C’est une idée assez ancienne qui trouve son origine dans ma vie professionnelle. J’ai enseigné pendant longtemps à des élèves de CM2. La littérature et la production de texte m’ont toujours passionné. J’ai un vague souvenir d’avoir recherché des textes de cette nature sans grand succès. J’ai dû en écrire un ou deux avant de proposer cet exercice à mes élèves dans le cadre d’un projet pluridisciplinaire. Mais surtout, j’ai pris du plaisir à écrire ces premières nouvelles. Et dès que l’on prend du plaisir à griffonner quelques mots, on a envie de continuer ! C’est ainsi que cette idée a germé, lentement, très lentement.
Chaque nouvelle est racontée en deux temps : du point de vue de l’objet, puis de celui de l’être humain. Pourquoi avoir choisi ces deux axes ?
Pour mon premier
recueil « Drôles de vies », j’ai tout d’abord écrit une quinzaine de nouvelles en
commençant par le point de vue des objets. C’est en relisant mes textes que
l’idée du point de vue humain m’est venue. Il m’a semblé alors que, pour un
jeune lecteur, il pouvait lui permettre d’explorer d’autres émotions et
peut-être l’impliquer davantage.
Lorsque j’ai
écrit « Bric-à-brac et autres nouvelles », les deux axes ont trouvé
naturellement leur place d’autant plus que parfois la situation décrite
provient d’une anecdote réelle où l’humain est au centre de l’histoire.
Le premier axe
s’attache à développer la curiosité et à entraîner l’enfant dans une lecture
ludique. Le deuxième poursuit souvent un objectif plus intime, plus riche en
émotions.
Pensez-vous que ce procédé aide les jeunes
lecteurs à développer leur esprit critique et leur capacité à changer de point
de vue ?
Le changement de point de vue, le changement de narrateur contribue certainement à développer chez les jeunes lecteurs leur esprit critique, mais aussi leur capacité à se mettre à la place de l’autre, leur empathie en quelque sorte. Cette faculté de percevoir ce que l’autre vit, ressent, est sans doute renforcée par la narration à la première personne qui ajoute une proximité avec le lecteur.
Le livre invite à deviner quel objet se cache derrière chaque histoire. Quelle place accordez-vous au jeu et à l’interaction avec le lecteur dans votre écriture ?
Au départ, il y a une contrainte
d’écriture : ne pas nommer l’objet et une volonté de ma part de développer
la compréhension de l’implicite, la capacité à faire des inférences et des
hypothèses chez le lecteur. Aussi le livre débute par une note au
lecteur : des nouvelles à lire deux fois. Deux fois pour les deux points
de vue, mais aussi pour suggérer au jeune lecteur une relecture du premier
texte une fois l’objet identifié afin de mieux saisir les subtilités qui lui
auraient échappé.
Vos nouvelles évoquent l’école, la famille, l’apprentissage, avec beaucoup de simplicité et de justesse. Ces thèmes sont-ils pour vous incontournables en littérature jeunesse ?
La littérature de jeunesse s’est considérablement développée en cinquante ans. On y trouve tous les genres. J’aime les histoires ancrées dans le réel. Je ne sais pas si ces thèmes sont incontournables, mais ils nous sont communs. Chaque enfant peut y retrouver des éléments de sa propre vie, se questionner sur ses actes, se découvrir ou s’affirmer dans le rapport aux autres. On peut lire pour s’évader dans des mondes imaginaires, prendre du plaisir à imaginer d’autres vies, mais on peut lire aussi à travers la lecture, se découvrir et se construire dans les rapports humains avec des histoires proches de notre quotidien.
À quel public pensiez-vous en écrivant ce recueil : principalement aux enfants, ou aussi aux adultes qui les accompagnent ?
Le livre s’adresse à des enfants de 9 à 12 ans. Alors en écrivant, je pensais bien sûr aux enfants, mais aussi souvent aux adultes qui les accompagnent dans leur lecture et notamment aux enseignants. C’est un peu une déformation professionnelle ! Lors de l’écriture, je pense aux jeunes lecteurs pour la partie ludique, surtout pour le choix des objets. J’ai d’ailleurs supprimé un ou deux nouvelles après relecture, car le choix de l’objet ne me paraissait pas finalement approprié pour cet âge. Mais je ne peux m’empêcher de réfléchir à l’utilisation qu’un enseignant de CM2 pourrait faire de telle ou telle nouvelle, en particulier en production d’écrits avec les élèves.
Certains objets vous ont-ils posé plus de difficultés que d’autres ?
En général lorsque je choisis un objet,
j’ai déjà une ou deux idées directrices qui me guident et les autres viennent
avec l’écriture. Le plus difficile ne réside pas dans le choix de l’objet, mais
plutôt dans la construction narrative de la nouvelle, un texte court dont la
chute doit surprendre le lecteur. Trouver la fin du texte est souvent ce qui
est le plus difficile.
Que souhaitez-vous avant tout transmettre aux lecteurs à travers Bric-à-brac et autres nouvelles ?
Avant tout, je souhaite que les jeunes
lecteurs prennent du plaisir à lire. J’ai pu constater en classe que les textes
courts permettaient à certains élèves de s’engager et de persévérer dans la
lecture alors qu’ils ne l’auraient pas forcément fait avec des romans plus
imposants.
L’écriture de nouvelles ne permet pas de développer
la psychologie des personnages, mais j’essaie de distiller des éléments qui
suscitent la réflexion sur des valeurs morales (la tolérance, le respect des
différences…) et sur des comportements à acquérir, pour préserver
l’environnement par exemple.
Avez-vous reçu des retours de jeunes lecteurs ou d’enseignants qui vous ont particulièrement marqué ?
Un grand-père m’a indiqué que son
petit-fils qui ne lisait jamais habituellement avait dévoré mon « Drôles de
vies ». Redonner le goût de la lecture, ne serait-ce qu’à un enfant, est déjà
une belle récompense.
Un autre jour, mon téléphone a sonné.
C’était un jeune lecteur que je ne connaissais pas. Il voulait me dire qu’il
avait adoré mes histoires d’objets et surtout savoir si j’avais prévu une suite
à mon roman jeunesse « Pica pica » ayant pour narratrice une pie. Le numéro
m’était inconnu, mais je n’ai pas regretté d’avoir décroché ! Quel plaisir
d’entendre cela !
Un enseignant m’a fait part de son intérêt
pour les nouvelles de « Drôles de vies » et de leur utilisation sous une forme
de jeu d’écoute. J’ai pu animer dans sa classe un atelier d’écriture et prendre
du plaisir cette fois-ci à faire écrire des nouvelles.
Le mot de la fin ?
La fin ? Je l’ai dit tout à l’heure c’est toujours
compliqué !
Alors, au risque d’être banal, merci à Marie-Hélène et à Gabriel pour leurs chroniques !
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