07 mars 2026

L'œuvre au rouge -- Alchimie : le Baphomet et les stalles de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers.

Photographies de Gabriel Erhart.

Comme je l’ai indiqué dans une précédente chronique, le Baphomet est une idole associée à des rituels templiers, rituels dont personne n’a d’ailleurs jusqu’à présent pu prouver l’authenticité, même si des indices demeurent.

Ce Baphomet, qui affiche souvent un faciès diabolique (comme sur la cheminée du château de Terre-neuve que j’ai étudié en détail dans un précédent article), représente en alchimie la délicate et secrète opération qui consiste à fusionner dans le matras (le vase hermétique) deux matières profondément antagonistes par essence.

Il faut noter que cette figure de Baphomet, qui trouve ses origines dans celle du dieu grec Pan, n’est pas toujours aussi laide. Pan lui-même – bien qu’il ait eu des cornes et un corps mi-homme mi-animal – était tout de même le représentant des bergers et de la nature en général. En outre, il était musicien (il jouait de la flûte qui porte son nom). Il n’y a donc aucune raison (en tout cas avec notre vision d’aujourd’hui) que les Baphomet-Pan aient un aspect systématiquement déplaisant. Dans cet ordre d’idées, les visages sculptés du manoir de la Salamandre à Lisieux (que l’on considère comme des Baphomet) ont des visages moins inquiétants, plus feuillus, en d’autres termes plus écologiques.

Cette remarque nous ramène à la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers et à ses stalles qui datent du treizième siècle (les plus anciennes de France).

Comme on peut le constater sur la photographie que j’ai prise en janvier dernier, les stalles sont des rangées de sièges destinées aux ecclésiastiques. Il y a une très belle scène du Nom de la rose, cet excellent film de Jean-Jacques Annaud, où l’on voit les moines âgés, ventrus et mal-allants, à moitié assoupis dans les stalles, s’ennuyant ferme au cours d’interminables homélies.

Les stalles de Saint-Pierre sont, il faut le reconnaître, un incroyable vestige du Moyen Âge. Outre le fait qu’elles sont dans un parfait état de conservation, elles sont contemporaines des Templiers, et il est émouvant de se dire lorsqu’on est à quelques mètres d’elles, que des croisés se sont peut-être assis à l’endroit même où nous nous trouvons sept cents ans plus tard !

Outre leur ancienneté et leur indéniable beauté, ces stalles – selon moi – nous offrent deux visages de Baphomet.


J’espère que le lecteur me pardonnera la qualité médiocre des clichés, mais ce jour-là, j’avais oublié mon appareil, et il faisait très sombre dans la cathédrale…

Ces Baphomet supposés ont des visages plus proches de l’archétype du dieu Pan que je viens d’évoquer (couronne végétale). Sans aucun doute frappent-ils par leur dignité et leur expression de sagesse. Sont-ils les représentants d’initiés templiers poitevins ? L’Ordre de Malte était déjà très implanté dans cette ville et en Aquitaine en général avant l’édification même de ces stalles. Développer ce sujet nous entraînerait trop loin… Je laisserai donc au lecteur le choix de son appréciation !

Ce qui est certain, c’est que ces stalles magnifiques valent largement le détour (on peut aussi visiter avec intérêt les églises précitées et le baptistère).

Pour en revenir aux stalles, des sculptures ravissantes et typiques de l’époque médiévale en ornent les écoinçons (les espaces qui séparent les sièges dans leur hauteur).


S’y côtoient sans complexes anges et démons, animaux et monstres, dans un syncrétisme admis de tous à l’époque. Cette coexistence du sacré et du païen nous surprend aujourd’hui, cependant, si l’on y réfléchit bien, toute religion recycle la précédente.

Que faire des croyances ancestrales solidement ancrées dans la mentalité populaire ? se sont probablement demandé les moines d’alors. Que faire de toutes ces figures diaboliques ? On ne pouvait malheureusement pas les éliminer à l’aide d’une simple prière.

La réponse (que l’on peut vérifier sur le fantastique portail de l’église Notre-Dame-la-Grande de Poitiers) fut donc toute logique : jetons-les dans l’Enfer !

Ah, l’Enfer ! un grand fourre-tout bien pratique pour recycler les hérésies !

Pour aller plus loin

Les coulisses de l'œuvre au Rouge - éditions Code9 - le Baphomet, symbole alchimique


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Gabriel et Marie-Hélène.