Résumé de l’éditeur
« De ces nuits et de ces vies, de ces femmes qui courent, de ces cœurs qui luttent, de ces instants qui sont si accablants qu’ils ne rentrent pas dans la mesure du temps, il a fallu faire quelque chose. Il y a l’impossibilité de la vérité entière à chaque page mais la quête désespérée d’une justesse au plus près de la vie, de la nuit, du cœur, du corps, de l’esprit.De ces trois femmes, il a fallu commencer par la première, celle qui vient d’avoir vingt-cinq ans quand elle court et qui est la seule à être encore en vie aujourd’hui.Cette femme, c’est moi. »
La nuit au cœur entrelace trois histoires de femmes victimes de la violence de leur compagnon. Sur le fil entre force et humilité, Nathacha Appanah scrute l’énigme insupportable du féminicide conjugal, quand la nuit noire prend la place de l’amour.
Récompensé par le Prix Fémina 2025.
Âge de lecture : à partir de 18 ans
Notre chronique
Nathacha Appanah décrit et analyse trois trajectoires de femmes confrontées à la violence conjugale : deux ont été tuées, la troisième a survécu et écrit.
« J’écoute attentivement le sujet : une femme s’enfuyait, elle courait, c’était dans la rue, elle sortait de chez elle, elle l’a vu cet homme, son mari dont elle était séparée, et elle a commencé à fuir. Elle courait. Il lui a tiré dans les jambes, elle est tombée, il l’a aspergée d’essence et l’a immolée. »
Cette construction en écho crée une mise en abyme dans laquelle l’autrice confronte son passé à deux féminicides, celui de sa cousine Emma et celui de Chahinez Daoud.
Le texte n’explique pas, il interroge.
« Sommes-nous réduites à ça devant un homme qui veut notre mort : parler, convaincre avec les mots, avec ce que nous avons, tout donner tout donner sauf notre cœur battant ? Rien n’a d’importance à ce moment-là, sauf le cœur. »
Nathacha Appanah ne donne pas la parole aux bourreaux. Elle tente en revanche de comprendre comment l’inacceptable devient supportable, comment l’emprise s’installe, lentement, durablement, pourquoi ces femmes n’ont pas été davantage protégées, écoutées.
« Il ne m’échappe pas que j’ai vingt-cinq ans et qu’à cet âge je devrais vivre autre chose que cette vie double où le jour je travaille dans une rédaction, je parle et je discute avec des collègues, je suis au-dehors de ce monde, j’écris des articles et je frôle des rêves d’avant, de cette vie à écrire et à réfléchir, et le soir, je rentre dans une maison-prison où le compagnon-maton est déjà torse nu en train de lire sur son fauteuil, tirant sur sa cigarette, attendant son dîner. »
Ce livre est un récit intime, une enquête et une réflexion sur ce que la littérature peut faire face à la violence. Ce texte m’a rappelé Triste tigre ainsi que Le consentement.
« Parfois ce livre m’apparaît comme une spirale de Fraser. Je crois que j’avance, mais je tourne en rond, sans pouvoir toucher au noyau, à la matière centrale. C’est une illusion. Puisque je poursuis des fantômes, il faudrait que j’aille à la recherche de moi-même, faire comme si je parlais d’une autre personne, celle-là même que j’ai effacée pour continuer à vivre, ce bout de moi que j’ai laissé dans une voiture en mai 1998.J’ai parlé à quelques amis qui me restent de cette époque, à deux anciens collègues. Je leur ai téléphoné ou écrit, mots hésitants, voix fine. Ils étaient tous surpris de ce que je leur demandais : me raconter ce dont ils se souvenaient de l’époque, s’ils se rappelaient quelque chose que je leur avais confié ou pas. Ils fouillaient leur mémoire, découvrant souvent un trou béant à ma place.Ce qu’ils me disent et ce dont ils se souviennent est insatisfaisant pour moi. Il m’est impossible de leur dire exactement ce que je poursuis, j’avance en crabe, autour d’eux, sans jamais m’atteindre vraiment. Je ne peux pas lier ensemble ce qu’ils disent, en faire une chronologie, un portrait plus ou moins exact. Leurs souvenirs, en creux, en pointillé, viennent percuter la violence des miens et quand je les reproduis tels quels, noir sur blanc, je pense à ces phrases de Marguerite Duras dans L’Amant : ‘L’histoire de ma vie n’existe pas. Ça n’existe pas. Il n’y a jamais de centre. Pas de chemin, pas de ligne. Il y a de vastes endroits où l’on fait croire qu’il y avait quelqu’un, ce n’est pas vrai il n’y avait personne. »
Des textes qui nous confrontent à une réalité dont on parle trop peu.
« La honte, ce foutu sentiment qui naît de conventions sociales, de traditions éculées et qui est nourri par le maintien des valeurs patriarcales, ce foutu sentiment qui agit comme un poison et qui diffuse encore ses aigreurs des décennies plus tard. »
Je salue le courage de ces autrices, qui se dévoilent pour que le monde change, pour que les femmes en général soient mieux protégées.
Pour aller plus loin

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Gabriel et Marie-Hélène.