jeudi 7 février 2019

Chronique littéraire : Un prénom d'héroïne et de héros - Sarah Sauquet (Le Robert). Sortie 7 février 2019.

Quatrième de couverture
Avec ce Dictionnaire des plus beaux prénoms inspirés de la littérature, Sarah Sauquet nous invite à dérouler avec elle le fil d’Ariane des héros et des héroïnes littéraires. Elle nous ouvre ainsi les portes d’une réflexion introspective autour du prénom : celui que l’on porte, celui que l’on peut être amené à donner, et auquel, parfois, on attribue une personnalité ou un caractère au gré de notre expérience… et de nos lectures. Impétueux, romantiques, insoumis, charmeurs, amoureux ou mystérieux, les Aurore, Augustin, Inès, Lucien, Mohammed, Olivia, Simon, Wendy ou Victor de la littérature mondiale sont autant de sources d’inspiration dans lesquelles puiser pour (re)lire un classique, nourrir son imaginaire… ou choisir le prénom d’un enfant à naître ! De Homère à Françoise Sagan, en passant par Marivaux, Francis Scott Fitzgerald ou les sœurs Brontë, mille parcours sont possibles dans ce dictionnaire à nul autre pareil, tout à la fois organisé et labyrinthique. Livre de chevet idéal pour rêveur littéraire impénitent, il devient le lieu de retrouvailles émues et de rencontres fracassantes avec ces héroïnes et ces héros de romans « plus vrais que nature » : ces personnages si incroyablement vivants et habités, qu’ils sont devenus des archétypes. Et leur prénom, un concentré de tout ce jaillissement de vie, de sensations et de souvenirs qu’ils incarnent si admirablement.  Passant d’un personnage à l’autre avec cette bienveillante familiarité qu’on réserve aux vieux amis, Sarah Sauquet nous entraîne dans un émouvant voyage à travers les siècles, au cœur de la psyché humaine telle que des générations d’écrivains, de dramaturges et de poètes ont cherché à en saisir les contours et l’infinie complexité.

Un prénom de héros et d’héroïne, c’est aussi :
244 prénoms (122 féminins, 122 masculins)
400 personnages
330 œuvres
190 auteurs
20 pays dont 6 francophones pour l'origine littéraire des œuvres ( France, Québec/Canada, Suisse, Maroc, Belgique, Sénégal, États-Unis, Russie, Angleterre, Allemagne, Italie, Turquie, Cuba, Norvège, Suède, Grèce, Pologne, Hongrie, Irlande, Autriche )
440 pages
1 livre à deux entrées :  deux groupes de textes publiés tête-bêche, d’un côté les prénoms masculins, de l’autre les prénoms féminins


Notre chronique
Ce dictionnaire des plus beaux prénoms inspirés de la littérature internationale est un must pour tout passionné de littérature !
Plus qu'un dictionnaire : une ode à la littérature, un message d'amour partagé ! 
Nous nous jetons avec délice dans cette liste de prénoms tous plus romanesques les uns que les autres avec pour chaque prénom les qualités et défauts qui lui son prêtés, un à quatre exemples de grandes héroïnes / grands héros ainsi que leur histoire, d'autres personnages moins importants mais tout aussi intéressants, des pages consacrées aux citations qui mettent en valeur certains traits de caractère de personnages clés de la littérature.
L'ouvrage en lui-même est magnifique : coloré, en deux parties égales, séparées par une bibliographie complète. Il est bien "écrit avec cœur", cela ne fait aucun doute ! Merci Sarah pour cette superbe anthologie qui séduira parents et lecteurs !


L'auteure



Photographie de Scander Aidoudi.


Professeure de lettres en lycée, co-créatrice de six applications littéraires parmi lesquelles Un texte Un jour, bloggeuse et conférencière, Sarah Sauquet intervient en 2013 au TEDxCEWomen.  Elle publie La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con aux éditions Eyrolles en 2017. Qu’il s’agisse d’enseigner, d’écrire, de mettre en avant les liens entre littérature et marketing ou d’animer une communauté digitale, on travail tourne autour d’un même objectif : celui de susciter l’envie de lire des classiques.

