04 mars 2026

Chronique littéraire : Col rouge - Prix du Livre de Poche 2026.


Je suis ravie d'être de nouveau jurée du Prix du Livre de Poche ! 
Je vous présente l'un des trois premiers livres qu'il nous a fallu départager : Col rouge de Catherine Charrier (Éditions Calmann-Lévy/Le Livre de Poche).

Résumé de l’éditeur
Savoie, juin 1861. François Claret épouse Berthe et, dès le lendemain, quitte son village d’altitude pour s’installer à Paris et devenir « col rouge », soit commissionnaire de l’hôtel des ventes de Drouot. Il découvre alors un lieu époustouflant, où les œuvres d’art changent de main et de destin en un éclair, dans une fièvre électrique.
Catherine Charrier nous plonge dans l’intimité des commissionnaires de l’hôtel des ventes, ces Savoyards qui ont, sur trois générations, régné sans partage sur des millions d’objets. Jusqu’à ce jour de 2009 où un tableau de Courbet est mystérieusement découvert au domicile de l’un d’entre eux…

Une passionnante fresque familiale qui balaie cent cinquante ans d’histoire de France. Historia.

Une narration fluide, au souffle puissant. Un plaisir de lecture. Le Progrès.

Ma chronique 
Col rouge de Catherine Charrier est une formidable saga qui retrace cent cinquante ans d’une lignée savoyarde liée à Drouot. Le roman s’ouvre en 1861, lorsque François Claret quitte Berthe le lendemain de leurs noces pour rejoindre la très fermée confrérie des commissionnaires, les « cols rouges », chargés de transporter les objets promis aux enchères.
« On en avait assez des montagnes, de leur barre permanente au-dessus des têtes, on aurait voulu voir d’autres horizons, plus dégagés. »
Berthe est pourtant la figure emblématique du récit. Elle le traverse grâce à sa force, son courage, son amour des siens et ce fameux petit coffre (dont je ne peux rien vous dire sans dévoiler l’histoire). Marquée par le traumatisme de son voyage vers Paris, qu’elle confie à son mari, elle trouve en lui un allié indéfectible, très moderne pour l’époque :
« Le viol était monnaie courante, et le secret qui le recouvrait jouissait de la plus vaste approbation sociale possible. Il jetait aussi hors de leur foyer, dans l’opprobre absolu, les femmes, qui le brisaient et désignaient leurs bourreaux à une vindicte publique qui ne venait jamais.
Du viol à la réputation de mauvaise vie, il n’y avait qu’un pas vite franchi. »
Catherine Charrier fait revivre pour nous un monde où les objets dictent le tempo des existences, dans cet « ogre Drouot » aux « 110 paires de bras ».
« L’ogre Drouot qui, armé de 110 paires de bras, avait pendant un siècle et demi avalé et recraché tous ces objets, s’était aussi dégonflé, il ne pesait plus si lourd, il avait vieilli, et son métabolisme s’était enrayé. »
L’immersion dans cette corporation régie par ses codes, que je ne connaissais pas, est passionnante. D’ailleurs, l’histoire de la famille Claret interroge autant la mémoire familiale que l’institution qui l’a façonnée.
« Ces objets créés par des artistes il y a des siècles, revivaient là intensément, salle 5, salle 7, puis se dispersaient à nouveau, rejoignant des collections à l’autre bout de la planète. L’art était tout ce qu’il resterait du monde, il en était sûr. Il transportait la beauté dans le temps, par-delà les époques, elle restait vivante dans les objets inanimés. Ils étaient capables de nous émouvoir des siècles, voire des millénaires après leur création. Seul l’esprit de collection empêchait les civilisations de se dissoudre dans le néant du temps. »
Ce qui m’a le plus touchée dans Col rouge est la tension entre l’intime et le collectif et la manière dont les destins individuels éclairent un univers longtemps resté dans l’ombre.
Un roman addictif à mettre entre toutes les mains.

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Gabriel et Marie-Hélène.