Que sait-on de ces nemetons et de ce qui s’y déroulait il y a plus de deux
mille ans ?
Eh bien, pas grand-chose, en fait. Les seules informations crédibles nous
viennent paradoxalement de La Guerre des Gaules, texte écrit par
Jules César au cours de sa conquête !
Le but du futur empereur était, évidemment, avant tout, d’œuvrer pour sa gloire,
mais on aurait tort de négliger ses observations, qui sont capitales. D’abord,
parce qu’il avait su s’allier avec un chef de tribu, Commios, et avec son
druide, Diviciacos, ensuite parce qu’il était un fin observateur (sans doute
aussi par l’entremise de ses espions et de ses alliés).
Le druide Diviciacos, du fait de sa relation avec César, devint célèbre. Il se
rendit même à Rome prononcer un discours devant le Sénat. Cicéron fit sa
connaissance et fut impressionné. Il est donc vraisemblable que César ait
discuté directement avec ce druide, ce qui accrédite le peu d’éléments relatifs
aux coutumes druidiques qu’il rapporte dans La Guerre des Gaules.
Alors, pour en revenir à notre question de départ : que se passait-il
dans ces clairières ?
César affirme que les druides y pratiquaient des sacrifices et qu’ils
dirigeaient des sortes d’écoles pour former les membres de leur caste à la fois
religieuse et politique. Les études duraient vingt ans et étaient exclusivement
orales. Comme je l’ai précisé dans une chronique précédente, les druides
rejetaient l’écriture pour ne pas divulguer leur précieux savoir. Ce qui ne
veut pas dire qu’ils l’ignoraient. Ceci explique le peu d’informations qui nous
sont parvenues sur cette religion.
La question la plus importante qu’on peut finalement se poser est la
suivante : pourquoi des clairières et pourquoi pas des temples ?
Il est certain que ce choix d’officier au milieu des forêts n’était pas dû au hasard et la conclusion que les historiens tirent aujourd’hui est que les
druides pratiquaient le culte de l’arbre. Pline rapporte d’ailleurs
que les druides cueillaient le gui avec une serpe d’or (c’est ce que fait
Panoramix dans la BD). Il est pourtant clair qu’on ne peut rien couper avec un
matériau aussi mou que l’or et les serpes en question étaient probablement
fabriquées en bronze, ce qui ne change rien au rituel, rituel végétal, rituel
du culte de l’arbre, de l’Arbre de la connaissance.
Cette remarque nous ramène au chamanisme que j’ai déjà évoqué.
Comme les religions s’enchaînent et s’imprègnent les unes les autres, le
christianisme a repris quelques traits de cette religion ancienne et
mystérieuse qu’on appelle le druidisme. La Grande Troménie en Bretagne,
par exemple, est une procession qui a lieu de nos jours dans la forêt de Koat
Nevet à Locronan, koat nevet signifiant le bois sacré. Il y a donc
un rapport certain entre les deux. On pourrait multiplier les exemples, car
beaucoup de nemetons ont été identifiés dans toute l’Europe grâce aux fouilles
archéologiques. Cependant, la fameuse forêt des Carnutes, où
se réunissaient annuellement tous les druides de la Gaule, n’a pas été
localisée. Se trouvait-elle quelque part en Sologne ?
Ce qui est certain, c’est que les druides entraient en contact avec les Dieux
au beau milieu de ces clairières, et sans doute à l’aide de plantes
hallucinogènes qu’ils connaissaient bien, puisqu’ils avaient aussi le statut de
médecins. Les arbres qui les entouraient lors de ces cérémonies étranges
devenaient ainsi les sentinelles de leur voyage vers l’Autre Monde.
L’eau avait vraisemblablement un rôle non négligeable dans leurs rituels, comme
dans la plupart des religions. Pratiquaient-ils une sorte de baptême pour
les étudiants à l’issue de leur cursus ?
Ce qui est certain c’est que la clairière, de par sa forme, permettait la circumambulation, autrement
dit un déplacement rituel des fidèles parallèlement au mouvement du soleil
(principe qu’on retrouve dans les processions et jusque dans l’architecture
sacrée avec les déambulatoires des églises).
Les Anciens avaient bien noté que dans l’Univers, tout est rotation. Ils
y voyaient tout naturellement la signature des Dieux.
Pour aller plus loin
Après avoir miraculeusement survécu au naufrage de leur navire en mer d’Irlande, Dana Thuata et son complice, le physicien Colum Desmond, sont de retour. Gaël, Soizic, sa mère et son grand-père, réunis une nouvelle fois, vont devoir les affronter. Réussiront-ils à se libérer des envoûtements lancés par la véritable descendante de la prophétesse Cartimandua ?
C’est au plus profond de la Bretagne celtique que se jouera le dernier acte d’une aventure qui les aura menés du désert égyptien à l’insolite et mystérieux marais de Keriennec.
* Le druidisme de Jean Markale, éditions Payot.
* Les druides et le druidisme de Christian Guyonvarc'h, éditions Ouest France.
* La Guerre des Gaules de César, éditions Folio.
* Les plantes des Toltèques et des Amérindiens de Bernard Baudouin, éditions Rustica
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