Résumé de l’éditeur
Tokyo, décembre 1944. Embauché dans un centre de tri postal, Ren Mizuki y rencontre deux autres étudiants qui partagent sa passion pour la culture et l’art européens : Yuki, qui deviendra sa compagne, peintre elle aussi, et Bin, un violoniste promis à une carrière internationale, qui restera à jamais son frère d’élection. En 1945, Ren est appelé en Mandchourie dans l’enfer des combats. Défiguré, mutilé, il en rentre persuadé qu’il ne pourra plus jamais tenir un pinceau. L’amour de Yuki sera-t-il capable de renverser un destin ?
Jennifer Decker s’empare de ce roman au souffle irrésistible, et donne vie avec beaucoup de talent à l’émouvant trio qui traverse ses pages.
Ma chronique
Je découvre avec bonheur Akira Mizubayashi. Ce roman historique est celui du destin de trois jeunes artistes dans le Japon de 1944, pris dans un « monde singulièrement fermé et sombre ». Ren, Yuki et Bin sont embauchés dans un centre de tri postal alors que tous trois sont encore étudiants. Ils deviennent très vite amis et leur intérêt pour l’art européen, en particulier la musique et la peinture, les lie pour la vie.
Le fil rouge du roman est la tension palpable dès le début de l’ouvrage entre destruction et création. L’incipit, marqué par l’apparition d’un « œil […] rouge […] qui pleure du sang », donne d’emblée une forme visuelle au traumatisme de la guerre. L’expérience du front, puis la mutilation de Ren, l’obligent à se poser la question de comment continuer à peindre lorsque le corps lui-même est gravement atteint ?
La peinture et la musique sont des langages à part entière. « Travailler un quatuor, c’est nécessairement travailler avec des amis ». Ren oppose la solitude du peintre à la communauté du musicien. Pourtant, c’est bien une même visée qui se dessine : « s’adresser aux morts pour les rappeler à la vie ».
L’homme, « seul animal qui a inventé la guerre », détruit ce que l’art tente de relier.
J’ai été sensible aux thématiques de la mémoire, de la transmission et de la création, qui se complètent.
J’ai écouté la version audio, et la lecture de Jennifer Decker infléchit sensiblement la réception du texte. Sa voix, retenue, presque feutrée, épouse la pudeur de l’écriture. Fond et forme se rejoignent très efficacement. En effet, elle ne cherche ni l’emphase ni l’effet dramatique ; au contraire, elle maintient une forme de distance qui correspond à celle du récit. Cette retenue renforce la cohérence d’ensemble, cette manière de tenir l’émotion à l’écart, de la laisser affleurer sans la souligner.
J’ai beaucoup aimé ce texte rigoureux, habité par une réflexion sur l’art qui résiste à la violence de l’Histoire. Une œuvre qui nous interroge sur ce que créer veut dire après la catastrophe. Un livre à découvrir sans hésiter !
Pour aller plus loin

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Gabriel et Marie-Hélène.