14 juin 2026

Interview de l'autrice de Du côté des vivants, Violaine Bérot.


Merci du fond du cœur, Violaine, d'avoir accepté de répondre à nos questions ! 

Comment est née l’idée de Du côté des vivants ? Y a-t-il eu une rencontre ou une question particulière à l’origine de ce roman ?
À l’origine de mes romans, il y a toujours un questionnement personnel. Ensuite le travail d’écriture peut me faire dériver ailleurs. Pour Du côté des vivants mon point de départ c’est la difficile relation que nos sociétés occidentales contemporaines entretiennent avec la mort. Je travaillais depuis plusieurs mois sur ce thème sans rien parvenir à écrire d’intéressant quand un événement dans ma vie privée est venu percuter mon travail en cours : l’un de mes proches avait failli mourir suite à une chimio, s’en était tiré, et avait pris la décision de ne plus se faire soigner. C’est devenu le début du livre.
 
Pourquoi avoir choisi de situer l’intrigue presque entièrement dans une chambre d’hôpital et au cours d’une seule journée ?
Je n’ai pas vraiment décidé ça, en tout cas pas au départ. C’est venu en écrivant. Je me suis vite rendu compte que je ne gardais que ce qui se passait dans cette chambre 308. Ça me plaisait d’en raconter le moins possible en dehors de la chambre. Dans cette chambre il y avait tellement de vie ! C’est inespéré ce huis clos d’une chambre d’hôpital pour un auteur comme moi qui aime faire entrer et sortir rapidement des personnages dans mes histoires. Et très vite je me suis dit que le format d’une journée suffisait. Ça commence par la décision de Greg de ne plus se faire soigner. Et au cours de cette journée, c’est intéressant de voir comment son assurance de départ vrille.
 
Le roman réunit des personnages très différents, patients, soignants, proches et employés de l’hôpital. Comment avez-vous construit cette polyphonie de voix et de regards ?
En laissant venir dans mon stylo ceux qui voulaient venir ! Je travaille en écriture automatique, je ne décide pas à l’avance de créer tel ou tel personnage. Je les découvre en lisant ce que mon stylo a écrit. Si un personnage me plaît, je le garde et je le retravaille.
 
Greg et Alphonse se trouvent à deux moments très différents de leur existence, mais tous deux sont confrontés à la question du choix face à la mort. Qu’aviez-vous envie d’explorer à travers ce dialogue entre leurs parcours ?
Je ne me pose pas la question comme ça quand j’écris. Je suis partie de la décision de Greg. À partir de là, tous les autres personnages réagissent, même Alphonse, son voisin de chambre. Ce qui m’intéresse, ce sont les multiples points de vue sur un même sujet. Chacun réagit par rapport à son vécu, par rapport à où il en est lui-même de sa vie à ce moment-là.
 
La question du respect de la volonté des malades traverse le roman. Cherchiez-vous avant tout à ouvrir un débat ou à inviter le lecteur à réfléchir à cette question ?
Je cherchais surtout à comprendre les divergences d’opinions. Écrire sur un sujet me rend beaucoup plus tolérante que je ne le suis au départ sur ce sujet.
 
Les morts sont présents tout au long du récit, presque comme des personnages à part entière. Comment avez-vous travaillé cette frontière très ténue entre le visible et l’invisible ?
C’était très important pour moi de parler non seulement de notre rapport à la mort, mais aussi de notre rapport à nos morts. Mais je voulais essayer de faire ça le plus délicatement possible, car là aussi nous ne réagissons pas tous de la même façon. J’ai donc travaillé le texte pour laisser quelques morts faire de temps à autre de discrets signes. Et ça se travaille avec des petits détails dans l’écriture, comme l’utilisation de quelques « nous » dans un texte jusque-là écrit à la 3e personne. Il faut que ce soit vraiment discret. Des lecteurs sont sensibles à ce « nous » qui intervient, d’autres ne le voient pas. C’est exactement ce qui se passe dans la vie : certains perçoivent la présence de morts autour d’eux, d’autres non. C’est la base de tout mon travail d’écriture depuis trente ans : la forme doit permettre de faire ressentir le fond.
 
