13 décembre 2021

Chronique littéraire : S'en aller de Sophie D’Aubreby (éditions inculte).

Présentation de l’éditeur

Peu après la première guerre mondiale, pour fuir l’atmosphère compassée d’une adolescence bourgeoise, Carmen s’engage comme marin sur un bateau de pêche en Mer du Nord. Afin d’exercer ce métier réservé aux hommes, elle doit se vêtir comme eux, adopter leurs gestes, dissimuler son identité. Elle ne sait pas encore que ce départ est le premier d’une longue série. Bientôt, c’est la danse qui lui révélera une autre dimension du monde. Et qui fera entrer dans son existence son double lumineux, compagne et indéfectible amie, Hélène.

Des mers froides jusqu’à l’île de Java, de son engagement dans la Résistance jusqu’à ses derniers jours de femme âgée, les épisodes de la vie de Carmen sont autant de jalons sur les chemins de la liberté. Où, toujours, les expériences du corps vont de pair avec un moment d’initiation politique.

Hymne à l’amitié, récit d’une émancipation féminine au cours du XXe siècle, S’en aller montre subtilement comment les luttes des femmes d’aujourd’hui font écho à celles de leurs aînées à travers l’Histoire. Carmen est l’une d’entre elles.


Notre chronique

S’en aller est un roman intimiste, féministe, humaniste qu’il est difficile de ne pas lire d’une traite. La narratrice et protagoniste, Carmen, est une jeune femme puis une femme posée qui refuse les carcans de son époque, qui ne supporte pas les rôles uniques que l’on impose aux femmes : épouser un bon parti, avoir des enfants, les élever ou (comble de malheur…) rester vieille fille. Elle est déterminée et intelligente et malgré le handicap majeur de son sexe, va, pendant toute sa vie, au-delà des limites imposées par une société bien-pensante.

« Elle toise ce tissu d’épiderme, le vêtement qu’elle oppose au monde et qui l’arrange, avec ses cheveux longs, le renflement de ses seins et la finesse de ses mains, du côté féminin de la vague. Elle envisage ce sac d’attributs pour ce qu’il est : sa contribution au mythe et sa condamnation aux derniers wagons de l’existence. Le compartiment pour dames. Plus étroit et moins bien chauffé que les autres. Celui à bord duquel on se marie, on éduque ses enfants. Celui à bord duquel on se soumet à l’époux à condition de dominer la bonne. »

Pour vivre comme elle l’entend, elle doit, comme d’autres avant elle à travers l’histoire, se travestir, renoncer aux apparences. Et elle s’engage sur un chalutier en tant que marin (déguisée en jeune homme) pour tenter d’oublier une double traîtrise, vit avec une femme, son amie de toujours, voyage et vit à Java, est résistante pendant la Seconde Guerre mondiale... Elle se bat toute sa vie pour la libération des femmes et la sienne.

Un texte subtil, poétique et puissant pour ce premier roman qui sera très certainement remarqué.

« Comme avant l’âge adulte. La volonté, peut-être, de ne pas se réduire à ce qu’on lui a infligé. On dément sa condition de victime à grand renfort de giclures d’encre. »

L’art (en particulier la musique, la danse, l’écriture) nous accompagne dans ce beau roman.

Une ode à l’amitié, au courage, à la différence, à la liberté de choisir sa destinée, de s’accomplir. Un souffle d’air frais et un coup de cœur !

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