18 mars 2026

Chronique littéraire : La course au mouton sauvage de Murakami (Editions du Seuil / Points).

Résumé de l'éditeur
À Tokyo, un jeune cadre publicitaire mène une existence tranquille. Il est amoureux d’une jeune fille par fascination pour ses oreilles, est l’ami d’un correspondant qui refuse de lui donner son adresse pour de confuses raisons..., jusqu’au jour où cette routine confortable se brise. Pour avoir utilisé une photographie apparemment banale où figure un mouton, sa vie bascule. Menacé par une organisation d'extrême droite, il va se mettre en quête de cet animal particulier, censé conférer des pouvoirs supranaturels…
L’écriture de Murakami, à mi-chemin entre réalisme et fantastique,  par son inventivité et son humour, place ce roman dans un univers qui paraît ne rien devoir aux classiques japonais. Son auteur est sans aucun doute l’un des représentants les plus originaux de la littérature nippone contemporaine.

Notre chronique
Curieusement ce livre m’a fait penser à Extension du domaine de la lutte de Michel Houellebecq. L’intrigue commence en effet de la même manière par la vie peu exaltante d’un chef d’entreprise. Et puis, comme on peut s’y attendre avec ces deux auteurs facétieux, les récits s’emballent et se dirigent comme par enchantement vers des délires personnels, pleins d’humours et de second degré. On rit donc beaucoup dans ce deuxième roman de Murakami, ce qui n’est pas négligeable de nos jours !

Alors le mouton ? Pourquoi le mouton ?
C’est ce qui fait, entre autres, l’originalité de ce récit, car le mouton n’est pas un animal qui, a priori, excite plus l’imagination que la carrière d’un entrepreneur lambda…
Mais…, revenons-en à nos moutons, ou plutôt à notre mouton, car il n’y a qu’un seul héros dans cette saga moutonesque, un animal repéré sur la photo d’un journal, appartenant à une espèce jamais introduite au Japon. Quel évènement ! Quelle révélation hallucinante ! Quel scoop ! Seul Murakami pouvait inventer une histoire palpitante de bout en bout à partir d’un argument d’une banalité aussi confondante. Et, il le fait et passionne le lecteur avec cette intrigue saugrenue. C’est tout l’art de Murakami, présent dès ses débuts.
Les animaux sont peu présents dans la littérature. Ils ont pourtant été importants dans l’histoire humaine. Noé ne les a-t-il pas sauvés du déluge ? Romulus et Rémus n’ont-ils pas été élevés par une louve avant de fonder Rome ? Les exemples seraient infinis.
Beaucoup de bêtes sont associées au zodiaque. Certaines représentent des États, comme le zèbre au Botswana, le lion au Cameroun, l’éléphant en Côte d’Ivoire. Il faut admettre que ce sont, en général, des animaux qui ont (d’un point de vue anthropomorphique) une certaine noblesse. Et le mouton là-dedans ? Où le voit-on ? Nulle part ! Ou alors négativement comme dans le troupeau de Panurge.  Sa noblesse reste à démontrer.
Choisir cet animal peu glorieux, c’était donc là aussi tout le défi de Murakami.
Nous fera-t-il aimer le mouton ailleurs que dans notre assiette ? Après la lecture de ce livre, j’en suis convaincu !

Pour aller plus loin
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