Résumé de l'éditeur
Dans un monde où les Œils épient le moindre de vos gestes, que peuvent bien avoir en commun : Linzmann, le chef de la Sûreté du dictateur Brumaire, Asilia, jeune femme rebelle au manteau de fourrure blanche, Zeph, un prof retraité vivant près d'une décharge ou encore Bouille, une gamine esclave d'un tortionnaire ?
Deux siècles après Les Misérables, Jean Valjean, Javert et Cosette n'ont pas pris une ride. La violence et l'injustice demeurent toujours d'actualité.
Merci infiniment, Marc, de nous avoir de nouveau accordé une interview !
Comment est née l’idée de Brasier : La part du feu et de cet univers où les machines exercent un contrôle presque total sur les êtres humains ?
Elle vient d’une envie de croiser les univers de George Orwell (1984) et de Victor Hugo (Les Misérables) et de montrer que le progrès peut devenir, pour l’Homme, une source de servitude. De fait, à l’origine, le roman s’ouvrait sur la scène de duel entre Zeph et l’Œil. Je l’avais écrite un peu à la manière d’un scénario de western à la Sergio Léone dans laquelle Zeph aurait pu se prendre pour Clint Eastwood. Puis, de fil en aiguille, j’ai préféré faire du vieux prof à la retraite un antihéros qui dézingue son Observeur accidentellement, mais toujours en plein soleil du désert, au milieu des chacals, et orienter la saga davantage vers la quête de sa jeune compagne Asilia. Celle-ci devenant le personnage principal de ce premier tome, il lui revenait « d’ouvrir le bal » en compagnie de son ennemi juré, Linzmann, bras droit du dictateur Brumaire.
1984 de George Orwell constitue une référence évidente dans votre roman. Comment avez-vous souhaité vous inscrire dans cette tradition dystopique tout en construisant votre propre univers ?
« 1984 » de George Orwell, comme vous pouvez vous en douter, demeure mon livre de chevet. On l’a souvent comparé (opposé) au « Meilleur des mondes » d’Aldous Huxley qui fut un temps son professeur. J’ai voulu rendre un hommage à cet immense auteur mort trop tôt et quasiment dans la fumée de tabac et la misère, alors que le second vivait une vie bourgeoise à l’abri du besoin.
Les « Œils », les implants-capteurs et les « lucarnes » occupent une place centrale dans le récit. Comment avez-vous imaginé ces dispositifs de surveillance et leur impact sur la société ?
Les « Œils », je n’ai pas eu besoin de les inventer. Ils sont présents depuis déjà longtemps dans nos sociétés démocratiques ou non. Qu’ils prennent la forme de caméras de surveillance en Chine, et un peu partout dans le monde, ou se révèlent par la présence d’une LED verte, dans un coin supérieur de l’écran de votre ordinateur, il est désormais vain de tenter de leur échapper.
Quant aux lucarnes, je les ai imaginées comme étant la quintessence de la publicité. Induites grâce à cette sorte d’implant sophistiqué, les notifications qu’elles engendrent anticipent les besoins ou envies de mes héros en s’inscrivant directement dans la paume de leurs mains.
Le contrôle passe aussi par le langage, avec une grammaire volontairement appauvrie. Pourquoi était-il important pour vous de faire de la langue un instrument de domination ?
Qui contrôle le langage contrôle la pensée ! Dans « 1984 », la novlangue de Big Brother en est la parfaite illustration. Dans « Brasier », les machines n’ont pas eu besoin d’appauvrir la langue. Peu à peu, elle s’est tarie d’elle-même. L’incommunicabilité est, chez moi, un thème récurrent. Je l’ai développé à de nombreuses reprises aussi bien dans mes romans « jeunesse » qu’« adultes ». En déléguant tout pouvoir aux machines, les humains ont pris le risque de voir disparaître leur langage fait de mots au profit d’un langage mathématique et algorithmique composé uniquement de « uns » et de « zéros ».
