MERCI infiniment, Alexis, de nous avoir accordé cette interview !
Qu’est-ce qui vous a donné envie de passer du terrain à l’écriture avec Dans les yeux de l’enquêteur ?
J’avais envie de montrer aux gens la difficulté de ce métier.
J’avais envie de leur faire comprendre à quel point les femmes et les hommes qui enquêtent s’investissent, parfois jusqu’à l’épuisement.
Rien n’est laissé au hasard. Chaque dossier compte. Derrière chaque procédure, il y a des victimes, des enquêteurs et des heures de travail souvent invisibles.
L’écriture est pour moi une façon de témoigner, mais aussi de transmettre des émotions que l’on ne peut pas toujours exprimer dans le cadre du travail.
Quand vous avez commencé à écrire, aviez-vous déjà une idée précise de la forme que prendrait ce témoignage ?
Oui.
J’ai commencé à écrire il y a un an.
Pour ne rien vous cacher, j’ai dû écrire près de quarante versions avant d’obtenir exactement ce que je ressentais.
À chaque relecture, je modifiais une phrase, un mot, une émotion. Je voulais que le lecteur ressente au plus près ce que j’avais vécu et ce que j’avais à transmettre.
J’avais une idée assez précise de la forme que je voulais lui donner.
J’ai vécu, avec mon groupe d’enquête, des années exceptionnelles, tant sur le plan professionnel que sur le plan humain. Je voulais partager, à travers mon regard et avec mes tripes, ce que l’on peut ressentir face aux victimes, mais aussi face aux auteurs de crimes.
Je ne voulais pas écrire un livre technique sur les enquêtes. Je voulais raconter les émotions, les doutes, les joies, les échecs et tout ce qui fait la richesse de ce métier.
En écrivant, je me suis aperçu d’une chose : je ne sais pas écrire sans émotion.
Comment réagit-on, en tant que professionnel de terrain, au fait de voir son quotidien se transformer en livre ?
J’ai vécu de nombreuses émotions durant ma carrière, mais rien de comparable à la fierté d’avoir accompli quelque chose d’aussi difficile que l’écriture.
Puis, très vite, il y a eu le doute.
Est-ce que les lecteurs vont ressentir ce que j’ai voulu transmettre ? Est-ce que je suis légitime ?
En tant que policier, sûrement. Mais, en tant qu’écrivain, je me suis posé la question.
C’est finalement le retour des lecteurs qui m’a rassuré. Quand certains me disent qu’ils ont ressenti les émotions, qu’ils ont vécu les enquêtes à travers mes yeux, alors je me dis que j’ai peut-être réussi à transmettre quelque chose de vrai.
Y a-t-il eu un moment ou une affaire qui a déclenché l’envie de raconter ?
Non, il n’y a pas eu d’affaire en particulier.
Quand vous êtes dans une enquête, vous êtes trop pris par le dossier. L’affaire prend toute la place dans votre tête. Vous pensez aux victimes, à leurs proches, et à cette volonté de rendre justice, à votre manière.
L’idée fixe, c’est de découvrir la vérité.
Pendant l’enquête, vous gardez beaucoup de choses pour vous. Vous avancez, vous encaissez, vous continuez.
C’est souvent après, quand tout est terminé, que l’envie de raconter arrive. Avec le recul, les émotions remontent, et le besoin de partager devient plus fort.
Vous adoptez une écriture très directe : est-ce une manière de rester au plus près de la réalité ?
Oui.
Lorsque j’écris, je me remets en situation. Je revis l’enquête, les émotions, les doutes, les moments de tension.
Je revois les victimes, les auteurs de crimes, les collègues. En quelque sorte, je rejoue le match.
C’est ce qui rend l’écriture si forte. Elle permet de faire remonter des souvenirs et des émotions que l’on croyait parfois enfouis.
Alors, oui, cette écriture très directe est une façon de rester au plus près de la réalité et de transmettre au lecteur ce que nous avons réellement vécu.
Dans le livre, vous insistez beaucoup sur la dimension humaine des enquêteurs : était-ce essentiel pour vous ?
C’est essentiel.
On est un groupe, avec nos forces, nos qualités et nos défauts. Mais au final, on ne fait qu’un.
On n’est rien sans le copain qui travaille à côté de nous. Dans les moments difficiles, on est là les uns pour les autres.
Une fois les interpellations déclenchées, la garde à vue peut durer quatre jours. Cela peut commencer à 4 heures du matin un lundi et se terminer à 6 heures le vendredi.
C’est intense. Il faut se surpasser, tenir malgré la fatigue et rester concentré.
Dans ces moments-là, la dimension humaine est essentielle. Sans elle, on n’avancerait pas.
Que diriez-vous à un lecteur qui n’a jamais eu de contact avec la police judiciaire et qui hésite à ouvrir ce livre ?
N’hésitez pas.
Ce livre vous fera entrer dans un univers que l’on connaît souvent mal.
Loin des clichés, vous découvrirez des femmes et des hommes passionnés, humains, avec leurs forces, leurs doutes et leur engagement.
Ils font ce métier par vocation, avec l’envie d’aider, de comprendre et de faire avancer la vérité.
Une fois le livre terminé, j’espère simplement que vous ne les regarderez plus tout à fait de la même manière.
Et peut-être qu’il suscitera des vocations, qui sait ?
Est-ce que certaines scènes ou situations ont été difficiles à écrire ou à revivre par l’écriture ?
Oui.
Chaque fois qu’une affaire touche des enfants, c’est compliqué à revivre et à écrire.
Mais il faut aussi que le lecteur entre dans les pensées, les émotions et les doutes des enquêteurs. C’est difficile, mais nécessaire, pour comprendre ce que ces affaires peuvent laisser en nous.
Je ne vous cache pas que le dernier chapitre a également été compliqué à écrire.
Mes yeux se mouillent à chaque fois que je le relis.
Mais je préfère laisser le lecteur le découvrir par lui-même.
Si vous deviez résumer en une phrase ce que vous espérez transmettre au public lors de cette rencontre, que diriez-vous ?
Je ne pourrais pas le résumer en une seule phrase.
La police est faite de femmes et d’hommes, avec leur sensibilité et leur humanité.
Alors oui, parfois, il y a des failles. Parfois, la machine s’enraye. Mais elle continue d’avancer pour le bien des victimes.
Ne doutez jamais de la ténacité des enquêteurs. Ils iront jusqu’au bout, quoi qu’il leur en coûte.
Le mot de la fin ?
J’espère que vous aimerez ce livre autant que j’ai aimé l’écrire.
J’espère surtout que vous y trouverez de l’émotion, de l’humanité et un regard sincère sur ce métier.
Merci beaucoup pour cette interview.
Merci à vous !

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