Le Barman du Ritz de Philippe Collin est un
roman historique qui me tentait depuis quelque temps ! J’ai eu l’opportunité de
le lire dans le cadre du Prix du Livre de Poche et voici mon retour.
Tout d’abord, l’auteur a choisi un point d’observation singulier pour raconter
l’Occupation : le comptoir d’un palace parisien. Au cœur du Ritz, Frank
Meier sert des cocktails à une clientèle composée d’officiers allemands, de
personnalités du monde artistique et de représentants d’une bourgeoisie
parisienne dont les frontières morales vacillent avec la guerre.
Le roman s’organise autour de cette position ambiguë. Franck
Meier, un Autrichien, ancien combattant de 1914 du côté des Français et barman
renommé, sait que « s’adapter est une question de survie ». Il est, en outre,
juif…
Ce qui m’a le plus intéressée dans ce récit double (intrigue d’une part,
journal du protagoniste [inventé par l’auteur] est qu’il nous pousse à
réfléchir aux zones grises de l’histoire de l’Occupation. Tout n’est ni noir ni
blanc dans ce récit.
« Plutôt les remords que les regrets, tranche-t-il. Et si sa décision ne lui apporte ni fierté ni consolation, reste au moins à espérer qu’elle le laissera dormir un peu cette nuit. »Le contraste entre le luxe du palace et la violence de l’époque est frappant. Tandis que Paris connaît le froid, la faim et les rafles, le Ritz continue d’entretenir l’illusion d’un monde intact pour sa clientèle. Une scène choquante en donne la mesure : des cyclistes pédalent dans une arrière-boutique pour alimenter les casques à permanente, afin que les clientes puissent conserver leur mise en plis malgré les coupures d’électricité.
« Depuis plusieurs jours, Frank s’étonnait de la présence de vieux vélos montés sur cales dans l’arrière-boutique du salon de coiffure. Un groom vient de la lui expliquer : Elmiger a embauché une équipe de cyclistes pour faire chauffer les casques à permanente à la force des mollets et des dynamos. Un vrai coup de génie. Les coupures de courant se multiplient dans Paris, mais les clientes auront leur mise en plis. Dehors, on traque les juifs, on fusille des gamins au mont Valérien, on meurt de faim, mais un palace se doit d’être irréprochable pour ce qui est des bigoudis. Le Ritz, lieu des illusions. »Philippe Collin restitue avec précision la cohabitation de mondes incompatibles. Frank lui-même reconnaît qu’il a traversé la guerre « comme un embusqué », nourri et protégé derrière son bar, tout en vivant dans la peur constante que son secret – être juif – ne soit découvert.
« Frank doit reconnaître qu’au Ritz, même entouré d’uniformes, il a vécu la guerre comme un embusqué. Il a mangé à sa faim, il n’a jamais eu froid — il a même réussi à se constituer un magot non négligeable… Mais qui saura le lot de pertes, d’angoisses et de dangers que cette guerre a charriés ? »Le roman tient ainsi de la chronique historique autant que du portrait moral. Grâce à Franck, personnage discret, témoin et parfois acteur malgré lui, l’auteur observe la fragilité des convictions en temps de guerre et la manière dont chacun compose avec l’époque.
À découvrir !

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Gabriel et Marie-Hélène.