Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire
du point de vue d’un chien ?
L’origine, c’est la rencontre avec un chien justement, mon
tout premier chien, humblement prénommé Danton. C’était un shih tzu, comme le
personnage principal du roman. Son intelligence m’a impressionné, il
connaissait toutes mes habitudes, anticipait le moindre de mes gestes et savait
répondre à toutes mes attentes. Il a été source d’inspiration et s’est imposé à
moi. J’écris toujours en focalisation interne, cela favorise l’identification
et c’était un défi intéressant de se mettre à hauteur de chien pour raconter
cette histoire.
Comment avez-vous construit la narration chorale entre les
différents personnages ?
Tout se joue lors de la construction de l’intrigue. Je ne m’interdis
pas d’être surpris par mes personnages ou par les événements, mais je prends
soin de savoir où je vais. Je suis plus architecte qu’archéologue. Je construis
plus que je ne découvre, cela m’aide à placer les indices, à caractériser les
personnages. C’est très important dans le genre que j’ai choisi, le thriller.
Tout doit faire sens à un moment ou à un autre. Chaque personnage intervient
donc pour relancer l’intrigue, soit en apportant une partie des réponses, soit,
au contraire, en nouant davantage de questions.
Comment avez-vous abordé la dimension éthique liée à
l’expérimentation animale ?
En toute humilité. C’est une question complexe. En tant que
scientifique, j’ai conscience des enjeux liés à cette question et je me réjouis
des découvertes récentes sur la souffrance animale. Dans le cadre d’une œuvre
de fiction, on peut très vite tomber dans la caricature ou être donneur de leçons.
Je me suis contenté de placer des individus face à des choix, chacun a sa
propre logique, ses propres raisons. C’est au lecteur de faire le reste.
Le roman mélange thriller, récit social et réflexion éthique :
comment avez-vous trouvé l’équilibre entre ces registres ?
Très honnêtement, je ne suis pas sûr de l’avoir trouvé. Du
moins, pas consciemment. Dans le thriller, l’histoire est le moteur du récit. C’est
elle qui prime. Le reste vient avec les personnages. On essaie de les faire
vivre, réfléchir, au gré des contextes et des situations. Ils deviennent un
miroir de notre propre société et de nos propres réflexions, ils montrent au
lecteur d’autres réalités, parfois très proches, parfois inconnues.
Jean-Pierre et Alice incarnent des formes très différentes
de vulnérabilité. Comment avez-vous travaillé ces contrastes ?
C’est vrai que tout semble les séparer, l’âge, le genre,
leur propre histoire. Pourtant, à leur manière, ce sont aussi des personnes
seules, coupées du monde. J’y vois plus d’échos que de contrastes, en tout cas,
c’est ce que je ressens. Peut-être parce que j’y ai mis beaucoup de mon
expérience personnelle, qu’ils sont tous une partie de moi. L’écriture est une
exploration de soi, certains territoires sont inconnus et il est bon de s’y
perdre, pour mieux se retrouver ensuite. Alice et Jean-Pierre font partie de
qui je suis ou de qui j’étais.
La garrigue joue presque le rôle d’un personnage dans votre
roman. Comment le paysage façonne-t-il vos histoires ?
C’est important pour moi d’ancrer mes histoires dans le réel
pour mieux faire émerger le fantastique ou certains éléments qui défient toute
logique. Je ne parle que de lieux que je connais. Dans le roman, la garrigue
est un espace de liberté pour Thangka. Elle constitue un concentré de vie, d’odeurs
et de sensations. C’est également un environnement incroyablement hostile. C’est
cette ambivalence qui m’intéressait.
Y a-t-il eu des influences littéraires ou artistiques qui
ont nourri l’écriture de ce livre ?
Pour ce livre et tous les livres, c’est un peu un mélange de
tout ce qui m’a inspiré, m’a donné envie de créer, à différents moments de ma
vie. J’ai l’impression que cela se joue souvent à l’adolescence. Pour moi, c’est
un mélange de Stephen King pour l’imaginaire, Dean Koontz pour l’efficacité des
intrigues, Elisabeth George pour la complexité et la profondeur de son œuvre
(son livre sur l’écriture est excellent), Patricia Highsmith pour la folie au cœur
du quotidien, Flaubert pour son humour et son sens du détail. Côté peinture,
les impressionnistes m’ont marqué et je pense que cela se retrouve par moments.
Quelle émotion ou réaction espérez-vous susciter chez vos
lecteurs ?
J’aimerais susciter un sentiment d’urgence. Le même que j’ai
pu ressentir à la lecture d’Ils étaient dix ou La nuit des temps de Barjavel,
quand j’étais adolescent et que je passais des nuits blanches à dévorer ces
romans.
Si vous pouviez transmettre une seule idée ou question à
travers ce roman, laquelle serait-ce ?
Longtemps les animaux n’étaient considérés que comme des
moyens, des machines au service de l’espèce humaine. Les progrès de la science,
l’imagerie cérébrale ont montré que les animaux ressentent des sentiments bien
plus complexes qu’il n’y paraît. Il est temps que l’espèce humaine descende de
son piédestal. Nous sommes des animaux comme les autres.
Le mot de la fin ?
Gratitude.

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