12 juin 2026

Interview de l'auteur de Sous les flocons d'écume (Éditions Ex Æquo).


MERCI infiniment, Pierre, pour cette belle interview !

Comment est née l’idée de ce récit ancré à Audierne et dans le Cap-Sizun  ? 

Je viens à Audierne et sur le Cap-Sizun depuis de très nombreuses années. Et j’adore !

Peut-être qu’un jour je viendrai m’y installer ?

J’ai longtemps cherché une idée d’écriture, mais ça ne se commande pas et ça ne venait pas. Et puis, il y a trois ans, en voyant un homme à sa fenêtre, de la dernière maison des quais, celle de l’histoire, une idée est venue. J’ai tiré le fil et l’histoire s’est construite petit à petit.

Quelle place occupe le territoire dans votre processus d’écriture ?

Une place très importante. J’aime ancrer mon histoire sur un territoire que je connais et peux visualiser. Comme la nature, le milieu « naturel » joue un grand rôle dans mes histoires, c’est très important pour moi de pouvoir m’appuyer sur des bases connues, même si j’en déborde.

Pour celui-ci, je suis venu seul trois fois une semaine en octobre, pour prendre des notes tout en me promenant, en laissant, in situ, s’exprimer mes ressentis.

Je voulais aussi, par ce roman, dire mon « amour » pour ce territoire.

Le personnage de Fañch évolue entre réalisme et dimension presque légendaire : comment avez-vous construit cette ambivalence ?

L’idée de l’intervention du fantastique s’est imposée très rapidement. Et j’ai dû faire avec. C’était comme ça. Fañch s’est construit tout naturellement sur cette base, comme si elle était réelle. J’ai intégré ces éléments fantastiques comme une réalité comme une autre. Fañch (et moi) avons dû faire avec, encore une fois. Et même si durant la grande majorité du récit il n’y a plus d’intervention d’éléments fantastiques, cette part reste toujours sous-jacente, présente, réapparaissant sur la fin. Cette part est donc en lui.

Le motif de la malédiction traverse le roman. Que représente-t-il pour vous ?

J’avoue, comme sans doute pour beaucoup de choses du roman, ne pas avoir réfléchi à ça durant l’écriture, me laissant porter avec le plus de sincérité possible par les ressentis de personnages et les situations. Maintenant que tout est terminé et que je me mets à réfléchir, je pense que j’ai voulu placer le personnage dans une forme de résilience importante. C’est sans doute quelque chose de commun à tous les personnages importants de mes romans. Tous sont confrontés à des difficultés, à des accidents de vie, plus ou moins importants ou graves. Tous doivent faire face pour continuer à avancer.

Comment avez-vous travaillé la question du deuil chez un personnage aussi jeune ?

J’avoue encore une fois ne pas y avoir réfléchi spécifiquement. En fait, j’ai juste essayé de me mettre dans sa peau, d’être lui, et de me laisser guider par ce qu’il pouvait être et ressentir. La particularité de Fañch est qu’il a perdu ses parents si jeune qu’il n’a aucun souvenir d’eux. Ce deuil-là, finalement, se construit à travers sa quête d’informations auprès de Gwenn. Et finalement, déjà orphelin, ayant déjà intégré l’absence de ses parents, il a construit une capacité forte à gérer le deuil suivant. Mais c’est beaucoup plus difficile, alors qu’il est pourtant plus âgé, pour le dernier. Peut-être parce que l’affection, le lien, était beaucoup plus fort, le soutien beaucoup plus solide, et qu’il disparaît subitement.

Les figures de transmission (Gwenn, Kénan) sont centrales : reflètent-elles une volonté de préserver une mémoire ?

Dans tous les romans, les personnages « d’anciens » ont une grande importance. Transmettre effectivement une mémoire, une expérience, avec une forme de sagesse. Ici c’est sans doute plus fort encore, car la transmission concerne également les lieux et l’histoire parfois lointaine des lieux. J’ai effectivement voulu de cette façon ancrer plus encore l’attachement de Fañch à son territoire. Parce que je pense que les territoires façonnent à leur manière les hommes et les femmes qui y vivent.

Les amours contrariées jalonnent le parcours de Fañch. Quelle fonction leur attribuez-vous dans son évolution, dans son parcours de vie ?

Globalement, elles participent à sa construction difficile. Elles sont l’un des éléments de son destin. Cela ne pouvait être autrement. Mais elles sont toutes différentes. La première est tout à fait classique, la deuxième évidemment plus surprenante, et la troisième entre dans ma réflexion sur le rapport des jeunes à leur territoire, en particulier « rural ». Certains sont très attachés et ne veulent pas le quitter, malgré le souci du manque d’emplois et de logements. D’autres ne rêvent que d’un ailleurs, la grande ville évidemment, qui offre beaucoup plus de possibles. Liv fait partie de ceux-là.

À quels lecteurs pensiez-vous en écrivant ce roman ?

Quand le roman débute, Fañch a 13 ans. J’ai donc pensé aux adolescents. Et puis, petit à petit, j’ai bien senti que le lectorat pouvait dériver vers de jeunes adultes. J’ai aussi pensé aux capistes, en espérant que ce roman puisse être bien reçu lors de leur lecture éventuelle.

Que souhaitez-vous que le lecteur retienne une fois le livre refermé ?

Qu’il ait pris du plaisir à le lire, qu’il ait ressenti des émotions similaires à celles que j’ai vécues en l’écrivant, qu’il puisse s’être attaché aux personnages, que ça puisse lui avoir donné envie de découvrir les lieux et cette nature extraordinaire.

Le mot de la fin ?

Ce fut une aventure de deux ans et demi, forte en images, en émotions et en rencontres. En espérant que le ressenti des futurs lecteurs, maintenant, soit aussi riche que ce que j’ai vécu. L’avenir le dira…

Pour aller plus loin
Chronique de Sous les flocons d'écume
Interview de l'illustratrice (à venir)


6 commentaires:

  1. Très belle interview de l'auteur ! On y retrouve la sensibilité et les émotions que l'on a ressenties à la lecture du roman.

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    1. Merci ! Oui, c'est très touchant de la lire après le roman ! :)

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  2. Un grand merci à Gabriel et Marie-Hélène pour cette interview. Toutes ces questions très pertinentes m'ont donné à réfléchir sur le texte que j'avais écrit. A prendre du recul sur celui-ci. C'était très intéressant.
    Quand j'écris, j'essaie d'être les personnages, de me mettre dans leur peau, dans leur vie, de me laisser guider par leurs ressentis, leurs émotions. J'essaie d'être le plus sincère possible. J'aborde ainsi l'histoire de façon instinctive, spontanée. Pouvant être parfois surpris de ce qu'elle devient, de sa trajectoire et de la trajectoire des personnages. Un texte qui a sa propre vie finalement, même si ça paraît étrange.
    Pierre Cousin

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    1. Merci cher Pierre ! Et tu le fais à merveille !

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    2. C'est vrai que dans l'écriture, souvent, l'auteur se rend compte que, par un étrange phénomène, ce sont les personnages qui conduisent la barque et tracent leur propre chemin, presque à l'insu de leur créateur.

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