« Dans le miroir de la salle de bains, elle se dévisage, et se voit telle que les amis d’Étienne vont la voir : une fille fade et gauche, une fille qu’il a choisie parce qu’elle ne risque pas de lui faire de l’ombre. »
Un soir de canicule, en août à Paris, deux couples se rejoignent pour dîner. La soirée aura lieu chez Étienne. Claudia, sa compagne, d’une timidité maladive, a cuisiné toute la journée pour masquer son appréhension. Johar et Rémi, leurs invités, n’ont pas l’esprit tranquille non plus. Autour de la table, certains nourrissent des intentions cachées tandis que d’autres font tout pour garder leurs secrets. L’odeur épicée d’un curry, une veste qui glisse d’un fauteuil : il suffit d’un rien pour que tout bascule.
Une ode à l’émancipation des femmes et à la liberté, tissée avec délicatesse.
Un huis clos aux effets bien orchestrés. Florence Bouchy, Le Monde des livres.
Diablement savoureux. Margaux Morasso, Lire magazine.
Dans cette comédie humaine dans ce qu’elle a de plus délétère, et, hélas, d’ordinaire, la romancière s’empare d’un sujet universel : la place des femmes dans notre société. Laurence Caracalla, Le Figaro littéraire.
Prix littéraire Gisèle Halimi 2023.
Notre chronique
Un premier roman très touchant ! Il s’agit d’un huis clos qui n’a, en fin de compte, rien de simple. Un dîner, ordinaire en apparence, se transforme peu à peu en théâtre introspectif pour chacun. On découvre quatre personnages qui souffrent en silence, notamment dans leur vie de couple.
Le récit s’intéresse surtout à Claudia, jeune femme que ses amis et son compagnon jugent « fade et gauche », qui « voudrait se rendre invisible, et pourtant leur en veut terriblement à tous de la rendre invisible ».
« Dans le miroir de la salle de bains, elle se dévisage, et se voit telle que les amis d’Étienne la voir : une fille fade et gauche, une fille qui n’a rien à dire, une fille qu’il a choisie parce qu’elle s’occupe bien du foyer, sans doute, et parce qu’elle ne risque pas de lui faire de l’ombre. Elle a consciencieusement et stupidement mis toute son énergie à se rapprocher de cette caricature, et à se montrer à l’opposé de ce qu’ils sont, eux, et de ce qu’elle aurait voulu paraître : toujours pressés, débordés de travail, incapables de trouver cinq minutes pour s’occuper des choses pratiques, aspirés par le tourbillon des affaires et de la vie parisienne.Elle aurait dû réfléchir à ce qu’elle allait leur dire, à la manière de se présenter. Elle aurait pu construire son personnage au lieu de se jeter ainsi corps et âme dans l’élaboration du décor.Claudia, l’effacée. Elle voudrait s’appliquer à la lettre ce qualificatif tant entendu. S’effacer, disparaître. Ne pas affronter les regards curieux ou indifférents, s’éviter la gêne de détecter l’ombre de l’ennui dans les yeux de ses interlocuteurs dès qu’elle prononce quelques mots. Elle a, bien sûr, toujours la possibilité de se taire : se taire, sourire, rire aux plaisanteries des autres. Mais elle sait qu’ils la jugeront plus cruellement encore, Claudia, la potiche, la fille sans intérêt. »
Cette notion d’invisibilité revient sans cesse. On comprend rapidement que cette femme, pourtant accomplie, porte encore la blessure du désintérêt parental durant son enfance, et qu’elle prend conscience, lors de ce fameux dîner, de bien des choses concernant son couple.
« C’est amusant comme, d’un jour à l’autre, on en arrive à ne plus rien se dire. À ne plus rien comprendre. À moins qu’on n’ait jamais rien compris. »
Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est la manière dont les personnages se dévoilent à travers leurs pensées. Cela m’a rappelé Mrs Dalloway de Virginia Woolf, où priment les ressentis et les émotions plus que l’intrigue (elle aussi liée à un repas).
« Elle admire cette faculté qu’ont les vies humaines, parfois, d’entrer en résonance. »
Les tensions professionnelles, l’ambition, le poids des origines et de la réussite sont autant de thématiques qui s’entrelacent et éclairent les enjeux de cette soirée. Johar, par exemple, doit sans cesse prouver qu’elle est à sa place. Rémi, lui, s’est éloigné d’elle et traverse ses propres interrogations existentielles.
Comme dans certains films intimistes centrés sur un lieu unique, la tension ne naît pas tant de l’action que du regard que les personnages portent sur eux-mêmes.
Ce texte court, finement construit, nous invite à réfléchir à la manière dont nous nous laissons happer par les attentes des autres, famille, amis, société, et à la difficulté, voire au courage, qu’il faut pour « revendiquer son droit à l’amour » et à la liberté.
Une très belle ode à la liberté d’être soi-même !
Pour aller plus loin
Chronique de Col rouge

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Gabriel et Marie-Hélène.