vendredi 17 mai 2019

Chronique littéraire : Qui a tué l'homme-homard ? de J.M. Erre (Éditions Buchet Chastel).

Résumé
Margoujols, petit village reculé de Lozère, abrite depuis 70 ans les rescapés d’un cirque itinérant qui proposait un freak show : femme à barbe, sœurs siamoises, homme-éléphant, nain, colosse...

L’histoire s’ouvre sur la découverte du cadavre atrocement mutilé de Joseph Zimm, dit « l’homme-homard ». Qui a tué cet ancien membre du cirque des monstres, et pourquoi ? L’enquête menée par l’adjudant Pascalini et son stagiaire Babiloune va révéler des secrets enfouis depuis des lustres dans les hauteurs du Gévaudan.
Lucie, la fille du maire de Margoujols, une jeune femme paraplégique communiquant par l’intermédiaire d’un ordinateur, va épauler les gendarmes dans leur enquête. Elle est aussi la narratrice de cette histoire rocambolesque qu’elle raconte au jour le jour à la manière d’un polar pimenté d’une bonne dose d’humour noir, tout en livrant ses réflexions décalées sur des sujets aussi variés que la littérature policière, le handicap, les artichauts, les cimetières, les réseaux sociaux et, bien sûr, les monstres...

L'auteur


J.M. Erre enseigne les lettres et le cinéma dans un lycée de Sète. Il écrit des romans pour adultes chez Buchet/Chastel, des romans jeunesse aux éditions Sarbacane et des pièces de théâtre aux éditions Théâtrales. Son roman Le Mystère Sherlock est en cours d’adaptation au cinéma

Notre chronique 
Si vous avez envie d’un polar original (on ne fait pas mieux dans le genre), d’humour noir et mordant (style San Antonio parfois… j’adore), d’une histoire complètement loufoque, de personnages atypiques et intéressants, d’une critique de la société, des clichés du genre, des chroniqueurs (eh oui, je fais attention à ce que j’écris !), des lecteurs (en tout cas de certains lecteurs)… ce livre est pour vous !

Une leçon hilarante d’écriture (pourquoi lire « On writing » de Stephen King quand on a « Qui a tué l’homme-homard ? » de J.M. Erre ? Je vous le demande !), des réflexions mordantes (y compris sur le handicap, si, si !), une narratrice tétraplégique, une histoire truculente, et un univers quasiment dodécaphonique et brutalement délirant ! Un must !

Interview

Bonjour Jean-Marcel !
Bonjour Marie-Hélène !

Tout d’abord, quel lecteur êtes-vous ?
Je suis un lecteur de type monomaniaque car c’est de mes lectures que naissent mes histoires. Par exemple, pour Le Mystère Sherlock, j’ai lu tout Conan Doyle, mais aussi des dizaines de pastiches et d’études sur Sherlock Holmes. Afin d’écrire Le Grand N’importe quoi, j’ai dévoré presque uniquement de la science-fiction pendant deux ans. Et pour L’homme-homard, j’ai passé des mois le nez dans des histoires de serial killers. J’aime me plonger dans un univers littéraire en me rassasiant de lectures autour d’un même thème, puis j’en tire une histoire, puis je me soigne de mon obsession en me plongeant dans une autre. C’est grave, docteur ?

Quand avez-vous commencé à écrire ? Y-a-t-il eu un événement déclencheur ?
Je suis un écrivain tardif puisque j’ai écrit ma toute première ligne de fiction à l’âge de trente ans. Un matin, sur mon écran d’ordinateur, entre deux corrections de copies d’élèves, j’ai écrit la phrase « Il m’observe. J’en suis sûr. », placée dans la bouche d’un voisin paranoïaque. Puis je me suis amusé à imaginer ce qu’il pourrait dire ensuite. Quelques mois après, Prenez soin du chien, mon premier roman, était là, à ma grande surprise. Presque vingt ans plus tard, je suis toujours derrière mon écran d’ordinateur et je me demande encore ce qui a bien pu déclencher tout ça. Mais tant que je m’amuse, je continue.

Quelles ont été vos influences pour Qui a tué l’homme-homard (même si j’ai ma petite idée !) ?
Je me nourris de beaucoup de livres et de films qui se mélangent, s’entrelacent, s’enchevêtrent et s’accouplent pour donner naissance à des idées biscornues, extravagantes et farfelues qui surgissent sans cesse dans mon esprit et que j’attrape au vol. On peut s’amuser à rechercher l’origine génétique des unes ou des autres (par exemple dans Freaks de Tod Browning et Le Scaphandre et le papillon de Jean-Dominique Bauby), mais tout se passe sur un plan inconscient. Je laisse surgir et je réceptionne.

Comment est né L’homme-homard ?
Au départ de mon écriture, il n’y a pas de projet « pensé », il n’y a pas de plan préétabli, il n’y a pas de fiche personnage. Je pars d’une phrase, d’une situation, et je me laisse porter par l’histoire que je découvre pas à pas comme si j’en étais le lecteur. Pour L’homme-homard, je suis parti de l’idée d’un blog tenu par une serial killeuse : c’est le premier fil que j’ai tiré, le reste de la pelote a suivi.

Quel est le personnage qui vous touche le plus, pourquoi ?
J’ai une grande tendresse pour tous les monstres en général, mais c’est Julie qui me touche le plus, avec son humour désespéré. Je l’aime.

Qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs de Qui a tué l’homme-homard ?
Faites de beaux rêves pleins de monstres.

Pourriez-vous nous parler de vos autres ouvrages ?
Dans chacun de mes romans, j’explore un univers littéraire ou artistique, comme le thriller ésotérique dans La Fin du monde a du retard, le roman anglais à énigme dans Le Mystère Sherlock ou encore le cinéma bis dans Série Z. J’aime m’amuser avec les codes d’un genre, plonger de façon ludique dans l’imaginaire collectif et jouer avec les attentes du lecteur.
Je poursuis ce même travail dans ma série de livres pour la jeunesse autour d’une enfant grande lectrice, Zazie, qui voit le monde à travers les ouvrages qu’elle a dévorés et qui a du mal à faire la différence entre la réalité et la fiction.
Au-delà du roman, j’aime m’essayer à toutes les formes d’écriture pour en comprendre les mécanismes et jouer avec eux : j’écris des pièces de théâtre (la première est publiée aux éditions L’œil du prince), des nouvelles (bientôt dans Fluide Glacial), des sketchs pour la télévision (Groland), des scénarios pour le cinéma et pour la bande dessinée (avec mon frère Fabrice au dessin). Il me reste à visiter la recette de cuisine et le rondeau yougoslave : je m’y mets bientôt.

Le mot de la fin ?
A suivre…

14 commentaires:

  1. Ca doit faire des années que j'ai "le mystère Sherlock" dans ma bibliothèque, tu me donnes envie de l'en sortir ♥

    RépondreSupprimer
  2. Rien que le titre donne le ton, je le trouve génial et je serai très curieuse de lire ce mélange des genres atypiques !

    RépondreSupprimer
  3. Eh bien, l'histoire a l'air trépidante !

    RépondreSupprimer
  4. Ça a l'air vraiment pas mal, et belle interview !

    RépondreSupprimer
  5. Ce livre a vraiment l'air top, son côté un peu décalé avec des personnages atypiques pourrait totalement me plaire ! Je note, merci pour cette chouette découverte :D

    RépondreSupprimer
  6. Magnifique interview qui me permet d'en savoir plus sur un auteur que je découvre !

    RépondreSupprimer