Interview de l'auteure 

Quand et comment as-tu eu l'idée de ce superbe livre ?
L’idée de ce livre est presque aussi vieille que moi ! (rires).
J’aime les gens, j’aime les mots, et je me suis toujours intéressée aux prénoms. Je trouve que le prénom peut dire beaucoup de choses d’une personne, ou en tout cas de ceux qui le choisissent. Il peut témoigner d’origines géographiques, culturelles ou sociales, renvoyer à une histoire familiale, rendre hommage à quelqu’un, et, qu’on le veuille ou non, je reste persuadée qu’il influe sur notre perception de l’autre.
Lectrice invétérée, j’ai tout naturellement été attentive aux prénoms littéraires, aux prénoms que portent les héros de papier et l’idée d’un tel livre a très tôt germé dans mon esprit. Après la publication de mon premier livre, je me suis dit qu’il était le moment de donner corps à ce rêve, à ce projet qui, à ma grande surprise, n’avait jamais été réalisé.

Quels sont tes héros et tes héroïnes préférés ?
J’ai une tendresse certaine pour les parcours complexes, tout sauf linéaires, et le courage est pour moi la plus grande des vertus. C’est sans doute pour cela que mes héros préférés sont Jane Eyre, Pierre Bézoukhov dans Guerre et Paix, Élisabeth d’Aulnières dans Kamouraska d’Anne Hébert ou Pélagie Leblanc dans Pélagie-la-Charrette d’Antonine Maillet. Mais j’ai également une immense tendresse pour les personnages tourmentés comme Scarlett O’Hara dans Autant en emporte le vent, ou Catherine Earnshaw et Heathcliff dans Les Hauts de Hurlevent. Enfin, j’aime rire, et des héros comme Fernand de Bois d’Enghien dans Un fil à la patte ou Eugène Ribadier dans Le système Ribadier sont pour moi inoubliables.

Si tu étais une héroïne, qui aimerais-tu être ?
Vaste question ! Certains jours, j’aimerais avoir la sophistication et l’aplomb d’une Oriane de Guermantes, d’autres fois, je rêve de la clairvoyance d’une Elizabeth Bennet, ou du calme en toutes circonstances d’une Pauline de Théus.

A quelle héroïne ressembles-tu le plus ?
Je crois que je ressemble beaucoup à Joséphine March, l’héroïne de Louisa May Alcott. Je me retrouve en elle dans son amour pour la littérature et l’écriture, dans une générosité parfois maladroite, mais aussi et surtout dans sa quête d’indépendance et de liberté, avec un côté « sauvageon », à ne pas vouloir s’embarrasser des convenances.
Enfin, sans nécessairement lui ressembler, j’ai été très frappée par ma rencontre, il y a plus de dix ans, avec Sarah Starzynski dans Elle s’appelait Sarah de Tatiana de Rosnay. C’est, à mon sens, un livre à lire quand on porte ce prénom.

Comment as-tu appelé ton enfant ?  Pourquoi ?
Ma fille s’appelle Héloïse et mon mari et moi souhaitions pour elle un prénom littéraire. Il y a deux Héloïse au sein de la littérature classique, Héloïse d’Héloïse et Abélard, mais aussi Héloïse de Villefort. Sous des aspects très différents, ces deux femmes sont toutes deux érudites, et aspirent à une forme de liberté et d’expression de soi. Ce ne sont pas les prénoms les plus consensuels de la littérature, mais j’aime à penser que ma fille saura y trouver de quoi faire son chemin.

Quand tu écris, as-tu des rituels, des habitudes, des besoins spécifiques ?
Pas particulièrement. J’ai la chance de pouvoir écrire facilement, même dans les transports ou dans un environnement qui n’est pas absolument calme. En revanche, j’ai besoin de savoir où je vais même si j’apprécie ensuite que mon travail m’emmène dans des directions inattendues.

