20 août 2026

Chronique littéraire : Un marché noir de Bérénice Pichat (éditions Les Avrils).

Description de l'éditeur
Après l’immense succès de La Petite Bonne, Bérénice Pichat nous entraîne dans une zone grise de l’histoire pour questionner nos dilemmes moraux et notre humanité en temps de chaos.
Paris, 1943. La faim règle les journées, la peur dicte les choix, et la frontière entre résistance et compromission se floute dans les arrière-cours. Servane veut vivre son adolescence et ose enfin s’engager dans un réseau secret. Paul, trafiquant désenchanté, navigue entre les camps, persuadé que tout s’achète, même la liberté. Mais bientôt, Vichy resserre l’étau, les dénonciations font rage. Et l’histoire, implacable, ne pardonne ni les illusions ni les faux-semblants.

Bérénice Pichat est professeure des écoles au Havre. La Petite Bonne (Les Avrils 2024, Le Livre de Poche, 2026), son premier roman publié nationalement, est une déflagration. Il remporte une trentaine de Prix dont le prestigieux Prix des libraires et s'écoule à 150 000 exemplaires. Dans Un marché noir, elle impressionne de nouveau par sa maîtrise du suspense, de la construction, de la tragédie. 

Notre chronique
Après La Petite Bonne, que j’avais adoré, Bérénice Pichat poursuit sa réflexion sur la guerre en choisissant cette fois-ci le Paris de l’Occupation, où la faim, la peur et les compromis façonnent les existences. Un marché noir s’intéresse aux dilemmes quotidiens. À travers Servane, adolescente qui découvre la Résistance, et Paul, trafiquant, convaincu que tout s’achète, l’autrice nous pousse à réfléchir à la frontière mouvante entre nécessité, engagement et compromission.
« Depuis que les Alliés ont repris l’Italie et qu’on attend un débarquement, beaucoup de Français cherchent un moyen de se trouver du bon côté le jour où l’on viendra leur réclamer des comptes. »
« Grégoire lui confie qu’il est chargé de récupérer autour de Paris du matériel largué par les Alliés, de trouver des terrains favorables aux opérations aériennes, de récolter des vivres et de l’argent pour accueillir les nouveaux agents. Se construit peu à peu en Servane l’image mentale d’un monde supérieur, empli de défis qu’elle n’aurait jamais pu imaginer seule — et auquel elle appartient un peu, grâce à Grégoire. »
Bérénice Pichat restitue avec précision une époque pendant laquelle chaque geste pouvait avoir des conséquences irréversibles. Les restrictions, les dénonciations, le couvre-feu et l’attente du Débarquement composent un arrière-plan particulièrement crédible. Certaines formules disent à elles seules la force du récit :
« Appartenir à un réseau donne un sens au chaos quotidien ».
 Ces quelques mots suffisent à faire entendre l’espoir fragile qui subsiste au cœur de la violence.
J’ai particulièrement apprécié la construction du roman, qui alterne les points de vue de Servane et de Paul et conduit progressivement le lecteur à revoir ses certitudes, à être moins péremptoire. Cette approche rappelle que l’Histoire est faite de trajectoires individuelles souvent contradictoires. Sans chercher à excuser ni à condamner, Bérénice Pichat montre, de façon magistrale, combien les temps de crise brouillent les repères moraux.
Servi par une écriture fluide et maîtrisée que j’apprécie énormément, Un marché noir est un roman historique qui privilégie les nuances aux oppositions simplistes. Il nous invite à réfléchir à une question toujours dérangeante : que serions-nous devenus dans les mêmes circonstances ?

Un ouvrage à mettre entre toutes les mains !

Pour aller plus loin
Notre chronique de La Petite Bonne
Interview de l'autrice au sujet de La Petite Bonne
Notre chronique d'Un marché noir
Interview de l'autrice au sujet d'Un marché noir

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