29 juin 2026

Interview de l'auteur de Mutiks (éditions Ex Aequo).

MERCI infiniment, Marc, de nous avoir accordé cette interview !

Comment est née l’idée des Mutiks et de ces mots raccourcis ?
Comment naissent les idées ? Pour être honnête, je n’ai plus de souvenir précis de la genèse de ce récit. Il me semble que le premier mot qui m’est venu à l’esprit est : « Nouveau-Lexique ». Ensuite, j’ai fait digression autour.

Le roman semble interroger notre rapport contemporain au langage. Cette réflexion était-elle présente dès le début du projet ?
Oui. Le langage est un thème récurrent chez moi. Il y a plus de trente ans, j’avais publié un recueil de poèmes qui s’intitulait « Les vains mots ». J’y exprimais déjà, sous une forme poétique, mon inquiétude de voir disparaître la beauté de notre langue.

Comment avez-vous travaillé la création des mots-valises et du vocabulaire mutik ?
Je me suis amusé à faire de savants mélanges en ne conservant que les plus parlants ou les plus drôles. Il fallait à la fois fabriquer un nouveau langage, mais, qu’en même temps, il soit immédiatement compréhensible. Par la suite, j’ai créé un petit glossaire afin de « traduire » la langue des Mutiks et éclairer certains acronymes, notamment parmi les plus rébarbatifs.

À travers Afasi et la Terre du Nouveau-Lexique, souhaitiez-vous proposer une satire de notre société ?
Une « satire », le mot est fort ! Disons que j’ai voulu faire réfléchir sur l’incommunicabilité qui gagne chaque jour du terrain. Le spectacle des couples au restaurant qui n’ont d’yeux que pour leur écran de portable m’attriste profondément.

Le livre s’adresse officiellement à de jeunes lecteurs. Avez-vous aussi pensé à un lectorat adulte pendant l’écriture ?
Oui, forcément ! Le repli sur soi n’est pas qu’un phénomène lié à l’adolescence. D’autre part, je n’aime guère les « cases » dans lesquelles on enferme les livres. L’âge du lectorat n’est vraiment qu’indicatif. De nombreux lecteurs adultes, dans les salons auxquels je participe, m’avouent apprécier la littérature dite « jeunesse ».
 
Les personnages d’Alfa, Gamma et Bêta reposent sur des dynamiques très différentes. Comment les avez-vous construits ?
Dans cette équipe d’anthropologues extraterrestres, il fallait un meneur, un naïf et une rebelle. J’avoue, cela fait un peu cliché, mais ça reste efficace d’un point de vue narratif, notamment dans les dialogues.
Alfa est le capitaine de la mission et donc le responsable. Bêta est le « Candide » de l’histoire et l’élément comique. Quant à la belle Gama, c’est la fémine du récit.

L’humour occupe une place importante dans le récit. Est-ce, selon vous, une manière plus efficace d’aborder des sujets sérieux avec les jeunes lecteurs ?
L’humour est, pour moi, une forme de politesse, une attitude que l’on doit à ses contemporains. Quant à la littérature, elle se doit de rester un objet ludique pour les plus jeunes. D’ailleurs, au quotidien, je ne sais pas rester sérieux très longtemps. Comme le chantait Higelin, « C’est comme une maladie que j’aurais chopée tout petit… »

Certaines scènes laissent apparaître une réflexion écologique et sociale. Quelle importance accordez-vous à cette dimension du roman ?
Développer une forme de conscience écologique, chez les jeunes, est pour moi primordial. L’avenir de la planète sera entre leurs mains. Dans ce domaine, nous leur laissons un héritage excessivement lourd à porter.
Quant à la dimension sociale, elle va de soi. Nos trois explorateurs Mutiks, dans leur périple, vont se trouver confrontés à ce qu’il y a parfois de pire chez l’humain. À ce moment, le récit prend alors l’aspect d’un conte.

Que souhaiteriez-vous que les lecteurs, adolescents ou adultes, retiennent après leur lecture de Mutiks ?
J’espère déjà qu’ils auront passé un bon moment de lecture. Si, de plus, cela leur permet de réfléchir sur l’importance du langage et qu’ils lâchent, pour un temps, leur téléphone, j’en serai ravi.

Le mot de la fin ?
Termiclusion ! (terminé et conclusion)

Pour aller plus loin
Chronique de Mutiks
Chronique de Maître Môh (à venir)

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