11 juin 2026

Chronique littéraire : Délenda de Nathalie Fauliot Hauchard (BoD).


Description de l'éditeur
Deux histoires, deux époques, un même lieu chargé de mémoire.
À flanc de colline, un vieux manoir veille, traversé par les guerres, les amours, les silences. C’est là, à Délenda — théâtre discret de combats intimes et collectifs — que deux récits se croisent, à un demi-siècle de distance, entrelacés sans le savoir.
En 1859, Élisa, jeune femme rebelle aux conventions sociales, voit sa vie bouleversée par un amour interdit et un sacrifice imposé. Ce qu’elle tait, ce qu’elle perd, hantera les générations suivantes.
En 1940, Arthur, jeune médecin mobilisé, traverse une France en déroute. En revenant à Délenda, le domaine de son enfance, il retrouve Mina et Antoine, la Résistance, la guerre… et les fantômes de la vieille maison. Il découvre peu à peu que les blessures du passé n’ont pas disparu : elles ont été recouvertes, déplacées, transmises. À mesure que la guerre progresse, il lui faudra affronter autant les ennemis extérieurs que les zones d’ombre de son histoire familiale.
Deux générations, deux combats, une même quête : celle de la liberté et de l’amour.
Délenda explore les traces laissées par l’Histoire, les secrets de famille et la puissance des liens invisibles entre les vivants et les morts.


Notre chronique 
Délenda de Nathalie Fauliot Hauchard est une vaste saga familiale au sein de laquelle l’intime se mêle à la grande Histoire. Entre 1859 et 1940, deux récits en miroir se répondent dans un même lieu : un manoir corrézien chargé de souvenirs, de drames et surtout de secrets. La demeure est le point de convergence de destins marqués par les choix, les renoncements et les héritages invisibles. 
Cette réflexion sur la mémoire est ce que j’ai préféré dans ce superbe roman. 
Arthur, jeune médecin confronté à la guerre et à ses visions, découvre peu à peu que le passé n’est pas un simple souvenir, mais une force qui le happe. À travers lui, le récit interroge le poids des transmissions familiales et la manière dont certaines blessures cachées traversent les générations. Les fantômes qui peuplent Délenda relèvent autant du surnaturel que de la mémoire enfouie.
« Et pourtant, étrange contradiction, il aimait la maison autant qu’elle lui faisait peur. C’est là-bas qu’il avait découvert sa singularité et ses failles, cette étrange aptitude qu’il avait à voir et entendre ce qui n’était plus, car elle lui parlait, l’obligeait à exprimer sa part d’ombre. Ailleurs, il pouvait contenir ses visions, les refouler. Mais à Délenda, elles s’imposaient à lui, insidieuses, incontrôlables. Même éveillé, il entendait les chuchotements des vieux murs lézardés. Le craquement des planchers, le sifflement du vent dans les cheminées devenaient des murmures, porteurs d’une histoire ancienne et tragique. Et tout le drame d’Arthur était là. Il aimait Délenda malgré la douleur et le mal qu’elle lui avait fait. Il l’aimait malgré la peur qui le prenait au ventre lorsque son rêve se transformait en cauchemar. Il l’aimait de toute son âme et la vieille demeure attendait son retour. »
En parallèle, le parcours d’Élisa apporte une dimension sociale particulièrement intéressante. Son refus des conventions et son désir de liberté résonnent dans des pages qui rappellent certains grands romans du XIXᵉ siècle consacrés à la condition féminine. « Je veux être libre, libre de mon corps et de mes choix », affirme-t-elle.
Le roman trouve également sa force dans son inscription historique. 
« — On a deux actions à mener dans l’immédiat. Diffuser de l’espoir et chercher des volontaires pour organiser la résistance. Antoine reprit la parole. 
— On commence à parler. Discrètement. À ceux qu’on connaît. À ceux qui ont encore un peu de feu dans le ventre.
— Vous savez ce que ça veut dire, avertit le curé. Ce qu’on est en train de faire, pour Vichy, c’est de la haute trahison, du terrorisme. Antoine rétorqua : 
— Nous, on sait que c’est juste. On sème de l’espoir. »
L’Occupation, la Résistance et les dilemmes moraux qui l’accompagnent donnent lieu à des passages convaincants, portés par des personnages qui cherchent à semer de l’espoir malgré les circonstances.
« La dure réalité de la guerre omniprésente, la domination humiliante, la France démantelée, les Français dos à dos, il avait suffi de quelques heures de voyage pour qu’Arthur comprenne pourquoi Antoine avait décidé de refuser toute compromission avec l’ennemi. Il se surprit à regretter de n’avoir pas écouté les supplications de son ami et de n’être pas resté en zone libre. Il était trop tard. Il rentrait dans une ville occupée par l’ennemi ; il serait en quelque sorte un prisonnier civil dans une cage à ciel ouvert. »
À travers ses deux temporalités, Délenda nous permet de questionner les liens entre amour, famille, histoire et identité. Derrière le mystère et les secrets de famille se dessine une question plus universelle : comment vivre pleinement dans le présent lorsque le passé continue de réclamer sa place ? Un roman ambitieux très réussi qui séduira les lecteurs de sagas familiales et de récits historiques. 

Pour aller plus loin

Bibliographie
* Délenda (mars 2026), roman historique.
* Nouvelles publiées dans les recueils du Prix Philippe Delerm (Éditions du Valhermeil) :
nomination parmi les finalistes du prix en 2003 ;
sélections pour publication dans les recueils 2004, 2005 et 2007 ;
5ème place en 2010.

Pour donner vie au roman, l'autrice a décliné sur Instagram une galerie où chaque personnage possède son portrait, tel qu'elle l’imagine, adossé à une chanson française sous le format « si mes personnages étaient une chanson » (de Bourvil à Daho, en passant par Gainsbourg ou le Chant des Partisans).




2 commentaires:

  1. Bonjour Marie-Hélène, bonjour Gabriel,

    Quel plaisir de découvrir cette chronique !

    J'ai particulièrement apprécié de retrouver dans votre article les différentes facettes de Délenda : la vieille maison, les secrets de famille, Élisa, Arthur, la guerre, les fantômes... Vous avez réussi à donner un aperçu très fidèle du roman sans en dévoiler les surprises.

    Je croise les doigts pour que vos lecteurs aient envie de pousser à leur tour la porte de Délenda.

    Bien amicalement,

    Nathalie

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