Votre roman aborde également la destruction de l’environnement et l’exploitation des ressources, jusqu’à celles venues de l’espace. Quelle place la réflexion écologique occupe-t-elle dans votre projet ?
Elle occupe une place importante. Notre planète ne pourra plus très longtemps subvenir à notre demande. Nul besoin d’être prophète pour prédire la fin de nos ressources naturelles. Dans « Brasier », les Terriens ont cru qu’ils pourraient s’approvisionner au-delà de notre système solaire et impunément piller les étoiles. Résultat, en 2051, année où je situe mon roman, un virus extraterrestre a décimé une grande partie de l’humanité…
Le roman fait alterner des situations particulièrement sombres avec des jeux de mots, des néologismes et des passages plus humoristiques. Comment avez-vous travaillé cet équilibre entre dystopie et humour ?
La dystopie est un univers sombre et parfois rebutant. Les lecteurs de ce genre littéraire, même s’ils s’y attendent, n’ont pas toujours envie d’un tableau trop noir. C’est pourquoi j’ai essayé d’inclure un minimum de légèreté et de rester optimiste.
Zeph, Asilia, Linzmann et les autres personnages évoluent au fil du récit. Comment avez-vous construit leurs trajectoires et leurs rapports avec la Dissidence ?
Zeph, je le redis, s’engage bien involontairement dans la Dissidence. C’est en abattant son Œil, à l’aide de sa fronde, qu’il se trouve marginalisé et recherché. Asilia, elle, a un vieux contentieux à régler avec la dictature de Brumaire. Quant à Linzmann, c’est l’inspecteur Javert des temps modernes. Il obéit à sa hiérarchie avec une servilité incomparable et n’a qu’une obsession : retrouver le tueur de cyclopes.
Le roman pose la question de la résistance dans une société où chacun est surveillé et où la majorité de la population semble avoir renoncé à se révolter. Qu’est-ce qui peut, selon vous, faire naître une prise de conscience individuelle ?
Bientôt, résister ne sera plus un choix, mais bien une obligation.
De tout temps, des hommes et femmes se sont dressé(e)s pour dire non à l’autocratie ou au diktat. Notre Histoire regorge de ces révolté(e)s qui ont changé son cours. De nos jours, il est plus difficile de s’opposer. Par confort ? Par paresse ? Peur ? Il faut reconnaître également que la menace est peut-être moins identifiable que naguère. Autant il est aisé de constater l’afflux de migrants sur les côtes d’un îlot, autant des emplois détruits par l’intelligence artificielle peuvent passer inaperçus. Pourtant, ce qui est caché n’est pas forcément indolore. Ainsi, les dangers de l’IA, par exemple, ne font pas l’unanimité, et les enjeux commerciaux sont trop colossaux pour ne pas voir, dans une certaine forme de progrès, une menace existentielle.
Le symbole du chacal associé à Seth et à l’œil d’Horus introduit une dimension mythologique dans le récit. Quelle importance accordez-vous aux références culturelles et symboliques dans votre écriture ?
J’aime beaucoup entrelacer les époques et les mondes. Cette symbolique induit, je le pense, une forme de poésie dans le récit. Elle permet également d’appréhender le côté linéaire de l’Histoire. Le cours du Temps s’écoule inexorablement. Et il en va de même dans une intrigue policière située au milieu du vingt et unième siècle ou dans l’Antiquité. Pour les personnages, les motivations, les enjeux, les sentiments… restent les mêmes.
Le mot de la fin ?
J’ai écrit « Brasier », il y a cinq ans maintenant, et j’ai situé l’action de mon roman (pour le tome 1) en 2051. J’ai bien peur d’avoir compté vingt années de trop. Ami(e)s lecteurs(trices), l’échéance approche !
Pour aller plus loin
Chronique de Brasier (tome 1)
Interview (au sujet de Maître Môh)
Interview de l'auteur (au sujet de Mutiks)

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