mercredi 6 juin 2018

Chronique -- Lettres à un jeune poète de Rainer-Maria Rilke.

Ces dix lettres d'un jeune homme de vingt-huit ans concernent avant tout l'écriture, le processus créatif et la littérature. Rainer Maria Rilke conseille un jeune poète, Franz Kappus, qui lui envoie ses poèmes et sollicite son avis. Il lui décrit également ses troubles, sa solitude, ses angoisses, ses inquiétudes.
Rilke tente de l'aider et ses lettres sont celles d'un guide, d'un homme qui a réfléchi à l'art, à l'amour, à la foi et à tout ce qui entre en jeu lorsque nous écrivons.
Votre regard est tourné vers le dehors; c'est cela surtout que maintenant vous ne devez plus faire. Personne ne peut vous apporter conseil ou aide. Il n'est qu'un seul chemin. Entrez en vous-même, cherchez le besoin qui vous fait écrire: examinez s'il pousse ses racines au plus profond de votre cœur.
Dites vos tristesses et vos désirs, les pensées qui vous viennent, votre foi en une beauté. Dites tout cela avec une sincérité intime, tranquille et humble.
Ces lettres sont très travaillées et ont presque une dimension poétique, ce qui s'explique par le fait que Rilke a écrit presque exclusivement de la poésie. L'état d'esprit qu'on y retrouve est essentiellement celui des écrivains du XIXème siècle, un état d'esprit romantique, tourné vers l'introspection, la solitude et les affres de la création. Tout dans ces textes correspond à la description de l'écrivain dans sa tour d'ivoire, image classique de l'auteur, du philosophe, à l'instar de Montaigne, enfermé dans sa tour-bibliothèque pour rédiger ses essais.
On ne peut s'empêcher aujourd'hui de ressentir le décalage du temps qui passe, car cette vision de l'écriture, tout en étant séduisante, n'est plus actuelle.
L'auteur d'aujourd'hui se veut avant tout connecté avec le monde et non pas reclus dans un isolement susceptible d'être stérile.
La beauté du style, la finesse des impressions, la tendresse de l'auteur envers son jeune collègue, sont les qualités qui demeurent et qui font que ce texte mérite d'être lu.