Les personnages secondaires, comme la femme de ménage et l’ami de Greg, occupent une grande place dans le roman. Était-il important pour vous de montrer que toutes et tous nous portons une part de vérité ?
Pour moi il n’y a pas vraiment de personnages secondaires plus importants que d’autres. Tous ne font que passer dans cette chambre, mais certains lecteurs vont se focaliser plus particulièrement sur l’un ou l’autre et avoir l’impression que celui-là est particulièrement important. Là aussi chacun lit avec sa subjectivité et retient ce qui le touche plus particulièrement parce que ça effleure quelque chose de sensible en lui. Certains vont me parler longuement de la toubib argentine, d’autres du groupe des trois amies. Vous, vous me parlez de la femme de ménage, de « l’ami de Greg » (et je peux supposer qu’il s’agit de Paul, mais c’est peut-être Alain qui vous a marquée…). Tout dépend des lecteurs. Chaque existence est importante, chaque personnage l’est, mais pas de la même façon pour chaque lecteur.
 
On referme le livre avec le sentiment que les gestes les plus modestes peuvent donner du sens à une vie. Est-ce l’une des convictions que vous souhaitiez transmettre à travers ce récit ?
Là encore, je ne décide pas à l’avance de ce que je veux transmettre. J’écris. Je jette ce qui me paraît mauvais, je garde ce qui me semble juste. Moi j’écris en règle générale sur l’humain, sur comment nous faisons société ensemble. Et, c’est vrai, j’ai tendance à aimer les tout petits gestes qui n’ont l’air de rien.
 
Depuis la parution du roman, quels retours de lecteurs vous ont le plus touchée ou surprise ? Certains échanges ont-ils modifié votre propre regard sur le livre et sur les questions qu’il soulève ?
Ce qui me touche sans doute le plus, ce sont les témoignages de ceux qui ont accompagné récemment un proche jusqu’à sa fin de vie et qui me remercient d’avoir parlé de la joie et des rires. C’est aussi ceux qui me disent refuser les traitements, et leur difficulté à le faire entendre à leurs proches. Et puis il y a des retours que je n’avais pas du tout envisagés : les réactions du milieu médical. Des médecins, des infirmières me remercient de parler ainsi de leur métier, on me demande d’intervenir en école d’infirmières alors que je ne connais rien à ces métiers ni à l’hôpital. Ils me disent que j’ai écrit un livre sur ce que veut dire « prendre soin » et que c’est important que les professionnels de la santé n’oublient pas que soigner ce n’est pas juste de la technique.
 
Le mot de la fin ?
Ce texte a une jolie vie alors que le sujet et la 4e de couverture sont des repoussoirs terribles ! Qui a envie d’offrir un roman sur la chimio, l’hôpital et la mort ? Mais je suis une autrice dont les livres prennent vie lentement. Le bouche-à-oreille se met à fonctionner, des lecteurs en parlent à d’autres, des libraires soutiennent le livre. Je suis convaincue qu’un auteur peut écrire sur n’importe quel sujet du moment qu’il travaille ses textes pour qu’ils soient justes. Ensuite il faut laisser le temps faire son œuvre…
Pour aller plus loin
Notre chronique de Du côté des vivants

Résumé de l’éditeur
Dans la chambre 308 d'un petit hôpital de province, il y a deux patients :
Greg, qui a failli mourir. Les médecins du grand centre sont paraît-il les meilleurs. Sauf qu'il s'est vu mourir. Alors remettre ça, il n'en est pas question. Greg ne reprendra pas la chimio. Les heures qui vont suivre lui montreront que tout n'est pas si simple.
Et Alphonse, un vieil homme au cœur usé, qui se dit qu'il est bien temps pour lui de mourir.
Autour d'eux, pendant cette journée décisive, il y a tous les autres, parce qu'il passe toujours beaucoup de monde dans une chambre d'hôpital : une dame du ménage qui pense à son homme tant aimé. Une toubib argentine, convaincue que son rôle est de sauver les gens. Paul, le grand ami de Greg, qui n'en peut plus de croire Greg près de mourir puis de le découvrir ressuscité. Une jeune fille étrange qui devine des présences que personne ne voit. Et d'autres encore...
Et puis il y a les morts, les défunts de chacun. Ils tournent autour de la chambre 308, discrets, quasi imperceptibles. N'empêche qu'ils s'entêtent à rester du côté des vivants.

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