02 mai 2026

Dans les coulisses de La rumeur des vagues (Éditions Ex Æquo) - Nemeton, clairière sacrée des druides.

Une scène décisive de La Rumeur des vagues se déroule dans un nemeton, lieu de culte des druides situé en pleine forêt.

Que sait-on de ces nemetons et de ce qui s’y déroulait il y a plus de deux mille ans ?
Eh bien, pas grand-chose, en fait. Les seules informations crédibles nous viennent paradoxalement de La Guerre des Gaules, texte écrit par Jules César au cours de sa conquête !
Le but du futur empereur était, évidemment, avant tout, d’œuvrer pour sa gloire, mais on aurait tort de négliger ses observations, qui sont capitales. D’abord, parce qu’il avait su s’allier avec un chef de tribu, Commios, et avec son druide, Diviciacos, ensuite parce qu’il était un fin observateur (sans doute aussi par l’entremise de ses espions et de ses alliés).
Le druide Diviciacos, du fait de sa relation avec César, devint célèbre. Il se rendit même à Rome prononcer un discours devant le Sénat. Cicéron fit sa connaissance et fut impressionné. Il est donc vraisemblable que César ait discuté directement avec ce druide, ce qui accrédite le peu d’éléments relatifs aux coutumes druidiques qu’il rapporte dans La Guerre des Gaules.

Alors, pour en revenir à notre question de départ : que se passait-il dans ces clairières ?
César affirme que les druides y pratiquaient des sacrifices et qu’ils dirigeaient des sortes d’écoles pour former les membres de leur caste à la fois religieuse et politique. Les études duraient vingt ans et étaient exclusivement orales. Comme je l’ai précisé dans une chronique précédente, les druides rejetaient l’écriture pour ne pas divulguer leur précieux savoir. Ce qui ne veut pas dire qu’ils l’ignoraient. Ceci explique le peu d’informations qui nous sont parvenues sur cette religion.

La question la plus importante qu’on peut finalement se poser est la suivante : pourquoi des clairières et pourquoi pas des temples ?
Il est certain que ce choix d’officier au milieu des forêts n’était pas dû au hasard et la conclusion que les historiens tirent aujourd’hui est que les druides pratiquaient le culte de l’arbre. Pline rapporte d’ailleurs que les druides cueillaient le gui avec une serpe d’or (c’est ce que fait Panoramix dans la BD). Il est pourtant clair qu’on ne peut rien couper avec un matériau aussi mou que l’or et les serpes en question étaient probablement fabriquées en bronze, ce qui ne change rien au rituel, rituel végétal, rituel du culte de l’arbre, de l’Arbre de la connaissance.

Cette remarque nous ramène au chamanisme que j’ai déjà évoqué.
Comme les religions s’enchaînent et s’imprègnent les unes les autres, le christianisme a repris quelques traits de cette religion ancienne et mystérieuse qu’on appelle le druidisme. La Grande Troménie en Bretagne, par exemple, est une procession qui a lieu de nos jours dans la forêt de Koat Nevet à Locronan, koat nevet signifiant le bois sacré. Il y a donc un rapport certain entre les deux. On pourrait multiplier les exemples, car beaucoup de nemetons ont été identifiés dans toute l’Europe grâce aux fouilles archéologiques. Cependant, la fameuse forêt des Carnutes, où se réunissaient annuellement tous les druides de la Gaule, n’a pas été localisée. Se trouvait-elle quelque part en Sologne ?
Ce qui est certain, c’est que les druides entraient en contact avec les Dieux au beau milieu de ces clairières, et sans doute à l’aide de plantes hallucinogènes qu’ils connaissaient bien, puisqu’ils avaient aussi le statut de médecins. Les arbres qui les entouraient lors de ces cérémonies étranges devenaient ainsi les sentinelles de leur voyage vers l’Autre Monde.
L’eau avait vraisemblablement un rôle non négligeable dans leurs rituels, comme dans la plupart des religions. Pratiquaient-ils une sorte de baptême pour les étudiants à l’issue de leur cursus ?
Ce qui est certain c’est que la clairière, de par sa forme, permettait la circumambulation, autrement dit un déplacement rituel des fidèles parallèlement au mouvement du soleil (principe qu’on retrouve dans les processions et jusque dans l’architecture sacrée avec les déambulatoires des églises).
Les Anciens avaient bien noté que dans l’Univers, tout est rotation. Ils y voyaient tout naturellement la signature des Dieux.

Pour aller plus loin

Dans les coulisses de La rumeur des vagues : Magie et divination (partie 2).

Quatrième de couverture 
Après avoir miraculeusement survécu au naufrage de leur navire en mer d’Irlande, Dana Thuata et son complice, le physicien Colum Desmond, sont de retour. Gaël, Soizic, sa mère et son grand-père, réunis une nouvelle fois, vont devoir les affronter. Réussiront-ils à se libérer des envoûtements lancés par la véritable descendante de la prophétesse Cartimandua ?
C’est au plus profond de la Bretagne celtique que se jouera le dernier acte d’une aventure qui les aura menés du désert égyptien à l’insolite et mystérieux marais de Keriennec. 



Bibliographie sommaire :
* Le druidisme de Jean Markale, éditions Payot.
* Les druides et le druidisme de Christian Guyonvarc'h, éditions Ouest France.
* La Guerre des Gaules de César, éditions Folio.
* Les plantes des Toltèques et des Amérindiens de Bernard Baudouin, éditions Rustica

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Bonjour !
Votre commentaire sera bientôt en ligne.
Merci d'échanger avec nous !
Gabriel et Marie-Hélène.