Quels ont été tes axes de recherches, comment as-tu sélectionné les prénoms ?
Il y a eu trois axes de sélection :
Il y a tout d’abord les prénoms éminemment littéraires, tels que « Ulysse », « Anna », « Manon », Edmond » ou « Iseult », que nous ne pouvions pas ne pas faire figurer.
Ensuite, nous voulions que ce dictionnaire soit utile pour les parents d’aujourd’hui. Nous avons donc cherché des occurrences littéraires parmi les 600 prénoms les plus donnés en 2017, tels que « Jade », « Hugo », « Jules » ou « Lucas ». Cet aspect fut parfois tout sauf facile.
Enfin, je souhaitais que les prénoms sélectionnés incarnent une diversité culturelle et que le dictionnaire aborde la littérature à la fois francophone et mondiale.  J’ai donc cherché parmi la littérature marocaine, sénégalaise, russe, turque, suédoise – des œuvres littéraires de 20 pays sont abordées… Les prénoms choisis sont donc variés et il y en a pour tous les goûts.
Il m’est arrivé de vouloir faire figurer certains prénoms et que j’y renonce : par exemple, l’héroïne de La Chamade, de Françoise Sagan, s’appelle Lucile, et c’est LA Lucile de la littérature – je mets à part la sœur de Chateaubriand dans Les Mémoires d’outre-tombe et celle du Bourgeois gentilhomme, qui restent des personnages secondaires. Or, cette Lucile, dans La Chamade, est avant tout une femme oisive, qui ne peut constituer un modèle de comportement pour une femme, et une mère, en 2019. J’ai donc renoncé à ce prénom. Outre cela, certains prénoms sont étonnamment absents de la littérature. C’est par exemple le cas du prénom «Thibaud» !

Comment définis-tu le héros et le anti-héros et quel est ton anti-héros préféré ?
Le héros est celui qui incarne la bravoure, le courage, l’exemplarité, qui est un modèle de comportement. L’anti-héros, est à l’inverse, celui qui est faible, médiocre, et qui manque de courage, car sa médiocrité, qui prend toute la place, ne lui permet pas d’être courageux.
Mon anti-héros préféré est sûrement Charles Bovary, et rien ne me touche plus que son entrée dans une classe de cinquième au tout début de Madame Bovary. Pour moi, Charles Bovary est un humilié magnifique, un homme qui se serait peut-être révélé dans les bras d’une femme moins exigeante. Je le trouve très touchant.

Et par curiosité, quelles sont tes œuvres préférées ?
J’ai une immense tendresse pour La gloire de mon père et Le château de ma mère de Marcel Pagnol que je relis chaque année, et dont je connais certains passages par cœur. J’aime Une vie, de Maupassant, Guerre et Paix de Tolstoï, Belle du Seigneur, qui me fait beaucoup rire. Au sein de la littérature contemporaine, j’ai récemment été bouleversée par Trois jours et une vie de Pierre Lemaitre, et j’ai beaucoup, beaucoup aimé La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker.

Et (le traditionnel) mot de la fin ?
Dans Le Père Goriot, Delphine de Nucingen dit à Eugène de Rastignac : « Mon père m’a donné un cœur, mais vous l’avez fait battre. » Si je pouvais m’adresser à la littérature, je ne pourrais pas lui dire mieux…


Pour aller plus loin 
Le blog de Sarah.
Article sur Sarah Sauquet (Donner envie...)
Synthèse du webinaire auquel Sarah a eu la gentillesse de participer.

Sarah sur TV5Monde


TEDx


Le diaporama de ma future conférence "Donner envie de lire" dans laquelle je parlerai de Sarah.

12 commentaires:

  1. J'aurais aimé connaitre ce livre pour la naissance de mon petit Alexis, il y a maintenant 7 mois. Je vais quand même me pencher dessus. Merci pour la découverte.

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  2. Alors là, c'est une excellente idée je trouve et quel travail de renseignement ça a dû être, je suis bluffée ! C'est vrai que pour moi, le choix des prénoms est essentiel à l'histoire, alors ça me plaît beaucoup 😃

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  3. Je vois beaucoup parler de ce livre, mais j'avoue que je ne suis pas l'engouement général :I

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  4. Quelle belle interview ! Merci pour ce beau partage Marie-Hélène

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  5. Merci pour cet article ultra complet, c'est génial =)

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