16 mars 2026

Chronique littéraire : Violaine Bérot : Tombée des nues (Buchet Chastel) - Prix du livre de Poche 2026.


Résumé de l’éditeur
Baptiste et Marion vivent ensemble et sont heureux. Ils ont repris une ferme à la lisière d’un village un peu perdu. Une nuit de tempête de neige, Marion est soudainement prise de douleurs foudroyantes. Seule dans sa salle de bains, elle donne naissance à une petite fille non prévue. Par un jeu de voix croisées et un double parcours de narration, Violaine Bérot nous raconte l’histoire d’une déroutante maternité.

Violaine Bérot traite de ce sujet grave avec sensibilité, tendresse et quelques notes d'humour. On sort de ces pages avec la sensation d'être plus riche humainement, comme après avoir vécu une expérience hors du commun. Corinne Renou-Nativel, La Croix.

Avec élégance, Violaine Bérot atteint son but : défendre l'idée que la maternité s'appréhende de manière différente pour chaque femme. Franck Mannoni, Le Matricule des anges.

Notre chronique
Je viens de lire un troisième ouvrage de Violaine Bérot. J’avais adoré Comme des bêtes et Du côté des vivants, et je n’ai pas été déçue par Tombée des nues.
Violaine Bérot saisit cette fois-ci un instant de bascule : une nuit d’hiver, dans une salle de bains glacée, Marion accouche alors qu’elle n’était pas consciente d’être enceinte. Le roman est très original dans sa conception, dans sa forme : il donne la parole à ceux qui gravitent autour d’elle : le père, les amis, les voisins, la sage-femme, et une voix dissonante, celle d’une ancienne institutrice pétrie de culpabilité (elle n’a pas aidé comme elle l’aurait voulu un enfant par le passé). En outre, nous ne savons pas forcément qui parle (c’est indiqué en annexe, mais dans le livre, les chapitres se succèdent, simplement numérotés). Des indices nous font comprendre qui parle et j’ai apprécié lire le livre ainsi. Il est également possible de le lire dans un autre ordre (en commençant la lecture au chapitre 5 puis en suivant les chiffres entre parenthèses en fin de chapitres).
 L’oralité domine, brute, et ceci nous aide également à entrer dans le texte : chaque personne prend vie devant nous !
L’auteure a choisi comme thématique principale un phénomène rare : un corps qui « se tait » et s’adapte « en longueur », ce qui force le fœtus à croître discrètement le long de la colonne vertébrale. La sage-femme rappelle l’ampleur du choc, cette violence de « s’arracher du corps » quelque chose que l’on croit être une tumeur. 
« Le symbole de la femme enceinte, sa représentation, ce qui aux yeux de tous atteste de son état c’est son ventre rond, or c’est précisément ce signe qu’inconsciemment elles s’interdisent, voyez comme est extraordinaire la capacité du physique à s’adapter au psychique, qu’elles soient sportives ou pas, quelle que soit leur morphologie, la musculature abdominale de ces femmes va bloquer l’utérus pour qu’il lui soit impossible de traverser cette barrière, ainsi il ne pourra pas basculer vers l’avant comme c’est le cas dans toute grossesse normale, il se trouvera dans l’obligation d’inventer une autre solution, il va donc se développer vers le haut, en longueur, forçant le fœtus à grandir le long de la colonne vertébrale, en position verticale, très discrètement, et grâce à cet ingénieux procédé personne ne se doutera de rien, le ventre restant étonnamment plat. »
Marion, quant à elle, est en état de sidération.
« Que ce bébé se soit permis de pénétrer à l’intérieur de moi sans ma permission m’était intolérable, je n’acceptais pas la violence avec laquelle il s’était imposé dans mon corps, je ne pouvais pas supporter cette intrusion, cette “souillure”, mais à qui aurais-je pu raconter cela, à qui aurais — je pu dire ces mots inaudibles, ce bébé m’a violée… »
À la manière de certains récits polyphoniques contemporains, mais avec une économie de moyens qui la rapproche plutôt d’une forme de théâtre intérieur, Violaine Bérot fait émerger la tension entre ce qui s’impose et ce qui se dérobe. Baptiste, bouleversé, trouve dans l’enfant une évidence : « je crois que je commence à avoir envie de cet enfant » dit-il, comme si la naissance révélait un désir longtemps enfoui. 
Le cadre montagnard, les chèvres, le café tenu par les Adèles, composent autour du couple une communauté attentive, solidaire. Des amis, des voisins, qui essaient de comprendre :
« (...) elles avaient recopié en très gros quelques phrases d’un toubib et c’était malin parce que dans nos campagnes ce que dit le médecin a valeur de parole divine (...). »
 Le roman nous interroge sur ce que signifie devenir mère quand rien, ni le corps ni l’esprit, ne s’y est préparé ; il montre que l’amour n’est jamais donné d’avance et que « l’instinct maternel ça n’existe pas ».
Un texte lu d’une traite, sobre, touchant, à lire !

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Gabriel et Marie-Hélène.