28 octobre 2026

Chronique littéraire : Brasier : Dessous la cendre de Marc Gérard (Éditions Ex Æquo).

Résumé de l'éditeur

En 2061, la planète bleue est devenue un immense brasier. Les machines, avec Nov le cyborg à leur tête, régissent le monde. L'Oracle, Intelligence Artificielle omnisciente, est devenu le nouveau maître du jeu, reléguant les humains au rang de simples consommateurs. Dans ce contexte, Bouille parviendra-t-elle à retrouver les meurtriers de son frère afin de le venger ? Une chose est sûre : elle se rendra vite compte que nous ne sommes pas seuls sur Terre... Marc Gérard est professeur des écoles à la retraite. Il écrit depuis...

Notre chronique

Le tome 2 de Brasier, Dessous la cendre de Marc Gérard, est, tout comme le tome 1, un bijou de littérature post-apocalyptique. Ce futur dystopique, avec une planète ravagée par le dérèglement climatique, soumise à la domination des machines et de l’Oracle, une intelligence artificielle omnisciente, ne peut pas nous laisser de marbre... Les êtres humains, devenus de simples consommateurs, ont progressivement perdu leur capacité de réflexion et se laissent influencer en toutes choses par les machines. 

« Elle n’eut pas à réfléchir bien longtemps. D’ailleurs, c’était un exercice que les humains comme elle, les Originels, ne pratiquaient plus beaucoup. Elle n’aurait pas tenu la distance. »

Dans cette société surveillée, au sein de laquelle la population est systématiquement contrôlée et asservie, la Dissidence continue de résister. Ses membres défendent ce que le pouvoir a méthodiquement effacé : l’empathie, la liberté de penser et le souci de l’Autre. L’auteur mêle anticipation, cyberpunk et fantastique.

« La lucarne représentait la première forme d’allégeance suprême aux nouveaux maîtres. Elle ne leur servait pas uniquement à étaler sur la peau leurs publicités nocives. C’était un mouchard de premier ordre, un traître incrusté en vous qui vous accompagnait de la puberté à la première mort, et ensuite aux morts suivantes si vous aviez suffisamment d’argent pour vous payer une ou deux résurrections. »

J’ai particulièrement apprécié l’histoire de Leila et d’Adama Forbes, dont les liens et les révélations sont fascinants, en particulier la théorie du génie. La relation naissante entre Nov, le cyborg, et une jeune femme, Aurore, est touchante, dans un monde déshumanisé. En effet, dans cet univers où l’humanité semble avoir renoncé à tout, l’amour pourrait faire évoluer les personnages (dans le tome 3 ?)...

La symbolique du chacal, emblème de la Dissidence, rappelle combien la contestation du pouvoir passe aussi par la reconquête du regard et de la pensée.

« Le dessin était l’emblème de la Dissidence. Il représentait un chacal stylisé, assis sur ses pattes arrière, les oreilles dressées ; c’était là la marque de Seth, le dieu qui, selon le mythe égyptien, aurait arraché l’œil gauche d’Horus. Et depuis les tout débuts de la Rébellion, il était le symbole de la lutte contre les Œils du pouvoir en place. »

Ce deuxième tome, extrêmement prenant, propose une vision plus sombre encore de notre avenir, sans céder entièrement au désespoir. Car, sous les cendres, subsistent la solidarité, la résilience et cette part d’humanité que ni les algorithmes ni les machines ne peuvent tout à fait détruire.

Vivement la sortie du tome 3 !

Pour aller plus loin
Interview (au sujet de Maître Môh)
Interview (au sujet de Brasier)

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Gabriel et Marie-Hélène.