Résumé de l’éditeur
Quelles sont ces formes sorties de la nuit des profondeurs, qui attaquent les plongeurs avant de disparaître ? Quelle est cette épave autour de laquelle errent ces mystérieux gardiens ? Quelle légende noire a pris corps dans ce coin de Bretagne, au point de sortir de l’océan par les nuits de tempête ? Ce que Gall a vu, nul ne pourrait y croire. Sauf peut-être Morgane, que fascinent aussi les vieilles légendes. Et Camille, avec sa perspicacité d’enfant solitaire. Camille dont les seuls amis se cachent dans des grottes à marée basse... Et comment Gall pourrait-il vivre quand ses rêves, chaque nuit, l’entraînent dans des voyages d’épouvante, au bout desquels l’attend toujours la même silhouette drapée dans un habit de religieuse ?
Pour Franck Lefebvre-Billiez, il y a des découvertes de l’enfance qui marquent une vie entière : celle, par exemple, de livres de Jules Verne tout droit sortis de leur XIXe siècle… De cette trouvaille initiale naîtra chez lui une boulimie de lecture, puis, pour prolonger les découvertes et les transmettre, la vocation de journaliste. Mais rien ne remplace la fiction et les quêtes de l’imaginaire. Des quêtes que vous êtes désormais, amis lecteurs, cordialement invités à partager. Entrez dans ce monde, la porte est ouverte…
Gilles Kerlorc’h est né en 1971 dans les Landes. Auteur et illustrateur, il travaille sur des thématiques récurrentes que l’on retrouve dans ses différents ouvrages. Il aime parler de la nature ou du littoral sauvage dans des carnets illustrés, puis navigue dans les légendes, la féerie en bande dessinée ou dans des romans, enfin il s’attache aux histoires de trésors enfouis et de naufrages qu’il évoque dans plusieurs documentaires.
Notre chronique
Entre roman maritime, enquête fantastique et récit historique, Le rocher des naufragés de Gilles Kerlorc’h et Franck Lefebvre-Billiez déploie une intrigue dense et particulièrement immersive. Dans une Bretagne battue par les tempêtes et nourrie de légendes anciennes, les auteurs font émerger peu à peu les secrets du Saint-Jean, navire échoué dont les traces semblent encore hanter les vivants près de trois siècles plus tard.
« C’était une époque où l’on craignait la mer à l’image d’un dieu souverain et cruel. Les hommes s’en approchaient contraints par la faim ou par un commerce encore balbutiant. La navigation demeurait côtière, personne n’aurait jamais imaginé, en ce temps-là, perdre la terre de vue. La mer donnait, mais elle prenait aussi, sans retenue, rendant rarement le corps des naufragés. Tempêtes, maladies, envahisseurs… Voilà les fléaux qu’amenaient les vagues… Pourtant, il y avait bien pire, une menace insidieuse, cachée, diffuse… Ceux des profondeurs. Les anciens navigateurs les connaissaient, les craignaient, les respectaient ; aujourd’hui, ils sont devenus les avatars des légendes populaires quand ils n’ont pas été tout simplement oubliés. »
Le roman m’a immédiatement séduite par son atmosphère. La mer y est un espace d’exploration, mais aussi un danger constant : « La mer donnait, mais elle prenait aussi, sans retenue ». Les descriptions des profondeurs, des épaves et des nuits d’orage créent une tension presque cinématographique. Certains passages rappellent les grands récits d’aventure maritime de Jules Verne.
J’ai particulièrement apprécié la manière dont le récit mêle érudition historique et souffle romanesque. Les références à la grande peste de Marseille et aux pratiques de navigation anciennes donnent de l’épaisseur au texte : « Il s’agit très probablement de pierres de lest qui étaient réparties au fond de la coque. » Cette précision documentaire renforce la crédibilité du mystère.
« – Effectivement, l’ancre est un premier indice. Et les galets me paraissent un élément plus probant encore. Ils confirment l’ancienneté de cet autre navire. Il s’agit très probablement de pierres de lest qui étaient réparties au fond de la coque. Le procédé était courant : pour l’armateur c’était moins coûteux que des barres de plomb. »
Mais le roman trouve aussi son équilibre dans ses personnages. Gall, porté par une forme d’obsession, avance droit vers le danger, tandis que Morgane et la jeune Camille apportent une autre lecture du monde, plus intuitive, plus sensible aux légendes et aux signes.
« Gall entraîna Camille vers le salon. Une pensée lui était venue à l’esprit et elle y tournait comme un refrain irritant, insupportable : “Ils sont entrés. Maintenant ils sont dedans.” »
Les scènes fantastiques sont parmi les plus réussies du livre, notamment lorsque “les échos de courses furtives” et “des sortes de cris bizarrement articulés” envahissent l’espace du quotidien.
« Cette fois, plus de questions à se poser : entre les roulements de tonnerre, les échos de courses furtives étaient nettement perceptibles. Il y avait aussi ces grattements, comme des insectes dans une cloison, et des sons plus difficilement identifiables : des sortes de cris bizarrement articulés, des borborygmes qui viraient vers les aigus. »
Les auteurs entretiennent habilement l’incertitude entre croyances anciennes, hallucination et menace réelle.
« – Ça va ? Gall frissonna. Ses mains étaient glacées. La faible lumière de la lampe l’éblouissait, la tête de Morgane lui apparaissait vivement découpée en noir sur un éclat trop pâle. Les murs de la chambre tanguaient. »
Un roman passionnant, ambitieux, qui réussit à conjuguer aventure, mémoire maritime et imaginaire breton sans perdre son sens du rythme. Un superbe ouvrage !
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Gabriel et Marie-Hélène.