24 juin 2026

Chronique jeunesse : Nous étions 10 de Paul Bruard (Éditions Ex Æquo).


Résumé de l’éditeur
Été 1942.
Nous étions dix, ce soir-là.
Dix gamins juifs, cachés dans une camionnette, en route vers une maison perdue au milieu des bois, quelque part en zone libre. Un refuge transformé en colonie où d'autres nous attendaient. Comme nous, ils avaient été séparés de leurs familles par la guerre. Entre rires, peurs, amitiés et amours, nous avons réappris à être des enfants. Nous étions dix… Dix à croire que cet endroit serait à l’abri de tout.
Dix à espérer… que la guerre ne nous y trouverait jamais.
9/12 ans

L'auteur

Originaire de Franche-Comté et père de trois enfants, j’ai réussi à suivre, malgré mon côté rêveur, plusieurs cursus de formation. Après une licence en économie, j’ai obtenu le diplôme d’État d’éducateur spécialisé qui m’a permis de travailler dans différentes structures et auprès d’un large public. Je suis revenu depuis peu dans l’animation, et accompagne au quotidien des enfants de maternelle jusqu’au CM2. Amoureux des mots depuis le plus jeune âge, je suis sans cesse à la recherche de nouveaux projets. Après un passage dans le monde de la scène (auteur-compositeur-interprète de plusieurs chansons répertoriées sur différents sites de musique), j’ai décidé de me lancer dans l’écriture de romans et d’histoires plus courtes, dans le but de les partager avec les enfants que j’accompagne au quotidien.
« Faire voyager et transmettre le pouvoir merveilleux des mots » telle est ma 
devise !

Notre chronique
Nous étions 10 de Paul Bruard est un roman jeunesse ancré dans l’Histoire, qui évoque le destin d’enfants juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1942, Joseph, dix ans, est séparé de ses parents arrêtés et déportés. Avec neuf autres enfants, il trouve refuge dans une maison isolée en zone libre dans une « colonie de vacances » qui accueille déjà vingt jeunes orphelins. Là, malgré la guerre qui se rapproche, une forme de quotidien renaît peu à peu.
Le roman montre comment l’enfance résiste aux circonstances les plus difficiles. 
« Toujours à aider, à porter, à consoler, à encourager. Tout ça, sans jamais se mettre en avant. Membre des dix, elle est pourtant devenue rapidement un pilier sans le vouloir, un guide sans le savoir. Douce dans ses gestes, vaillante dans l’effort. Sensible, oui, mais d’une solidité incroyable. Et quand on prenait le temps de s’intéresser à elle, on découvrait une profondeur infinie pour une enfant de cet âge.
 Anne faisait passer les autres avant elle. Toujours prête à se sacrifier. Et ça… Je ne pus que le constater, hélas, bien trop tard. »
Entre amitiés, solidarité, premiers émois amoureux et jeux partagés, les jeunes protagonistes tentent de reconstruire une vie avec leur « directrice de colonie », Nicole et d’autres adultes qui tentent de leur offrir une vie « normale », en dehors de la guerre. 
« Nous n’avions pas arrêté la marche des soldats. Mais, dans notre hameau, sous l’œil bienveillant de Nicole, nous avions appris à tenir debout et à construire, malgré tout. »
La force du récit réside dans cet équilibre entre l’insouciance propre à l’enfance et la menace constante qui pèse sur les jeunes. 
« Une pensée me traversa l’esprit. C’était peut-être ça, le bonheur : une journée entière sans peur, sans se cacher, sans courir pour fuir, uniquement pour jouer. Ça, les Boches ne pourraient jamais nous l’enlever. »
Les enfants savent ce que les persécutions signifient : ils ont vu leurs familles arrêtées et ont compris que ceux qui portaient l’étoile jaune étaient traités comme des rats, comme des nuisibles.
« Parmi les dix, chacun savait ce que les Allemands étaient capables de faire. Rafler sans ménagement toute personne, adulte ou enfant, considérée comme indésirable ou ennemi du Reich. Beaucoup avaient vu leurs parents arrêtés sous leurs yeux, et nous savions que la police française aidait l’occupant à “nettoyer” le pays des Juifs. Nettoyer… Faire table rase… Balayer… Ceux qui portaient l’étoile jaune étaient, aux yeux du moustachu qui dirigeait l’armée de Boches, responsables de tous les problèmes du monde. Il avait donc décidé dans un premier temps, et son homologue dégarni en France l’avait suivi, d’interdire certaines professions, et de nombreux accès aux commerces, à tous les Juifs. Puis, comme cela n’était pas suffisant, nous n’eûmes plus le droit de marcher sur le trottoir. Notre place était dans le caniveau, comme des rats ou tout autre nuisible. Un jour, alors que je jouais aux osselets à côté de chez moi avec un bon copain, un soldat allemand s’était approché, sourire aux lèvres, et nous avait glissé un mot avant de partir.
 — Untermenschen.
 J’avais demandé à mon père la signification de ce baragouinage. Sous-hommes. Voilà ce que l’occupant pensait de nous. »
L’auteur met également en lumière le courage ordinaire de ceux qui protègent, accompagnent et transmettent l’espoir. Par exemple, Nicole rappelle aux enfants qu’ils sont définis par leurs actes, par leur solidarité, par leur courage, et non par leur religion ou quoi que ce soit d’autre. Elle incarne, avec ses amis, cette humanité qui subsiste malgré la violence.
Ce roman, très émouvant, permet d’aborder une période sombre de l’Histoire à hauteur d’enfant. À travers Joseph et ses compagnons, Paul Bruard montre avec brio que même lorsque la peur est omniprésente, l’amitié, l’entraide et le désir de vivre continuent d’exister. Une magnifique ode à l’humanité, à l’empathie, à l’entraide et, bien sûr, au courage.

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Gabriel et Marie-Hélène.