Comment est né ce projet de conte, et à quel
moment le personnage de Lucie s’est-il imposé ?
Tous les deux
ans, j’écris un conte pour mon spectacle de roller inline artistique (comme du
patinage artistique sur glace, mais sur roller : www.roller34.com) nous avons
des platines munies de roues alignées et un frein à l’avant (comme les lames de
glace). La platine est incurvée pour permettre les figures.
Dans ce cadre,
j’ai des élèves de tous les niveaux qui vont participer à cette mise en scène.
J’imagine les rôles et je vois comment les faire évoluer. Nous jouons le conte
comme au théâtre. La difficulté est de faire en sorte que tous les niveaux de
patinage ainsi que tous les âges se mêlent et s’harmonisent.
J’avais envie
d’écrire sur notre belle région et de faire vivre cette nature, souvent
méconnue du grand public. Je voulais aussi décrire la mort comme une étape du
cycle de la vie, un apaisement, un recommencement. La nature naît, vit et meurt
et cela se perpétue. Une sorte de résurrection.
Le personnage
de Lucie représente la vie, dans tout son cycle. Elle représente également
cette nature que l’on doit préserver. Et que nous les humains, avons tendance à
l’oublier.
Le conte et
donc Lucie (Lucie étant la lumière), se sont imposés à moi assez naturellement
car j’imaginais déjà la patineuse qui évoluerait et jouerait ce rôle. Fragile
et forte à la fois. Une jeunesse qui dans sa « naïveté » découvrirait
les joies et les difficultés de la vie.
L’idée de mes histoires me vient parfois en regardant un ciel qui gronde, un arbre décharné, un paysage qui m’émeut ou un regard, une parole chargée de sentiments qui m’interpelle auquel j’ai envie de donner vie. Parfois aussi des événements que j’ai vécus qui m’ont marquée et qui par l’écriture se transforment.
Comment le cadre du Grand Pic Saint-Loup et de la Buèges a-t-il influencé l’écriture du récit ?
Ce sont des souvenirs d’enfance, mais aussi de maintenant. Il y a dans ces paysages quelque chose d’apaisant, de magique. Les couleurs, les contrastes influencent mon écriture et m’emmènent toujours vers des rêveries.
Vous inscrivez votre texte dans une tradition mythique : quelles ont été vos principales influences ?
Tout d’abord les diverses légendes et l’histoire de Montpellier et de sa région ont une influence consciente et parfois inconsciente dans nos mémoires. D’autre part, j’avais envie d’apporter du mystère et de la poésie pour récompenser à ma façon notre belle région et dans des traditions quelque peu mythiques. Lucie, gardienne de la croix sacrée est le fruit de mes rêveries.
Comment avez-vous construit l’équilibre entre narration, dimension poétique ?
Cet équilibre
traduit en général la manière dont j’écris. Ma signature. J’aime les métaphores
et les doubles sens.
J’ai écrit ce conte pour que chacun puisse trouver sa propre interprétation. Un adolescent ne va pas le lire de la même manière qu’un adulte.
La question de l’amour impossible est centrale : qu’apporte-t-elle selon vous au parcours initiatique de Lucie ?
Dans ce
parcours initiatique, Lucie découvre certes l’amour, la liberté, mais aussi la
tromperie, l’abandon. Cela reflète un peu la vie de chacun. Chaque lecteur peut
s’identifier.
Et d’un autre côté, il y a un aspect pour l’amour de la préservation de la nature.
La mort est ici humanisée et personnifiée : quels choix ont guidé cette représentation singulière ?
Il s’agit là
aussi de choix multiples : d’abord, chaque « personnage », la mort,
le Pic, Lucie, … sont faits pour être interprétés.
Il y a aussi l’aspect que notre nature faisant partie de nous-mêmes, peut être identifiée à chacun d’entre nous.
Le texte accorde une place importante au rêve et à la quête : que représentent-ils dans votre conception du récit ?
Oui, c’est
vrai. La place de la rêverie est de nos jours un peu bafouée, guidée par la
quête à l’information, ou désinformation, les réseaux sociaux : le scroll : on
ne laisse pas assez de place à la contemplation, à la rêverie. On ne prend
plus, ou peu, le temps de souffler… Pourtant, c’est de ces rêveries que naît
l’imaginaire. J’essaie d’amener chaque lecteur à laisser place à cette rêverie.
La quête du bonheur, la quête de trouver sa place dans la vie… essayer de regarder autour de nous. La beauté des paysages (de tous les paysages) jusqu’à la beauté du geste. Ce sont ici mes quêtes principales.
Comment avez-vous travaillé la cohérence entre fond et forme ?
D’abord,
j’avais tout dans ma tête. Avec mon père, on se comprend souvent sans même se
parler. Nous avons l’habitude de travailler ensemble, puisque c’est lui qui
conçoit les décors de mes spectacles. Quand j’écris des contes ou des romans,
les images du « film » apparaissent dans mon esprit.
Et ensuite, il a fallu choisir… Cela a été un travail d’équipe. Grâce à Suzanne qui a fait un travail formidable. J’ai beaucoup aimé travailler avec elle et avec mon père aussi.
Votre parcours vous a menée du roman noir au conte : en quoi cette expérience a-t-elle nourri votre écriture de Lucie, Gardienne de la Croix Sacrée ?
L’écriture est
pour moi un exutoire, quelque chose de profond qui a besoin d’être exprimé.
J’aime les fragilités, les failles, le génie humain, les contours de la vie.
De poser tout
cela en phrases m’aide à m’apaiser (mon cerveau est toujours en ébullition),
à mettre des
mots sur des maux, sur le bien-être. J’exprime ainsi mes ressentis et ma
créativité. Mais je n’écris pas sur ma vie personnelle.
Ce sont, les
gens, « les vies » qui nous entourent qui m’aident à écrire.
Le côté mystique, poétique, mystérieux, psychologique décrit bien ma signature littéraire. Si je devais résumer mon écriture : Il y a dans ce conte une partie assez sombre qui cherche un éclaircissement.
Avec le recul, que souhaitez-vous que les lecteurs retiennent de cette histoire, au-delà de son intrigue ?
(En tout cas, vous avez ressenti exactement ce que je voulais exprimer.)
J’aimerais
qu’ils s’imaginent des choses auxquelles je n’ai pas forcément pensé…
J’aimerais que les lecteurs gardent une part de rêve, qu’il laisse place à leur imaginaire, et qu’ils regardent le monde qui les entoure autrement avec un peu plus de poésie. (Bon je sais, c’est utopique…😂)
Avez-vous
un autre projet d’écriture ?
Je viens de
terminer un roman. La disparue du lac boréal (éditions Ex Aequo,
collection blanche).
J’ai un autre projet en tête…, un projet difficile sur la quête de la liberté.
Le mot de la fin ?
Tout d’abord,
je remercie ma maison d’édition de m’avoir fait confiance. Et je remercie en
particulier Suzanne, directrice de la collection jeunesse, pour son travail
formidable.
Je remercie mon
père de me suivre dans mes projets et pour son talent que j’admire.
Je vous remercie également pour vos mots et votre critique qui me vont droit au cœur.
Merci à vous !
Interview de Bruno Galière, illustrateur, à venir.


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