29 juillet 2026

Interview de l'auteur de Maître Môh (éditions Ex Aequo).

Merci infiniment, Marc, de nous avoir de nouveau accordé une interview !

Comment est née l’idée de ce personnage adolescent devenu muet sur Terre, mais capable de guider tout un peuple grâce à la parole sur Afasi ?
Elle est venue de l’expression : « boire ses paroles »

Les Mutiks semblent symboliser un appauvrissement du langage contemporain. Cette réflexion est-elle née de votre expérience personnelle ou professionnelle ?
Pendant ma longue carrière d’enseignant, d’année en année, j’ai pu constater à quel point la langue s’appauvrissait. Au collège, l’un de mes professeurs de français nous donnait une liste de dix mots, chaque semaine, à connaître par cœur ainsi que leur acception. Des mots tels que : autodafé, exubérant, métempsychose… Des mots pas faciles à placer dans une conversation, mais, très longtemps après, il me restent toujours en mémoire. Sans le vocabulaire, la pensée est vide.

Quelle place la science-fiction jeunesse occupe-t-elle dans votre parcours de lecteur et d’auteur ?
En tant que lecteur, j’ai toujours lu de la SF, notamment les grands auteurs anglo-saxons, comme Orwell, dont le « 1984 » est mon livre de chevet. Tout jeune, je dévorais également les livres de Jules Verne, Boulle, Sadoul… Autant dire que j’ai toujours baigné dans la SF, la Fantasy ou le Fantastique.

En tant qu’auteur, mon premier livre jeunesse publié était : « Les éboueurs du ciel » aux éditions SEDRAP. Il a reçu en 1998 le Prix de l’Association Nationale des Conseillers Pédagogiques. Et, depuis, la science-fiction occupe une place essentielle dans mes romans, nouvelles…

Dans Maître Môh, le silence apparaît autant comme une souffrance que comme une forme de protection. Souhaitiez-vous montrer cette ambivalence ?
Oui, parce que l’une ne va pas sans l’autre. On a coutume de dire que « le silence est d’or ». Mais pas toujours… Il peut être un refuge. Pourtant, il faut apprendre à en sortir et à mettre le nez dehors, si l’on veut avancer.

Le roman interroge le pouvoir des mots, capables autant de réparer que de blesser. Est-ce, selon vous, l’un des enjeux majeurs de notre époque ?
Il n’y a qu’à écouter tous les discours populistes dont on nous abreuve quotidiennement pour s’en persuader. Désormais « la vérité est le mensonge. » Gardons-nous de parler à tort et surtout à travers !

Lucas trouve refuge dans l’imaginaire et l’écriture. Pensez-vous que la littérature puisse aider certains adolescents à traverser des périodes difficiles ?
C’est une évidence. Combien de lecteurs ont réussi, grâce aux livres, à s’évader d’un présent trop lourd, trop abrupt ? Dans « Maître Môh », j’ai cherché quelle était la part d’Imaginaire que l’on gardait une fois adulte, et comment on pouvait soigner ses blessures et réinventer un autre monde.

Votre roman mêle humour, fantastique et réflexion philosophique. Comment parvenez-vous à maintenir cet équilibre ?
En ne me prenant pas au sérieux, très certainement.

Qu’aimeriez-vous que les jeunes lecteurs retiennent après avoir refermé Maître Môh ?
Que la vie rêvée est au moins aussi importante que la vie réelle. L’imaginaire ouvre des portes. N’ayez pas peur ou honte de les pousser.

Le mot de la fin ?
Ne vivons pas à demi-mot !

Pour aller plus loin
Chronique de Mutiks
Interview de l'auteur (au sujet de Mutiks)
Chronique de Maître Môh 

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