion, implanté de façon aléatoire quelque part dans leur anatomie, ne relevait, pour l’instant aucune modification, quant à leurs tension, température, métabolisme ou dosage hormonal, activités cérébrales et encore bien d’autres paramètres biométriques, qui aurait pu paraître suspecte et ainsi les trahir. »
J’ai particulièrement apprécié l’inventivité de cet univers, ainsi que les jeux de mots, les néologismes et l’ironie qui traversent le récit. La technologie, présentée comme un moyen de supprimer l’inconfort, la maladie, la frustration par la dictature, est avant tout un instrument de contrôle de la population : on choisit pour vous votre métier, vos amis, vos lectures, et même votre partenaire…
J’ai également apprécié les références littéraires, entre autres celles au Dormeur du val d’Arthur Rimbaud :
« Il avait désormais un trou énorme, rouge, au côté gauche. »
La réflexion sur le langage rappelle évidemment Orwell : ici encore, contrôler les mots revient à contrôler la pensée. Le Pouvoir a ainsi modifié la grammaire et interdit certaines formes de phrases, jusqu’à la réduction de l’expression à des énoncés courts et fonctionnels.
Le roman interroge également notre rapport aux ressources naturelles et aux conséquences d’une exploitation sans limites. « Ça ne suffisait pas de dépouiller la Terre, il leur fallait aussi la peau des étoiles ».
J’ai été très sensible à l’évolution des personnages, qui évoluent. Zeph, Asilia, Linzmann, Bouille… permettent de découvrir différentes facettes de cette société verrouillée.
« Plus loquace, il aurait pu lui expliquer que tout cela était vain à ses yeux, qu’au fond on ne changeait pas son destin. Même en se démenant, pouvait-on, au mieux, déplacer les problèmes. Il ne suffisait pas de gommer ou modifier son identité pour changer d’âme. Voilà ce que lui avaient appris ses lectures ! S’il avait eu une voix assurée, le cynique qu’il était lui aurait confié alors que le monde se voulait immuable. On pouvait toujours tenter de se débattre, on ne changeait rien, on dérangeait les choses, voilà tout. Aussi vrai que : rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme… »
Entre dystopie politique, réflexion écologique et humour décalé, ce premier tome est très original et passionnant. Et lorsque la dernière page se tourne, une question demeure : que va devenir la Dissidence ? Une seule envie, alors : découvrir la suite.
Pour aller plus loin
Interview de l'auteur (au sujet de Mutiks)
Interview (au sujet de Maître Môh)
Interview (au sujet de Brasier, à venir)



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Gabriel et Marie-Hélène.