dimanche 15 avril 2018

Chronique My Book Box #1 : La chute des princes de Robert Goolrick


N'hésitez pas à relire le billet sur My Book Box !

Chronique du 1er ouvrage de la box "Histoires américaines"

J'étudie Gatsby Le Magnifique en ce moment-même avec ma classe de littérature américaine, alors forcément cet ouvrage m'a intéressée. J'étais curieuse, intriguée...
Tout d'abord, la 4ème de couverture :
« Quand on craque une allumette, la première nanoseconde elle s’enflamme avec une puissance qu’elle ne retrouvera jamais. L’incandescence originelle. Un éclat instantané, fulgurant. En 1980, j’ai été l’allumette. Cette année-là, je me suis embrasé pour n’être plus qu’une flamme aveuglante. »

New York, années 1980. Robert Goolrick nous invite au bal des vanités, où une bande de jeunes hommes vont vendre leur âme au dollar et se consumer dans une ronde effrénée, sublime et macabre. Ils ont signé pour le frisson, une place sur le manège le plus enivrant que la vie ait à leur offrir.
Et ces princes vont jouer toute la partie : les fêtes, les drogues, l’alcool, les corps parfaits des deux sexes, les pique-niques dans la vaisselle de luxe, les costumes sur mesure taillés par des Anglais dans des tissus italiens, les Cadillac, le sexe encore et toujours, les suites à Las Vegas, des morts que l’on laisse en chemin mais pour lesquels il n’est pas besoin de s’attarder parce qu’on va les retrouver vite. Vite, toujours plus vite, c’est la seule règle de ce jeu. Aller suffisamment vite pour ne pas se laisser rattraper. Parce que les princes sont poursuivis par de terrifiants monstres : le sida, les overdoses, le regard chargé de honte de leurs parents, le dégoût croissant de soi-même, un amour s’excusant de n’avoir sauvé personne.

Avec La Chute des princes, Robert Goolrick a écrit l’un des plus grands romans sur l’Amérique et l’argent depuis Gatsby le Magnifique. Dans l’incandescence, l’indécence, la décadence et la chute, il a trouvé la beauté. On peut faire confiance à Robert Goolrick pour toujours trouver la beauté des choses. C’est même la définition de son style.
         

Pourquoi nous avons choisi La chute des princes :
                                                                    Réponse de Mélanie de My Book Box :
Le thème du golden-boy est une figure récurrente dans la littérature et le cinéma américains (Le bûcher des vanités de Tom Wolfe - adapté au cinéma par Brian de Palma, American psycho de Bret Easton Ellis ou encore Wall Street d'Oliver Stone... et nous pourrions encore en citer des dizaines d'autres !). Cette figure quasi iconique de l'Amérique moderne nous semblait incontournable dans la construction de la box "Histoires américaines", à la fois dans ce qu'elle offre comme terreau littéraire (des vies à part, à la fois repoussantes et fascinantes), mais aussi - surtout ? - dans ce qu'elle raconte de la société américaine : la place de l'argent, les relations humaines, la vie dans les lieux de pouvoir, les mégapoles, la démesure, la grandeur et la décadence. L'histoire de Robert Goolrick nous a aussi séduits parce qu'il s'agit de la sienne ; l'un des intérêts de la littérature est, nous semble-t-il, de voir comment elle s'empare d'une réalité pour la transformer en matériau romanesque, fictionnel : le témoignage cède la place à la littérature, et le lecteur voit le travail et la puissance de l'écriture à l’œuvre (en outre, la traduction de ce roman est une vraie réussite). Ce roman nous a donc happés, et nous avons eu envie de le faire découvrir à nos abonnés !

Ma chronique
La vie du personnage principal et surtout ses valeurs (en tout cas au début de sa vie) correspondent  à l'exact opposé des miennes : la toute puissance de l'argent, les apparences... et le mépris de tout ce qui n'est pas englobé par ces notions très évanescentes et trompeuses qui, selon moi, n'ont jamais défini la valeur des êtres. La course effrénée vers l'accumulation des biens ne correspond pas me semble-t-il à la réalisation d'une vie authentique et sincère.

 L'âme obscurcie par une insatiable avidité, on laissait notre moralité de plus en plus douteuse s'empêtrer , étouffer sous des couches et des couches d'objets, un amoncellement de choses, toujours plus, des costumes qui coûtaient davantage que ce que nos pères avaient déboursé pour leur première maison des voitures d'un luxe indécent (...).
(Page 12)

Si vous lisez nos chroniques (rédigées à 4 mains comme nos ouvrages) vous savez que Thierry et moi sommes fascinés par Les Lumières et leur valeurs d 'émancipation et d'humanisme.

L'ouverture d'esprit consiste à lire même ce qui à priori ne nous intéresse pas ! Et les box offrent cette dimension.

Dans ce livre le personnage principal finit par se racheter grâce à sa chute, qui n'en n'est pas véritablement une finalement ! Il développe son goût pour la culture, la littérature (le livre est d'ailleurs émaillé de références littéraires et de citations) et lit même Proust : alors comment lui en vouloir pour ses excès de jeunesse ? Comment lui vouloir de s'être pris au jeu de la toute-puissance, de la supériorité dans un monde, les États-Unis, qui met ces notions au centre de son éthique, celle du  self-made man.
Je m'étais attaqué à Proust pou me distraire dans l'attente d'un coup de téléphone, ou d'une lettre en réponse à mon CV.  Il m'avait fallu six mois pour en venir à bout (...). Depuis lors, j'ai cette conviction inébranlable : La Recherche est le plus grand chef-d’œuvre qui naquit à cette époque (...). 
(Page 200)

Tout n'est pas perdu pour notre anti-héros ! 

... même s'il a parfois du mal à sortir de ces apparences, de ces  jugements de valeurs et du besoin de supériorité :
J'ai terminé Proust, ce qui m'a donné un sentiment de supériorité primordial sur la majorité du genre humain. Pendant l'année qui a suivi, je n'ai rien pu lire d'autre. Comparé à l'exquis bouillon proustien, n'importe quel livre me faisait l'effet d'un verre d'eau tiède.
(Page 225)

J’aimerais conclure avec cette citation : 
Ma vie n'est pas horrible en soi, juste ordinaire.
(Page 155).

En fin de compte, une bien belle et fascinante découverte !