Résumé de l’éditeur
Islande. À la mort de sa meilleure amie, tuée par son compagnon, Katla se lance un défi inédit : organiser une grève des femmes dans le monde entier, pour dénoncer les violences et les inégalités.
Japon. Michiko, jeune salariée enceinte, est harcelée par son patron.
Salvador. Ana María, ouvrière à l'usine, se bat pour sa fille, condamnée à trente ans de prison pour suspicion d'avortement.
Sénégal. Hawa, urgentiste, tente de sauver une enfant quand le trauma de son passé ressurgit.
Katla, Michiko, Ana María et Hawa ne se connaissent pas, mais toutes décident de dire non. Elles étaient seules, elles seront des millions. Sans les femmes, le monde s'arrêtera-t-il de tourner ? Et s'il suffisait d'un jour pour tout changer ?
Notre chronique
Un jour sans femme de Laetitia Colombani reprend la structure chorale déjà au cœur de La Tresse : plusieurs trajectoires féminines, plusieurs continents, une même volonté de faire dialoguer des réalités éloignées.
« Au cœur de ce monde souterrain qui chaque jour l’engloutit davantage, les vidéos de Yuki sont une bouffée d’air frais. Michiko s’imagine parfois, comme elle, chaussée de baskets dernier cri, vêtue de tenues colorées, libre de vivre à sa guise, de dire haut et fort ce qu’elle pense. Libre d’exister. Ce n’est pas la position de Yuki qu’elle admire, ni sa popularité, ni même les gains financiers qu’elle tire de son activité, qui fascinent tant les adolescents. Ce que Michiko envie, c’est son audace, son impertinence, cette façon de s’affranchir des codes et du regard de la société. » Tokyo, Japon, Michiko. Page 141.
De Reykjavik à Tokyo, du Salvador au Sénégal, le roman suit des femmes confrontées à des violences systémiques, professionnelles, sociales et intimes, jusqu’à ce qu’une jeune Islandaise ait cette idée simple et fabuleuse : arrêter le monde en cessant, un jour, de le faire tenir. Les femmes se mettraient toutes en grève (à la maison, avec les enfants, comme dans le monde professionnel).
J’ai particulièrement été sensible au personnage de Michiko et à son épuisement intérieur. « L’audace était le privilège des garçons », lit-on dans l’un des passages les plus éclairants du roman.
« Au lycée puis à l’université, elle a vite compris que l’ambition chez les filles était mal considérée et passait pour de l’arrogance. Il fallait avoir des attentes raisonnables, rester mesurée. L’audace était le privilège des garçons. Les mangas narraient les aventures de jeunes hommes impétueux et fiers, lancés dans d’incroyables défis, quand les jeunes filles rêvaient d’histoires d’amour qui, seules, donneraient un sens à leur vie. » Tokyo, Japon, Michiko. Page 35.
À travers elle, l’autrice interroge le poids des normes sociales japonaises, la pression du rendement et l’impossibilité d’« être au monde » que l’évocation des hikikomori rend presque suffocante. Certaines pages sur le Kosoku et sur le harcèlement au travail rappellent d’ailleurs combien les mécanismes de contrôle s’exercent jusque dans les corps.
Le roman est solidement documenté. Les références aux lois islandaises sur l’égalité salariale, à Boris Cyrulnik, à Chimamanda Ngozi Adichie et à Denis Mukwege soulignent l’universalité du problème.
« Son mémoire détaille le vote de la loi promulguée le 8 mars 2017, obligeant les entreprises islandaises de plus de 25 employés à justifier de la parfaite égalité des salaires entre hommes et femmes. Le texte est novateur : ce n’est plus aux femmes de prouver qu’elles gagnent moins d’argent que leurs collègues masculins, mais aux entreprises de démontrer que les éventuels écarts de rémunération ne sont pas liés au genre. » Reykjavik, Islande, Katla. Page 21.
Cette précision donne au texte une dimension presque pédagogique et nourrit le propos romanesque.
« Tout se joue dans l’enfance, disait Soffia. Le sujet la passionnait. Katla se souvient de leur discussion à propos d’un documentaire qu’un professeur avait projeté en cours, à l’université. Un célèbre neuropsychiatre français, Boris Cyrulnik, expliquait qu’un petit garçon sur 5 répondait à la frustration par la violence ; il affirmait qu’il était possible d’identifier ces enfants et de les éduquer, afin qu’ils ne deviennent pas des tyrans domestiques, des terroristes du quotidien qui maltraitent et menacent leur entourage. Le mécanisme était réversible, Soffia y croyait. Rendre l’humain meilleur par l’éducation, voilà un projet auquel elle voulait dédier sa vie. Elle avait récemment découvert avec enthousiasme les préceptes de la méthode Hjalli, très en vogue dans les pays nordiques. » Reykjavik, Islande, Katla. Page 81.
Ce texte engagé est porté par une conviction forte : « S’il arrive un jour que les femmes s’unissent pour le bien et l’intérêt de tous, elles constitueront une force sans équivalent dans le monde. » Cette phrase, citée dans les dernières pages, éclaire tout le projet du livre. Plus qu’un roman manifeste, Un jour sans femme me semble être une tentative de relier des voix, des colères et des résistances.
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