27 avril 2026

Interview de Nicolas Gaube - auteur du secret de Thangka (Éditions Ex Æquo).

Bonjour ! 
Merci infiniment à Nicolas Gaube d'avoir répondu présent !

Qu’est-ce qui vous a donné envie de raconter cette histoire du point de vue d’un chien ?

L’origine, c’est la rencontre avec un chien justement, mon tout premier chien, humblement prénommé Danton. C’était un shih tzu, comme le personnage principal du roman. Son intelligence m’a impressionné, il connaissait toutes mes habitudes, anticipait le moindre de mes gestes et savait répondre à toutes mes attentes. Il a été source d’inspiration et s’est imposé à moi. J’écris toujours en focalisation interne, cela favorise l’identification et c’était un défi intéressant de se mettre à hauteur de chien pour raconter cette histoire.

Comment avez-vous construit la narration chorale entre les différents personnages ?

Tout se joue lors de la construction de l’intrigue. Je ne m’interdis pas d’être surpris par mes personnages ou par les événements, mais je prends soin de savoir où je vais. Je suis plus architecte qu’archéologue. Je construis plus que je ne découvre, cela m’aide à placer les indices, à caractériser les personnages. C’est très important dans le genre que j’ai choisi, le thriller. Tout doit faire sens à un moment ou à un autre. Chaque personnage intervient donc pour relancer l’intrigue, soit en apportant une partie des réponses, soit, au contraire, en nouant davantage de questions. 

Comment avez-vous abordé la dimension éthique liée à l’expérimentation animale ?

En toute humilité. C’est une question complexe. En tant que scientifique, j’ai conscience des enjeux liés à cette question et je me réjouis des découvertes récentes sur la souffrance animale. Dans le cadre d’une œuvre de fiction, on peut très vite tomber dans la caricature ou être donneur de leçons. Je me suis contenté de placer des individus face à des choix, chacun a sa propre logique, ses propres raisons. C’est au lecteur de faire le reste.

Le roman mélange thriller, récit social et réflexion éthique : comment avez-vous trouvé l’équilibre entre ces registres ?

Très honnêtement, je ne suis pas sûr de l’avoir trouvé. Du moins, pas consciemment. Dans le thriller, l’histoire est le moteur du récit. C’est elle qui prime. Le reste vient avec les personnages. On essaie de les faire vivre, réfléchir, au gré des contextes et des situations. Ils deviennent un miroir de notre propre société et de nos propres réflexions, ils montrent au lecteur d’autres réalités, parfois très proches, parfois inconnues.

Jean-Pierre et Alice incarnent des formes très différentes de vulnérabilité. Comment avez-vous travaillé ces contrastes ?

C’est vrai que tout semble les séparer, l’âge, le genre, leur propre histoire. Pourtant, à leur manière, ce sont aussi des personnes seules, coupées du monde. J’y vois plus d’échos que de contrastes, en tout cas, c’est ce que je ressens. Peut-être parce que j’y ai mis beaucoup de mon expérience personnelle, qu’ils sont tous une partie de moi. L’écriture est une exploration de soi, certains territoires sont inconnus et il est bon de s’y perdre, pour mieux se retrouver ensuite. Alice et Jean-Pierre font partie de qui je suis ou de qui j’étais.

La garrigue joue presque le rôle d’un personnage dans votre roman. Comment le paysage façonne-t-il vos histoires ?

C’est important pour moi d’ancrer mes histoires dans le réel pour mieux faire émerger le fantastique ou certains éléments qui défient toute logique. Je ne parle que de lieux que je connais. Dans le roman, la garrigue est un espace de liberté pour Thangka. Elle constitue un concentré de vie, d’odeurs et de sensations. C’est également un environnement incroyablement hostile. C’est cette ambivalence qui m’intéressait.

Y a-t-il eu des influences littéraires ou artistiques qui ont nourri l’écriture de ce livre ?

Pour ce livre et tous les livres, c’est un peu un mélange de tout ce qui m’a inspiré, m’a donné envie de créer, à différents moments de ma vie. J’ai l’impression que cela se joue souvent à l’adolescence. Pour moi, c’est un mélange de Stephen King pour l’imaginaire, Dean Koontz pour l’efficacité des intrigues, Elisabeth George pour la complexité et la profondeur de son œuvre (son livre sur l’écriture est excellent), Patricia Highsmith pour la folie au cœur du quotidien, Flaubert pour son humour et son sens du détail. Côté peinture, les impressionnistes m’ont marqué et je pense que cela se retrouve par moments.

Quelle émotion ou réaction espérez-vous susciter chez vos lecteurs ?

J’aimerais susciter un sentiment d’urgence. Le même que j’ai pu ressentir à la lecture d’Ils étaient dix ou La nuit des temps de Barjavel, quand j’étais adolescent et que je passais des nuits blanches à dévorer ces romans. 

Si vous pouviez transmettre une seule idée ou question à travers ce roman, laquelle serait-ce ?

Longtemps les animaux n’étaient considérés que comme des moyens, des machines au service de l’espèce humaine. Les progrès de la science, l’imagerie cérébrale ont montré que les animaux ressentent des sentiments bien plus complexes qu’il n’y paraît. Il est temps que l’espèce humaine descende de son piédestal. Nous sommes des animaux comme les autres.

Le mot de la fin ?

Gratitude.


Pour aller plus loin

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